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Association d'amitié franco-coréenne |
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Au moment où Jack Lang a été chargé de mission par le président de la République comme envoyé spécial pour
envisager, notamment, l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC), il est intéressant de rappeler que,
28 ans plus tôt, François Mitterrand visitait Pyongyang comme candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle. Mais sa promesse que la France reconnaisse la RPDC n'avait alors pas été
honorée, du fait notamment des pressions du gouvernement sud-coréen sur les entreprises françaises investissant au Sud de la péninsule.
Jack Lang, dont le déplacement en
République populaire démocratique de Corée (RPDC) comme envoyé spécial du président de la République, Nicolas Sarkozy, pour la Corée du Nord est attendu
aux alentours du 10 novembre, va-t-il conduire à honorer la promesse faite par l'ancien président de la République François Mitterrand, en février 1981, d'établir des relations
diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée ?
Lors de son déplacement de deux jours en RPD de Corée en février 1981, dans le cadre d'un voyage en Extrême-Orient qui l'avait également conduit en Chine, François Mitterrand cherchait
alors à renforcer à l'international sa stature de candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle, qu'il devait remporter deux mois plus tard, non sans chasser sur des terres
réputées plus favorables au candidat communiste Georges Marchais. Accompagné de Lionel Jospin et Gaston Defferre, alors respectivement Premier secrétaire du Parti socialiste et président du
groupe socialiste de l'Assemblée nationale, il avait rencontré le Président Kim Il-sung, qu'il avait décrit, selon le quotidien Le Monde, comme un homme "ayant
beaucoup de bon sens, beaucoup de réalisme". Sensible à la politique d'indépendance de Pyongyang vis-à-vis des grandes puissances, François Mitterrand aurait, toujours selon le
quotidien du soir, "retiré de cette rencontre l'impression qu'il y a entre Pékin et Pyongyang un "rapprochement évident sans qu'il y a ait rupture avec l'URSS" de la part de la
Corée du Nord".
La visite en RPD de Corée du futur président de la République pourrait être comparée, toutes choses égales par ailleurs, à celle qui serait rendue aujourd'hui, par exemple, au président
vénézuelien Hugo Chavez : si le Président Kim Il-sung concentrait lui aussi les critiques de certains milieux anticommunistes, il bénéficiait également d'une image
valorisée non seulement par la résistance de la Corée du Nord aux Etats-Unis, mais aussi par le refus de tout alignement sur l'URSS : la Corée du Nord n'a jamais été membre du
CAEM, et les troupes soviétiques ont quitté le territoire coréen dès 1948. En outre, le rapide développement économique et social des années 1960 et 1970 faisait apparaître la Corée du
Nord comme un pays ayant suivi avec succès une voie socialiste de développement.
Selon le dirigeant socialiste Claude Estier, lors de son déplacement à François Mitterrand se serait vu prédire sa future élection, et le Président Kim Il-sung fut
d'ailleurs l'un des premiers à le féliciter de son élection :
"Il nous a reçus pendant trois heures, vantant les mérites de son pays et témoignant d’une
assez bonne connaissance de la situation politique en France. En nous quittant et après nous avoir fait remettre à chacun une petite caisse contenant ses oeuvres complètes, il a dit à François
Mitterrand : « Je suis heureux d’avoir reçu aujourd’hui le futur président de la République française. »
"Nous sommes peu à savoir que, le 10 mai, l’un des premiers télégrammes de félicitations parvenus à Paris était celui de Kim Il Sung !"
François Mitterrand pourra ensuite observer qu'il sera le seul dirigeant occidental en exercice à avoir visité la Corée du Nord ,et à avoir rencontré le Président Kim Il-sung.
La promesse qu'il avait alors faite d'établir des relations diplomatiques complètes avec Pyongyang ne fut toutefois pas honorée. Alors que des relations économiques entre nos deux pays s'étaient
nouées dès les années 1972-1973, avec l'inauguration
officielle du bureau commercial de la RPDC en France et l'ouverture d'un bureau du Conseil national du patronat français en RPDC, ce sont à nouveau des arguments économiques qui
semblent avoir pesé, cette fois, dans le sens d'une absence de reconnaissance diplomatique : les pressions de la Corée du Sud sur la perte potentielle de plusieurs marchés (notamment de deux
centrales nucléaires) semblent avoir joué un rôle décisif. Les démarches ultérieures du prince Norodom Sihanouk, qui avait vécu à Pyongyang, pour l'amélioration des relations
franco - nord-coréennes n'avaient ensuite pas suffi pour que soit franchi le cap de la reconnaissance diplomatique. Toutefois, le bureau commercial de la RPDC en France avait été élevé
dès 1984 au statut de délégation générale, tandis qu'était renforcée la représentation diplomatique de la RPDC auprès de l'UNESCO, basée à Paris.
Aujourd'hui, il est fréquent qu'on rappelle aux délégations françaises en déplacement en RPDC le voyage de François Mitterrand, en février 1981. Si la mission de Jack Lang devait
conduire à l'établissement de relations diplomatiques entre nos deux pays, peut-être les guides nord-coréens feraient-ils alors observer que, 28 ans après, l'ancien ministre
socialiste aurait finalement honoré la promesse de celui dont il a été plusieurs fois ministre. Et que la parole présidentielle du candidat François Mitterrand aurait été
mise en oeuvre par le président de la République Nicolas Sarkozy.
Sources :
- Claude Estier, Le voyage en Chine de février 1981, sur le site de l'Institut François Mitterrand, 3 décembre 2007 ;
- Philippe Pons, in Le Monde, édition des dimache 15-lundi 16 février 1981, et du 17 février 1981. Cité sur Wikipédia.