Coréens d'outre mer

Mercredi 18 février 2009
Lors de la Libération de la Corée à l'issue de la Deuxième Guerre Mondiale quelque 2 millions de Coréens vivaient dans l'archipel nippon, dont 600.000 restèrent au Japon. A l'issue d'une campagne internationale, 100.000 Coréens purent être rapatriés en République populaire démocratique de Corée à compter du 14 décembre 1959, malgré les obstacles posés par les autorités japonaises et le gouvernement de Séoul.

L'une des conséquences de la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945)  a été le maintien, dans l'archipel nippon, d'une communauté coréenne issue de migrations volontaires ou forcées. Après la Libération, 600 000 Coréens restèrent au Japon où, de nos jours encore, ils continuent à subir différentes formes de discrimination, au quotidien, notamment dans l'accès à l'éducation, à l'emploi et au crédit. Dans le contexte de la division de leur patrie, les Coréens qui résident au Japon se sont organisés en deux associations, la Chongryon et la Mindan, favorables respectivement à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et à la République de Corée (du Sud).

A la fin des années 1950, dans un contexte d'industrialisation rapide de la Corée du Nord au lendemain de la guerre de la Corée, de nombreux Coréens du Japon expriment leur souhait d'être rapatriés en République populaire démocratique de Corée. Le 11 août 1958, au sein de la Chongryon, les membres de la branche de Nagatome du chapitre de Kawasaki dans la préfecture de Kanagawa, ont exprimé leur souhait de revenir en Corée, en adressant une lettre en ce sens au Président Kim Il-sung. Comme l'a observé le président fondateur de la Chongryon, M. Han Duk-su (à droite, avec le Président Kim Il-sung, en 1988, source), "la question du rapatriement des Coréens du Japon n'était pas seulement la question des citoyens d'outre-mer d'un pays qui reviendraient simplement dans leur patrie, mais celle de l'élimination de l'humiliation et du malheur dans lequel les militaristes japonais avaient jeté le peuple coréen, et c'était une question importante, pour les Coréens du Japon, de pouvoir exercer leurs droits légitimes comme citoyens d'outre-mer d'un Etat souverain" (source : Han Duk-su, Juche Thought and Practice in the Expatriate Movement, Institute of Social Science, Korea University, Tokyo, Japan, 1991, pp. 173-174).

Dans un discours prononcé le 8 septembre 1958, à l'occasion du dixième anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, le président Kim Il-sung a accueilli favorablement la demande des Coréens du Japon, formalisée lors du 16ème plénum élargi du comité central  de la Chongryon qui s'est réuni du 8 au 10 octobre 1958, en la considérant comme un "devoir national" pour la RPD de Corée qui fournirait les moyens matériels du retour et de l'installation en Corée. Il restait toutefois à lever les obstacles juridiques, notamment l'obtention d'un accord des autorités japonaises, alors que le Japon et la RPD de Corée n'ont pas de relations diplomatiques officielles, et que les autorités sud-coréennes mènèrent une violente campagne contre le rapatriement, relayée au Japon par la Mindan, jusqu'à tenter de s'opposer physiquement aux opérations de retour.

La Chongryon a alors initié une campagne nationale et internationale en faveur du retour en Corée : le 30 octobre 1958, appelé "jour pour exiger la rapatriation", plus de 73.000 Coréens du Japon se réunirent dans 586 lieux sur l'ensemble du territoire japonais, remettant leurs revendications aux autorités japonaises. La campagne fut relayée au Japon par des organisations non-coréennes, dans les médias et à l'étranger, notamment par la Croix-Rouge et l'Association internationale des juristes. Un accord de principe du gouvernement japonais fut donné le 13 février 1959. Mais face aux atermoiements, et à la campagne d'opposition des autorités sud-coréennes qui organisèrent une manifestation à Séoul, des rassemblements se tinrent à nouveau au Japon le 3 mars 1959. Les actions en faveur du rapatriement ont constitué, pendant plus d'un an, une des activités principales de la Chongryon. A elles seules, les manifestations menées du 18 septembre au 2 octobre 1959 ont réuni 250.000 personnes.

Les négociations concernant les modalités pratiques du rapatriement étant d'ordre humanitaires, elles incombèrent aux Croix-Rouges du Japon et de la RPD de Corée, qui signèrent un accord à Calcutta le 13 août 1959 puis éditèrent, le 3 septembre 1959, un guide pratique. Le 14 décembre 1959, le premier navire pour la RPD de Corée quitta le port japonais de Niigata, avec à son bord 975 rapatriés qui  arrivèrent dans le port de Chongjin le 16 décembre, avant d'être reçus par le Président Kim Il-sung le 8 janvier 1959. Depuis un demi-siècle, quelque 100.000 Coréens du Japon, parfois accompagnés d'un conjoint japonais, sont revenus en RPD de Corée, principalement entre 1959 et 1962. Conformément à la promesse du Président Kim Il-sung, ils ont bénéficié de conditions favorables d'accueil, dans l'exercice notamment de leurs droits au logement et à l'emploi.

Source : Han Duk-su, Juche Thought and Practice in the Expatriate Movement, Institute of Social Science, Korea University, Tokyo, Japan, 1991.





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Vendredi 6 février 2009

Le 5 février 2009, l'Assemblée nationale sud-coréenne a reconnu le droit de vote aux 2,4 millions de citoyens de la République de Corée vivant à l'étranger à compter de 2012.  Une mise en conformité avec la Constitution, qui met fin à une atteinte aux droits civiques datant de l'époque du général Park Chung-hee.

Les 2,4 millions de Sud-Coréens expatriés pourront voter aux élections législatives et présidentielles de 2012 : telle est la conséquence d'un projet de loi adopté par le Gukhoe, l'Assemblée nationale sud-coréenne, le 5 février 2009, largement attendu après une décision en ce sens de la Cour constitutionnelle en juin 2007 (cf. photo ci-joint ; des citoyens coréens au Japon fêtant, le 29 juin 2007, la décision de la Cour constitutionnelle, source Hankyoreh Ilbo), puis un avis officiel adressé, en octobre 2008, par la Commission électorale nationale sud-coréenne à l'Assemblée nationale.


L'AAFC se félicite que soit ainsi mis fin à une atteinte aux droits civils qui datait du régime militaire autoritaire du général Park Chung-hee (1961-1979), lequel avait privé les Coréens d'outre-mer de leur droit de vote dans la crainte que leur poids politique ne lui fasse perdre l'élection présidentielle, même si d'autres arguments avaient évidemment été avancés - comme le fait que les Sud-Coréens à l'étranger ne paient pas d'impôts et ne soient pas soumis au service militaire obligatoire. Mais c'est oublier qu'ils contribuent au rayonnement économique, social et culturel de leur pays à l'étranger, dont ils sont les meilleurs ambassadeurs. La diaspora sud-coréenne - au moins 5 millions de personnes, dont 13.000 en France - est la cinquième plus nombreuse au monde.

L'enjeu politique est de taille : une première estimation basse, selon laquelle 2,4 millions de Sud-Coréens pourraient participer aux prochains scrutins nationaux (à l'exclusion des élections locales et des élections partielles), porterait la part de ces derniers dans le corps électoral (37,8 millions d'inscrits) à 6,3 %. De fait, tant le Grand parti national (au pouvoir) que l'opposition du Parti démocratique ont complété leurs réseaux à l'étranger pour s'attirer les suffrages de ces nouveaux électeurs. Des questions restent à trancher : le mode de représentation (par des sièges réservés aux Coréens d'outre-mer, comme c'est déjà le cas en République populaire démocratique de Corée, et qui pourraient être répartis au scrutin proportionnel), les modalités de vote et de campagne : si celui-ci sera effectué notamment dans les représentations diplomatiques à l'étranger, d'autres bureaux de vote seront-ils ouverts ? Enfin, dans quelles conditions se dérouleront la campagne électorale et l'envoi du matériel de vote ? Le vote électronique et le vote pas correspondance seront-ils autorisés ?

Sur toutes ces questions, l'AAFC invite les Sud-Coréens à s'inspirer des réponses apportées par notre pays aux quelque 2,3 millions de Français de l'étranger : s'ils seront représentés à partir de 2012 par des députés, ils disposent déjà, depuis 1946, d'une représentation au Sénat français. Contrairement aux Sud-Coréens à partir de 2012, les Français de l'étranger peuvent participer à tous les scrutins, y compris locaux, sous condition d'être inscrits sur les listes d'une commune. (Sources : AAFC, The Korea Times)

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Jeudi 8 mai 2008

Depuis l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006, l'Association des résidents coréens du Japon (Chongryon) fait l'objet d'une répression sans précédent dans l'archipel nippon. L'AAFC est solidaire de la Chongryon face aux violations des droits de l'homme dont sont victimes les Coréens du Japon.

En octobre 2006, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) procédait à son premier essai nucléaire. En rétorsion, le gouvernement japonais a décidé d'imposer des sanctions qui ont frappé en premier lieu les résidents nord-coréens du Japon, affiliés à la Chongryon :

- interdiction des voyages par ferry entre la Corée et le Japon, empêchant de nombreux Coréens du Japon,
notamment les personnes âgées et handicapées, de se rendre dans leur pays, la RPDC, compte tenu également du coût quatre à cinq fois plus élevé du transport par avion ;


- remise en cause du régime d'exonération fiscale des bâtiments de la Chongryon (ci-contre, le siège de la Chongryon) ;


- descentes de police dans les établissements de la Chongryon, y compris les écoles, sous couvert de lutte contre le terrorisme ou de non-respect des régles fiscales, alors que d'ordinaire de telles infractions supposées donnent lieu préalablement à des règlements amiables ;


- interdiction de manifestations culturelles ;


- entraves à l'aide qu'a voulu apporter l'association des résidents coréens du Japon à la RPDC après les très graves inondations d'août-septembre 2007 dans ce pays...


Ces mesures prennent place dans un contexte de multiplication des atteintes aux personnes et d'intimidations (par exemple, la destruction des bureaux de la Chongryon à Okayama par un incendie criminel), mollement réprimées par les autorités japonaises. Le 16 septembre 2006, le président de la Chongryon a par exemple été destinataire d'une lettre de menaces contenant, à l'intérieur, un doigt coupé...


Face à la multiplication des atteintes aux droits de l'homme, qui ont conduit la Chongryon à saisir le conseil des droits de l'homme des Nations-Unies, l'AAFC a exprimé, par lettre, son entière solidarité avec les Coréens du Japon, refusant qu'ils soient pris en otage par le gouvernement japonais dans ses relations avec la RPDC.

 

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