Samedi 15 novembre 2008

Longtemps divisée entre de multiples organisations contraintes à la clandestinité, la gauche légale sud-coréenne s'est regroupée en 2000 dans le Parti démocratique du travail, avant la scission du Nouveau parti progressiste en début d'année 2008. L'AAFC a souhaité revenir sur l'histoire et les perspectives de la gauche politique en Corée du Sud.

Si la droite et le centre ont dominé presque exclusivement la vie politique en Corée du Sud depuis la fondation de la République de Corée en 1948, la démocratisation progressive du pays après 1987 a permis l'expression légale de partis de gauche, même si les organisations ouvertement favorables aux idées du juche restent toujours interdites à Séoul, en application de la loi de sécurité nationale qui réprime les contacts avec le Nord. Parmi celles-ci, le Front démocratique national anti-impérialiste, issu de la fusion en 1985 du Parti révolutionnaire pour la réunification et du Parti de libération stratégique, a des représentations au Nord de la péninsule et au Japon.

Après la répression du
soulèvement de Kwangju en 1980, les mouvements universitaires, étudiants et syndicaux de gauche se développent dans l'opposition au régime militaire. Leurs dirigeants, souvent inspirés par le marxisme, sont identifiés par leur appartenance à deux courants : Libération nationale (ou NL, National Liberation), qui étudie clandestinement les idées socialistes du juche élaborées par le président Kim Il-sung de la République populaire démocratique de Corée, met l'accent sur la réunification de la patrie et le départ des troupes américaines du sud de la péninsule, tandis que Démocratie populaire (acronyme anglais : PD) insiste principalement sur les antagonismes de classe, ses dirigeants étant particulièrement actifs dans les syndicats ouvriers.

Dès ses origines, la gauche sud-coréenne a ainsi été fortement soumise à des influences que les politologues occidentaux qualifieraient de nationales ou nationalistes, et qui avaient déjà marqué d'autres courants historiques du mouvement ouvrier coréen, notamment
l'anarchisme. Par ailleurs, si la distinction NL/PD aide à comprendre les conflits de tendances au sein de la gauche coréenne, il n'existe alors pas de courant structuré et les préoccupations sociales et nationales se retrouvent chez les différentes tendances. En particulier, le courant NL s'implique plus fortement en direction des syndicats à partir des années 1990.

La création du Parti démocratique du travail (PDT), en 2000, à partir d'un premier regroupement politique opéré dès 1997, réunit les différentes tendances de la gauche coréenne : au sein du PDT, le courant "Indépendance", héritier de NL, se distingue du courant "Egalité", qui succède à PD. La Confédération coréenne des syndicats (KCTU, pour Korean Confederation of Trade Unions), née de l'opposition au syndicalisme d'accompagnement de l'ancien régime militaire, a des liens étroits avec la nouvelle formation politique. Un certain nombre de membres de la fraction NL ayant initialement choisi de rester en dehors du PDT, le courant "Indépendance" ne devient majoritaire dans le nouveau parti politique qu'à partir de 2004, au fur et à mesure que le PDT regroupe le plus grand nombre des militants de la gauche légale coréenne.

D'autres héritiers de PD ont refusé l'intégration dans le PDT, jugé trop nationaliste : ils sont à l'origine du Parti socialiste coréen, à la fois anticapitaliste et très critique vis-à-vis du Nord, dont le candidat Geum Min n'a réuni que 18.000 voix à l'élection présidentielle de décembre 2007.

Les déceptions nées de la politique économique libérale du président Roh Moo-hyun, au pouvoir entre 2002 et 2007, encouragent l'essor du PDT. Malgré un mode de scrutin à très forte dominante majoritaire, le PDT décroche 10 sièges de députés (sur un total de 299) aux élections législatives de 2004, après avoir recueilli plus de 13 % des voix. Affaibli par des scissions au sein de sa propre formation politique, Roh Moo-hyun a besoin de l'appui du PDT, qui parvient ainsi à peser sur les orientations politiques nationales, en refusant notamment l'ouverture à la concurrence du marché agricole.

Toutefois, la question nationale ravive les tensions internes, sur trois sujets :

- la
souveraineté coréenne sur les îles Dokdo : alors le courant "Indépendance" insiste sur cette question, le courant "Egalité" souhaite éviter tout risque de confrontation armée ;

- l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006 : si nombre de membres du courant "Indépendance" tendent à estimer qu'il s'agit d'une garantie pour la sûreté de l'ensemble de la péninsule, en tant qu'outil de dissuasion face à l'intransigeance américaine vis-à-vis de la RPD de Corée, "Egalité" reste sur une position de principe hostile à l'arme nucléaire ;

- l'arrestation, en 2007, du secrétaire général adjoint du PDT, accusé par le gouvernement d'espionnage au profit du Nord : tout en étant hostile à une criminalisation des opinions favorables aux idées du juche comme une atteinte à la liberté d'expression, le courant "Egalité" estime nécessaire l'indépendance vis-à-vis de la RPD de Corée.

Dans ce contexte, le score décevant  (3 %) du député et ex-syndicaliste Kwon Young-ghil à l'élection présidentielle de décembre 2007, qui avait été plusieurs fois candidat au poste de chef de l'Etat, accélère les tendances centrifuges. Début 2008, le Nouveau parti progressiste (NPP), formé de membres du courant "Egalité", naît d'une scission du PDT. Il regroupe 15.000 membres, contre 70.000 pour le PDT. Par ailleurs, Corea21, qui publie une revue éponyme, est devenue l'une des premières fractions organisée en tant que telle au sein du PDT.

Aux
élections législatives, malgré la division et un contexte électoral favorable aux conservateurs, la gauche parlementaire coréenne réunit 9 % des voix, marquant ainsi son ancrage durable sur la scène politique. Avec près de 6 % des suffrages exprimés, le PDT conserve une représentation parlementaires (5 députés, dont 2 élus au scrutin majoritaire et 3 à la proportionnelle). En revanche, le NPP échoue de peu sous la barre des 3 %, requise pour obtenir des sièges au scrutin proportionnel.

Si le poids de la KCTU témoigne de la prégnance de la gauche syndicale, longtemps interdite, la gauche politique sud-coréenne doit encore capitaliser en voix le mécontentement social contre la politique du président conservateur Lee Myung-bak. En butte à la
répression, elle est l'un des fers de lance de l'opposition à la reprise des importations de boeuf américain, à l'origine des plus importantes manifestations en Corée depuis 1987.  

par Association d'amitié franco-coréenne publié dans : Politique sud-coréenne
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Dimanche 17 août 2008

En voulant changer le thème des célébrations du 15 août, le gouvernement de Corée du Sud a provoqué la colère de l'opposition. Traditionnellement, les manifestations du 15 août commémoraient la libération de la Corée, le 15 août 1945. Cette année, c'est le soixantième anniversaire de la fondation de la République de Corée (Corée du Sud) qui est mis en avant, un changement reproché au gouvernement sud-coréen accusé de vouloir "déformer l'histoire".


Le 15 août 2008, trois partis sud-coréens d'opposition, le Parti démocratique, le Parti démocratique du travail et le Parti du renouveau de la Corée, ont décidé de boycotter les manifestations organisées par le gouvernement pour le 60eme anniversaire de la fondation de la République de Corée (du Sud). Ces trois partis on préféré célébrer le Jour de la Libération par un pélerinage sur la tombe de Kim Ku, un des dirigeants du mouvement pour l'indépendance de la Corée pendant la colonisation japonaise et partisan de la réunification de la péninsule coréenne.


Aucune des manifestations organisées par le gouvernement n'a pour thème la réunification ou la réconciliation avec la Corée du Nord. En 2005, sous l'administration de l'ancien président Roh Moo-hyun, la Corée du Sud et la Corée du Nord avaient organisé des célébrations à grande échelle pour le 60eme anniversaire de la Libération de la Corée. De nombreux événements sportifs et artistiques avaient marqué cet anniversaire dans les deux pays qui montraient ainsi leur espoir d'une réunification. Rien de tel cette année.


En désignant le 15 août comme le jour du 60eme anniversaire de la Fondation de la République de Corée, le gouvernement de Séoul a chosi de célébrer un événement uniquement sud-coréen, ne laissant aucune place à des discussions sur la réunification ou la réconciliation avec le Nord, ce qui a provoqué de vives réactions de l'opposition.


Le président du Parti démocratique, Chung Sye-kyun, a ainsi affirmé que "l'histoire ne peut être modifiée par quelques personnes." Il a dit vouloir "faire obstacle aux projets du gouvernement visant à déformer l'histoire en changeant le Jour de la Libération en Jour de la Fondation."


Le président du Parti démocratique du travail, Kang Ki-sap a relevé que "l'administration du président Lee Myung-bak a nié unilatéralement l'histoire de la lutte du pays pour l'indépendance nationale et la réunification sans consulter le public."


Enfin, le président du Parti du renouveau de la Corée, Moon Kook-hyun, a appelé le gouvernement à présenter ses excuses. "Les dirigeants impliqués dans cette affaire devraient s'excuser auprès du peuple et y remédier", a-t-il dit.


Le 13 août 2008, à Séoul, réunion de la Conférence nationale pour la démocratie et la réunification pour dénoncer

l'organisation par le gouvernement de cérémonies pour le 60eme anniversaire de la fondation de la République de Corée

le 15 août, une date où est traditionnellement célébrée la libération de la Corée du pouvoir colonial japonais.

(photo : Hankyoreh)


Les partis de l'opposition ont également minimisé la portée du discours prononcé par le président Lee à l'occasion du 15 août. Une "belle promesse électorale tout droit sortie des années 60", selon eux.


Pour Choi Jae-sung, porte-parole du Parti démocratique, "les promesses de réunification resteront vides tant que le gouvernement ne changera pas sa politique vis-à-vis de la Corée du Nord. Quant à ses propos insistant sur la sécurité alimentaire, ils n'étaient pas convaincants car aucun effort n'a été fait pour lever les inquiétudes sur la maladie de la vache folle et le boeuf américain."


Park Seug-heup, porte-parole du Parti démocratique a, lui, décrit le discours du président Lee comme de la "rhétorique criarde manquant de contenu."


Environ 500 personnes membres d'organisations civiles et religieuses se sont réunies près du mémorial dédié à Kim Ku pour marquer le 63eme anniversaire de la Libération. Elles appartenaient notamment au Conseil coréen pour la réconciliation et la coopération, à Juristes pour une société démocratique, à Solidarité populaire pour une démocratie participative et à l'Alliance coréenne des mouvements progressistes. Toutes ces organisations ont publié une déclaration pour dénoncer la tentative du gouvernement sud-coréen de remplacer la commémoration de la Libération de la Corée par une célébration de la fondation de la République de Corée :


"La première loi constitutionnelle ainsi que la loi constitutionnelle actuelle exposent clairement que la République de Corée succède au Gouvernement provisoire de la République de Corée formé après le Mouvement pour l'indépendance du 1er mars 1919. L'organisation d'un 'Jour de la Fondation' est une négation de l'histoire du mouvement pour l'indépendance et de la mission que représente la réunification pacifique. Ainsi, le gouvernement perpétue la division de la péninsule coréenne.


Le gouvernement devrait prendre des mesures plus spécifiques et concrètes pour la normalisation des relations inter-coréennes en rétablissant les visites dans les monts Kumgang et en s'engageant à mettre en oeuvre les déclarations des sommets du 15 juin [2000] et du 4 octobre [2007]."


Dans un communiqué distinct, ces mêmes organisations ont également lancé un appel au gouvernement japonais :


"Le Japon devrait présenter des excuses à notre peuple pour les pertes humaines et matérielles occasionnées et apporter réparation. Le Japon ne doit plus chercher à déformer l'histoire, à s'emparer des îles Dokdo, et à réprimer les Coréens du Japon."


Mais, cette année, ce ne sont pas seulement la pertinence et la légalité des manifestations du 15 août qui sont mises en cause.


Parmi les manifestations organisées par le gouvernement sud-coréen, figure une exposition inaugurée le 5 août sous le parrainage des Archives nationales de Corée, qui dépendent du ministère de l'Administration publique et de la Sécurité. Cette exposition entend décrire l'histoire de la Corée du Sud depuis soixante ans, mais n'évoque pas le soulèvement de juin 1987, un événement majeur de l'histoire sud-coréenne qui a restauré la démocratie.


En outre, l'exposition n'offre que de maigres informations sur les deux soulèvements pro-démocratiques de 1960 et 1980, tout en couvrant largement la formation du gouvernement du premier président sud-coréen, Syngman Rhee, ainsi que l'action de l'ancien président Park Chung-hee pour le développement de l'économie. "Cette exposition veut fournir des informations factuelles sans parti pris politique", affirme le ministère de l'Administration publique et de la Sécurité, ajoutant que "les Archives nationales de Corée ne disposent d'aucune information sur le soulèvement de juin..." (source : Hankyoreh)


Syngman Rhee, premier président sud-coréen (1948-1960), s'adresse à l'actuel président Lee Myung-bak :
"Le 'Jour de la Fondation' ! Est-ce que vous ignorez la Constitution?"

Derrière eux, les collaborateurs du pouvoir colonial japonais et les anciens dictateurs se réjouissent.

(dessin paru le 15 août 2008 dans le quotidien Hankyoreh)

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Dimanche 6 juillet 2008
Alors que des dizaines de milliers de personnes ont encore manifesté le 5 juillet à Séoul contre la décision du gouvernement sud-coréen de reprendre les importations de boeuf américain, suspendues depuis 2003 pour cause de "maladie de la vache folle", la répression s'intensifie contre les organisateurs de ces manifestations, accusés de mener des "actions illégales". Toutefois, les "preuves" présentées pour mettre en cause les organisateurs ne sont que des documents déjà largement diffusés sur le réseau internet, ce qui fait douter du sérieux des enquêtes conduites par la police et laisse penser qu'il s'agit surtout d'inventer des motifs permettant de poursuivre les personnes à la tête des manifestations.


Le 4 juillet 2008, la police sud-coréenne a déclaré avoir mis sous scellés plusieurs documents prouvant que le Conseil du peuple contre la maladie de la vache folle et l'Alliance coréenne des mouvements progressistes ont minutieusement planifié des rassemblements illégaux. La police a obtenu ces documents au cours de perquisitions menées le 30 juin dans les locaux des deux organisations. D'après la police, les documents contiennent les preuves que ces deux groupes ont organisé des "manifestations de rue illégales" et fourni un plan d'action détaillé aux personnes participant aux rassemblements aux chandelles qui ont lieu depuis le 18 avril en Corée du Sud.


Mais les documents confisqués par la police, parmi lesquels de simples communiqués de presse, sont déjà connus du grand public car largement diffusés par les deux organisations sur le réseau internet et lors des rassemblements.


La police tente également de s'en prendre aux dirigeants des deux organisations, en mettant leur idéologie en question. Le 30 juin, la police s'est ainsi rendue au domicile de Hwang Sun-won, membre de l'Alliance coréenne des mouvements progressistes, soupçonné de détenir des publications contenant des "expressions en faveur de l'ennemi". Un des documents découverts par la police contenait en effet la phrase "Une république est une société dans laquelle les droits de l'homme sont réellement garantis." Un mandat d'arrêt a été demandé à l'encontre de M. Hwang.


Sur le site internet de l'Agence nationale de la police sud-coréenne, de nombreux citoyens ont posté des commentaires critiquant la police. Une personne va jusqu'à écrire "Nous nous qualifions nous-mêmes de république démocratique. Qu'est-ce que cela peut signifier quand on enquête sur les gens pour possession de publications contenant des 'expressions en faveur de l'ennemi'?"


Utilisation de canons à eau contre les manifestants le 28 juin 2008 à Séoul (photo : dolb.tistory.com)


Pour protester contre une répression excessive et contre le caractère "illégal" attribué aux rassemblements aux chandelles, tous les membres du comité des droits de l'homme de l'Agence nationale de la police ont décidé de démissionner dès le 19 juin. Ce comité consultatif composé de 14 personnes, professeurs et représentants d'associations de tous les horizons politiques, a été créé en 2005 pour améliorer les procédures policière et protéger les droits du public.


Face à l'urgence de la situation, l'organisation sud-coréenne Solidarité populaire pour une démocratie participative (SPDP), fondée en 1994, a lancé le 2 juillet un appel pour "mettre fin à la répression policière et à l'arrestation de personnes innocentes en Corée du Sud", appel doublé d'une lettre à envoyer au président sud-coréen Lee Myung-bak. Voici le texte ce cet appel et de cette lettre :



Brutalité policière contre les participants aux rassemblements d'opposition à l'importation de boeuf américain en Corée du Sud


La police a mené plusieurs actions violentes contre les participants aux rassemblements tenus en Corée du Sud en opposition à l'importation de boeuf américain dans le pays. Le week-end dernier [dans la nuit du 28 au 29 juin 2008], environ 100.000 personnes se sont réunies dans le centre de Séoul pour une manifestation aux chandelles demandant la renégociation de l'accord américano-coréen sur le boeuf. En réponse, l'administration Lee a ordonné une sévère répression policière contre les manifestants et plus de 400 participants ont subi des dommages corporels.



A l'aube du 30 juin, la police a effectué un raid dans les locaux du Conseil du peuple contre la maladie de la vache folle et de l'Alliance coréenne des mouvements progressistes. Le Conseil du peuple contre la maladie de la vache folle est une organisation regroupant quelque 1.700 organisations de citoyens à travers le pays et qui fonctionne par le consensus de ses membres. L'administration Lee a pourtant pointé l'Alliance coréenne des mouvements progressistes (ACMP) comme la tête pensante des manifestations liées à l'accord américano-coréen sur le boeuf. La police a saisi 22 ordinateurs dans les bureaux de l'ACMP et a arrêté M. Hwang Sun-won au cours de la nuit. La police a émis des mandats de perquisition à l'encontre de huit activistes et arrêté, en plus de M. Hwang, M. Ahn Jin-geol et Mme Yun Hee-suk.


SPDP publiera aujourd'hui [2 juillet 2008] une lettre commune de protestation adressée au président Lee Myung-bak pour que soit mis fin à la répression s'abattant sur des manifestants pacifiques, que soit respecté leur droit à la liberté d'expression et de rassemblement, et que soient libérés sans condition tous ceux qui ont été arrêtés.


Nous vous appelons à vous joindre à cette protestation en solidarité avec les personnes et les groupes de la société civile en Corée du Sud en envoyant une lettre au président Lee Myung-bak.


Nous vous invitons à consulter les sites internet suivants pour être les témoins de la répression policière:


http://dolb.tistory.com/325
http://www.hani.co.kr/arti/society/society_general/295971.html
http://bbs1.agora.media.daum.net/gaia/do/debate/read?bbsId=D003&articleId=1464719
http://www.hani.co.kr/arti/society/society_general/296110.html



 

Lettre à envoyer directement par courriel à l'adresse suivante: foreign@president.go.kr


[Voir le texte original de cette lettre sur le site de Solidarité populaire pour une démocratie participative]

 

1er juillet 2008

 

L'Honorable Lee Myung-bak

Président de la République de Corée

 

Monsieur le Président,

 

Nous sommes profondément déçus et troublés par la répression et les violences de la police contre les manifestations pacifiques qui ont actuellement lieu et par l'arrestation de trois défenseurs des droits de l'homme appartenant au Conseil du peuple contre la maladie de la vache folle.

 

Nous écrivons cette lettre dans l'urgence afin de demander la libération immédiate de M. Ahn Jin-geol, Mme Yun Hee-suk et M. Hwang Sun-won, et l'arrêt immédiat de la répression policière des manifestations pacifiques.

 

En premier lieu, l'arrestation de trois défenseurs des droits de l'homme constitue une violation directe des principes démocratiques et des droits constitutionnels élémentaires. Nous croyons que la Corée du Sud est un pays démocratique qui, selon sa constitution, garantit le droit de s'associer et de s'opposer aux pratiques injustes du pouvoir. Ces droits sont les fondements de toute nation démocratique, et nous ressentons fortement les arrestations d'aujourd'hui comme de nature à faire régresser le statut de la Corée en tant que pays démocratique.

 

En second lieu, les répressions sont une violation du droit élémentaire à la liberté d'expression tel qu'inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auxquels adhère la Corée du Sud.

 

La Corée du Sud a connu des avancées démocratiques importantes depuis les années 1970 et nous avons été les témoins de cette transformation. Nous vous exhortons donc à ne pas oublier l'histoire de la Corée et à promouvoir ces principes démocratiques et internationaux. Le droit du peuple à se rassembler et à exprimer son opinion doit être préservé.

 

Nous croyons fermement que les actions du peuple coréen ne sont en aucune manière illégales et violentes. Elles sont, au contraire, très justes et méritent d'être applaudies pour la démocratie et les droits en matière de santé.

 

Nous vous pressons donc de libérer sans délai M. Ahn Jin-geol, Mme Yun Hee-suk et M. Hwang Sun-won et de mettre fin immédiatement à la répression et aux violences policières contre les manifestations pacifiques.

 

Sincèrement,

 

[Nom]

[Adresse]


    

"Un autre Kwangju", dessin paru le 30 juin 2008 dans le journal Hankyoreh.
Les violences de ces dernières semaines sont ici comparées à la répression du soulèvement de Kwangju qui, en 1980,
fit des milliers de morts et de blessés chez les opposants au régime militaire du président Chun Doo-hwan
.

(sur le brassard, est inscrit "Police de Lee Myung-bak")


Sources :

The Hankyoreh

Solidarité populaire pour une démocratie participative
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Mercredi 11 juin 2008

Les manifestations contre la décision de l'administration Lee Myung-bak de réouvrir le marché sud-coréen aux importations de boeuf américain et, plus largement, contre la politique du président conservateur sud-coréen, ont atteint un nouveau cap dans la soirée du mardi 10 juin 2008 : des centaines de milliers de Coréens ont défilé aux chandelles à Séoul et dans soixante-dix autres villes. Elu il y a moins de six mois, Lee Myung-bak cherche un échappatoire dans la formation d'un nouveau gouvernement, sans envisager de changement de cap politique.

Une vague géante, sans précédent depuis les manifestations pour la démocratie en juin 1987 : la presse a multiplié les superlatifs pour décrire l'ampleur de la mobilisation contre la décision du président sud-coréen Lee Myung-bak de réouvrir le marché sud-coréen aux importations de boeuf américain. Le défilé aux chandelles a réuni des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Séoul (700.000 selon les organisateurs, 70.000 selon la police, 400.000 à 600.000 selon les médias), dans la soirée du mardi 10 juin 2008, alors que le matin même le gouvernement avait présenté sa démission au président Lee Myung-bak. Ce dernier est confronté à une impopularité record (20% de bonnes opinions) pour un chef d'Etat sud-coréen moins de six mois après son élection.

Employés, étudiants, mères de familles, syndicalistes ont également défilé dans 70 villes coréennes, en scandant "Lee Myung-bak dehors !", et en portant des badges caricaturant Lee Myung-bak sous les traits d'un rat. D'autres manifestations ont rassemblé les Coréens vivant en Europe.

Si les revendications se concentrent sur l'absence de révision du risque sanitaire lié à l'encéphalopathie spongiforme bovine, dans la décision de réouverture du marché sud-coréen, elles témoignent en effet d'un rejet plus global de la politique de l'administration Lee Myung-bak. Le mode de gouvernement autoritaire du président Lee, son incapacité à lutter contre la hausse des prix de l'énergie ou à relancer la croissance économique, sont dénoncés non seulement comme des marques d'incapacité, mais aussi comme une remise en cause des acquis démocratiques en Corée du Sud. Selon le Nouveau parti démocratique unifié, principale formation d'opposition, "l'arrogance et l'autosatisfaction de Lee Myung-bak correspondent à un retour en arrière dans le développement de la démocratie en Corée."

Lee Myung-bak envisagerait de nommer à la tête du gouvernement sa principale adversaire au sein de la droite conservatrice, qu'il avait battue lors des primaires pour désigner le candidat à l'élection présidentielle, avant qu'elle ne conduise une liste dissidente (largement devancée) aux élections législatives d'avril 2008 : Mme Park Geun-hye est la fille du général Park Chung-hee, dont le coup d'Etat en 1961 avait mis fin à la démocratie en Corée du Sud, avant que lui-même ne soit assassiné en 1979. (sources : Washington Post, Reuters, AFP, AAFC)

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Mardi 10 juin 2008

Le mardi 10 juin 2008, le gouvernement sud-coréen dirigé par Han Seung-soo a remis sa démission au président Lee Myung-bak, quelque cent jours après l'entrée en fonctions de ce dernier. Un important remaniement ministériel est attendu, alors que les manifestations contre la décision de réouvrir le marché sud-coréen aux importations de boeuf américain devraient rassembler des centaines de milliers de personnes.

La crise politique ouverte par la décision unilatérale de l'administration Lee Myung-bak de réouvrir le marché sud-coréen aux importations de boeuf américain, malgré les risques sanitaires liés à l'encéphalopathie spongiforme bovine, ont pris un tour institutionnel ce mardi 10 juin 2008 : le gouvernement dirigé par Han Seung-soo a remis sa démission au président sud-coréen Lee Myung-bak, dans l'espoir manifestement de désamorcer une crise qui a pris une ampleur inégalée depuis les manifestations pour la démocratisation de la Corée du Sud en 1987.

Lee Myung-bak avait été élu à la présidence de la République le 19 décembre 2007 avec une majorité écrasante, inégalée dans l'histoire de la démocratie sud-coréenne. Quelque cent jours après son investiture, le 25 février 2008, il est confronté à une impopularité sans précédent, seulement 20% des Sud-Coréens lui faisant encore confiance.

Les rassemblements prévus aujourd'hui pourraient réunir jusqu'à un million de personnes dans tout le pays selon les organisateurs (200.000 selon la police), alors que 37.000 policiers anti-émeutes ont été déployés. Renouant avec la tradition anticommuniste de son parti, qui intègre les héritiers du régime militaire, Lee Myung-bak avait accusé, contre toute évidence, la République populaire démocratique de corée (RPDC, Corée du Nord) d'être l'instigatrice des manifestations actuelles. 

Le 9 juin 2008, un manifestant qui avait tenté de s'immoler par le feu pour protester contre l'accord avec les Etats-Unis a succombé à ses blessures. Le gouvernement a dépêché des négociateurs à Washington, tout en affirmant qu'il ne pouvait pas renégocier la décision sur le fond, prise par le président Lee Myung-bak lors de sa visite aux Etats-Unis, où il avait été reçu avec des honneurs inégalés pour un chef d'Etat sud-coréen depuis le rétablissement de la démocratie en Corée du Sud.

Si le porte-parole de la présidence sud-coréenne, Lee Dong-kwan, a précisé mardi qu'aucune décision n'avait encore été prise, les observateurs spéculent sur le départ, dans le prochain gouvernement, des ministres de l'Agriculture, de la Santé et de l'Education, et peut-être des Affaires étrangères et des Finances, signe que la crise actuelle dépasse les seuls enjeux sanitaires. L'autoritarisme du chef de l'Etat et ses promesses non tenues, notamment en termes de croissance économique, sont plus globalement mis en cause par les manifestants. (Sources : AFP, Reuters, AAFC)

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Dimanche 1 juin 2008

Le samedi 31 mai, des dizaines de milliers de manifestants ont protesté, à Séoul, contre la décision du président Lee Myung-bak de réouvrir le marché sud-coréen aux importations de boeuf américain. Une vague de mécontentement sans précédent depuis 20 ans, qui témoigne du divorce consommé entre l'opinion publique et le président pourtant le mieux élu de l'histoire récente de la Corée du Sud.

Le 18 avril 2008, le président sud-coréen Lee Myung-bak, hôte personnel de George W. Bush, avait décidé de réouvrir le marché sud-coréen aux importations de boeuf américain, comme gage de sa volonté de resserrer l'axe Washington-Séoul.

Après la découverte d'un cas de "vache folle" dans l'Etat de Washington. la décision d'embargo avait été prise quatre ans et demi plus tôt, alors que la Corée du Sud constituait le troisième client des Etats-Unis.

Le samedi 31 mai, la manifestation à Séoul, devant l'hôtel de ville, contre une décision personnelle du président Lee Myung-bak a rassemblé 38.000 participants selon les forces de l'ordre, soit quatre fois plus que les jours précédents. Ce rassemblement pacifique avait donné lieu à un encadrement exceptionnel par 11.000 policiers (ci-contre une manifestante à Gwacheon, le 29 mai 2008. Source : Hankyoreh Ilbo). Quelques jours plus tôt, Lee Myung-bak s'était excusé publiquement de ne pas avoir suffisamment écouté l'opinion publique depuis son entrée en fonctions, mais sans changer de ligne politique.

Dans la matinée du 31 mai, 60 manifestants avaient été arrêtés par la police devant le palais présidentiel, alors qu'ils protestaient contre la levée de l'embargo. 

Les organisateurs du rassemblement ont dénoncé une "déclaration de guerre" contre le peuple coréen. Soutenus par l'opposition, ils entendent continuer leurs actions dans la rue tout en demandant à la Cour constitutionnelle de mettre son veto contre une mesure qui porte atteinte au droit à la santé.

Du 18 avril au 30 mai 2008, des veillées aux chandelles ont eu lieu dans 99 villes et villages. Selon certains observateurs, il s'agirait du plus puissant mouvement de protestation en Corée du Sud depuis les grandes luttes de juin 1987 : le mouvement de juin 1987 avait alors contraint le régime militaire à accepter le rétablissement de l'élection du président de la République au suffrage universel direct, sonnant le glas du pouvoir militaire.
(Sources : Associated Press, Hankyoreh Ilbo)

Sur cette carte de la Corée du Sud, les petites flammes indiquent les veillées aux chandelles

qui ont eu lieu entre le 18 avril et le 30 mai 2008 pour protester contre les importations de boeuf américain

(source : Hankyoreh Ilbo)



La manifestation du 31 mai 2008 à Séoul.
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Samedi 24 mai 2008

Seulement trois mois après son investiture, le président sud-coréen Lee Myung-bak est devenu impopulaire. Celui qui a été surnommé "le bulldozer" a reconnu n'avoir pas assez tenu compte de l'opinion publique. La réouverture de la Corée du Sud au marché du boeuf américain, en cristallisant les mécontentements, a ainsi eu un effet décisif sur la baisse de sa cote de popularité.

Adoptant un style nouveau, le président sud-coréen Lee Myung-bak a choisi la télévision pour exprimer ses regrets de ne pas avoir suffisamment écouté l'opinion publique en son début de mandat, moins de cent jours après son investiture.

Mais si la forme change, le fond demeure : les décisions prises sans concertation préalable de celui qui, à la mairie de Séoul, avait été surnommé "le bulldozer", n'ont été modifiées qu'à la marge. En visite aux Etats-Unis, Lee Myung-bak s'était ainsi engagé à la ratification de l'accord de libre-échange (Free Trade Agreement, FTA) avec les Etats-Unis, malgré l'opposition de nombreux secteurs de l'opinion - notamment les milieux du cinéma et les agriculteurs - y compris de certains parlementaires de droite. Il annonçait en particulier la réouverture de la Corée du Sud au marché du boeuf américain, ce qui signifiait la levée des mesures d'interdiction prises en 2003, au moment de la "crise de la vache folle".


En vert foncé, figurent les pays où ont été identifiés

des cas humains de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

En vert clair, figurent les pays où ont été identifiés

des cas d'encéphalopathie spongiforme bovine ("maladie de la vache folle").


Face aux manifestations contre cette décision, prise indépendamment de toute évaluation préalable du risque sanitaire, l'administration Lee Myung-bak n'a concédé qu'un report de la date de réouverture du marché coréen, tandis que la cote de popularité du chef de l'Etat plongeait. Dans le même temps, la Corée du Sud a accueilli les premières d'importations d'OGM américains.

A la télévision, Lee Myung-bak a fait état de l'engagement écrit du gouvernement américain sur le risque sanitaire lié à la crise de la vache folle. Il a également réaffirmé sa conviction que le libre-échange était, selon lui, une nécessité pour une économie aussi ouverte que la Corée du Sud, en avançant le chiffre de "300.000 emplois" que créerait immédiatement la ratification de l'accord de libre-échange. Pendant sa campagne électorale, Lee Myung-bak s'était déjà engagé sur des taux de croissance chiffrés, avant de devoir les réviser, remettant en cause son volontarisme. Au demeurant, l'accord de libre-échange doit franchir la double étape d'une ratification par le Congrès américain et le Gukhoe sud-coréen.

Par le passé, des prédécesseurs de Lee Myung-bak ont joué la carte de l'ouverture vis-à-vis de la Corée du Nord pour franchir un cap d'impopularité, comme cela a notamment été le cas du général Park Chung-hee au début des années 1970. Lee Myung-bak a manifesté certains signes d'infléchissement en ce sens, mais il faudra davantage qu'un changement de style pour espérer de nouveaux progrès dans le dialogue intercoréen.  (Sources : Asia Times Online, AAFC)

par Association d'amitié franco-coréenne publié dans : Politique sud-coréenne
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Dimanche 18 mai 2008

Le 18 mai 1980, la violente répression, par le pouvoir militaire sud-coréen, des manifestations de Kwangju signe le début d'un mouvement continu de protestations, jusqu'à la chute du régime militaire en 1987. Vingt-huit ans après, l'Association d'amitié franco coréenne (AAFC) souhaite saluer le courage des combattants sud-coréens pour la démocratie, en rappelant son engagement continu aux côtés des forces démocratiques en Corée du Sud.

Le 17 mai 1980, les militaires au pouvoir à Séoul décidaient d'étendre l'état de siège à la province de Kwangju, bastion de l'opposition. Il s'ensuivit un mouvement de protestations, attisé par la mort de plusieurs personnes tuées par l'armée lors des manifestations qui, dès le 18 mai, ont protesté contre la fermeture de l'université Jônnam.

Dans les jours qui suivent, les combattants de la commune de Kwangju investissent l'hôtel de ville, contrôlent la station émettrice de KBS puis, ayant pris les armes pour parer aux menaces d'invasion par les troupes du gouvernement militaire, étendent leur mouvement aux autres villes de la région.

Mais la répression militaire, déclenchée le 27 mai, anéantit le mouvement insurrectionnel qui n'était pas sans rappeler, 110 ans plus tôt, celui de la Commune de Paris. Le bilan officiel, de 200 morts, se serait élevé à plusieurs milliers de victimes selon les organisations de défense des droits de l'homme.

Cependant, les manifestants sud-coréens pour la démocratie continuèrent leur combat : chaque année depuis 1980, les commémorations du soulèvement sont le point de ralliement des revendications démocratiques. Ces protestations ont notamment abouti, en 1987, à faire plier le régime militaire, qui a alors dû accepter le rétablissement de l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Dix ans plus tard, un ancien opposant, Kim Dae-jung, accède à la présidence de la République, permettant l'alternance démocratique.

Le rôle des Etats-Unis a été vivement critiqué : le président américain Jimmy Carter, le 23 mai 1980, a appelé le gouvernement sud-coréen à rétablir l'ordre, épousant contre toutes évidences la thèse du complot communiste brandie par les militaires sud-coréens.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) souhaite aujourd'hui commémorer le vingt-huitième anniversaire du soulèvement de Kwangju, en saluant le courage des combattants coréens pour la démocratie, dont beaucoup payèrent cet engagement de leur vie. L'AAFC rappelle également qu'elle a soutenu de manière inconditionnelle les mouvements de démocratisation en Corée du Sud, en s'investissant notamment dans la campagne pour la libération de Kim Dae-jung, condamné à mort suite au soulèvement de Kwangju.

L'AAFC appelle par ailleurs à parachever la démocratisation de la Corée du Sud, en abrogeant la loi de sécurité nationale qui interdit les contacts entre Nord et Sud-Coréens et a été utilisée pour réprimer les mouvements d'opposition au nom de la lutte contre le communisme. Elle appelle également à la libération de tous les prisonniers de conscience dans la péninsule coréenne.

par Association d'amitié franco-coréenne publié dans : Politique sud-coréenne
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Jeudi 10 avril 2008

Les élections législatives du 9 avril 2008 en Corée du Sud ont donné une majorité plus courte que prévu au nouveau président (conservateur) Lee Myung-Bak, élu le 19 décembre 2007. Ce scrutin a aussi été marqué par une abstention sans précédent (54 %).

Avec 153 sièges (sur 299) selon les premières estimations à la sortie des urnes, le Grand parti national (GPN, conservateur) du nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak, élu le 19 décembre 2007, a remporté une majorité moins importante que prévu.

Le Parti démocratique unifié (centriste) obtiendrait 81 sièges, suivi de deux coalitions formées par des dissidents du GPN : le Parti de la liberté en avant (18 sièges) et l'Alliance pro-Park Geun-hye (14 sièges). Viennent ensuite le Parti démocratique du travail (gauche socialiste, 5 sièges) et le Parti du renouveau de la Corée (3 sièges). Le Nouveau parti progressiste ne remporterait aucun siège. Enfin, 25 sièges reviendraient à des indépendants élus au scrutin majoritaire uninonimal.


Le taux d'absention record de 54% (en hausse de 11% par rapport au précédent scrutin) confirme la faible intensité politique de ce scrutin, alors que les mises en cause de la Corée du Nord par le président Lee Myung-bak font peser de sérieuses incertitudes sur le maintien du dialogue intercoréen. En ce sens, les résultats des élections du 9 avril 2008 ont valeur d'avertissement pour le nouveau pouvoir conservateur en Corée du Sud, car la très large majorité avec laquelle Lee Myung-bak avait été élu président il y a moins de quatre mois s'est déjà réduite. 

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Lundi 7 avril 2008

Moins de quatre mois après l'élection du principal candidat d'opposition, le conservateur Lee Myung-bak, à la présidence de la République de Corée (du Sud), les élections législatives sud-coréennes du 9 avril 2008 devraient confirmer la domination du Grand parti national du président Lee. Malgré un net regain de tensions avec la Corée du Nord, la campagne électorale a suscité peu d'intérêt chez les électeurs : un taux d'abstention record pourrait être l'un des enseignements les plus significatifs d'un scrutin dépassionné.

Mêmes causes, mêmes effets : depuis l'instauration en 2002 du quinquennat et l'inversion du calendrier des élections présidentielle et législatives, les élections législatives françaises tendent à confirmer le résultat de l'élection présidentielle. Les scrutins législatifs français de 2002 et 2007 ont, en outre, été marqués par des taux records d'abstention.

Un scénario identique est attendu pour les élections législatives sud-coréennes du 9 avril 2008, moins de quatre mois après l'élection, le 19 décembre 2007, du conservateur Lee Myung-Bak (Grand parti national, GPN) à la présidence de la République en Corée du Sud.

 

Les enjeux sont pourtant déterminants : sans majorité parlementaire, le président Lee ne pourra pas mettre en oeuvre son programme et il s'expose à un risque de veto des députés. Par ailleurs, la majorité constitutionnelle, pour changer la loi fondamentale, est fixée aux deux tiers des sièges. L'Assemblée nationale (en coréen gukhoe) comprend 299 membres : 245 sièges sont pourvus au scrutin majoritaire à un tour et 54 sièges sont répartis à la proportionnelle, entre les listes ayant obtenu au moins 3 % des voix ou 5 députés au scrutin majoritaire.


Le principal adversaire du Grand parti national est le Parti démocratique unifié (PDU), de sensibilité centriste, proche du prédécesseur du président Lee. Plus grande formation politique des anciens opposants au régime militaire sud-coréen, le PDU dispose d'une majorité relative dans la législature sortante (135 sièges, contre 130 au GPN) mais son candidat a été distancé de plus de 20 points à l'élection présidentielle. L'objectif du PDU est d'obtenir 100 sièges : le régionalisme qui domine la vie politique sud-coréenne devrait aider le PDU à conserver ses bastions, bien qu'il soit distancé dans les intentions de vote au niveau national.  


La nette dégradation récente des relations intercoréennes a été l'élément le plus saillant de la campagne électorale qui s'achève : après les déclarations du commandement militaire sud-coréen sur la possibilité de frappes préventives des installations nucléaires nord-coréennes, la Corée du Nord a mis en garde le Sud contre des risques de conflit armé. Les deux prédécesseurs démocrates du président Lee ont mis en place une politique de rapprochement intercoréen, critiquée par le GPN comme ayant accordé trop de concessions sans contreparties. Le lien effectué par le président Lee Myung-bak entre la poursuite des échanges économiques (la Corée du Sud est aujourd'hui le deuxième partenaire commercial de la Corée du Nord) et la dénucléarisation de la péninsule coréenne, d'une part, la question des droits de l'homme, d'autre part, tranche avec ses prédécesseurs qui dissociaient ces différents enjeux. En désignant Lee Myung-bak comme pro-Américain et "traître" à la cause de la réunification de la Corée, après avoir expulsé onze des fonctionnaires sud-coréens de la zone industrielle nord-coréenne de Kaesong, où sont implantées des entreprises sud-coréennes, la Corée du Nord a exprimé clairement sa volonté de non-ingérence dans ce qu'elle considère relever de ses affaires intérieures, ou - s'agissant du nucléaire - de sa politique de défense et de ses relations bilatérales avec Washington.  


Plusieurs autres formations politiques arbitrent le duel attendu entre le GPN et le PDU :


- des dissidents du GPN ont formé une "Alliance pro-Park Geun-hye", du nom de l'adversaire malheureuse de Lee Myung-bak à l'élection primaire interne au GPN pour désigner son candidat à l'élection présidentielle : cette alliance regroupe principalement des députés sortants non réinvestis ; le GPN affirme que ces décisions traduisent sa volonté de moraliser la vie politique en écartant des élus soupçonnés de corruption, quand les intéressés font état d'une "chasse aux sorcières" des partisans de Mme Park Geun-hye ;


- à gauche, le mauvais score (3 %) du candidat du Parti démocratique du travail (PDT) à l'élection présidentielle de décembre 2007 a entraîné une scission interne : la majorité, où se retrouvent les partisans des idées du juche du président nord-coréen Kim Il-sung, est accusée de nationalisme par la minorité, proche de la centrale syndicale KCTU, qui a quitté le PDT pour fonder le Nouveau parti progressiste (NPP) ; en adoptant un ton extrêmement critique vis-à-vis de la Corée du Nord, le NPP  a été accusé par ses adversaires de faire le jeu du président Lee Myung-bak et de la CIA ;


- les partis de deux anciens candidats malheureux à l'élection présidentielle de décembre 2007, arrivés respectivement en troisième et quatrième position, sont en mesure d'obtenir des sièges au scrutin majoritaire : le Parti de la liberté en avant (PLA) de l'ultraconservateur Lee Hoi-chang, qui a fusionné avec le Parti du peuple d'abord, bien implanté dans la province de Chungcheong ; le Parti du renouveau de la Corée (PRC), nouveau nom depuis octobre 2007 du Parti créatif de Corée (PCC), de l'entrepreneur (de centre-gauche) Moon Kook-hyun.


A l'instar du PDU, les différents candidats conservateurs dissidents du GPN se sont opposés à un projet controversé de canal entre Séoul et Pusan. Le PDU a aussi mis en cause la proximité du président Lee Myung-bak avec les grands groupes industriels et financiers, les chaebols. Bien que la faiblesse structurelle des chaebols ait été l'une des causes de la crise financière de 1997 en Corée du Sud, une des premières mesures annoncées par le président Lee Myung-bak a été d'annoncer un assouplissement des critères pour reconstituer des conglomérats économiques et financiers. 


Au plan international, le président Lee Myung-bak privilégie l'alliance avec les Etats-Unis, dont près de 30.000 soldats stationnent en Corée du Sud depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. Les membres de son cabinet sont diplômés des principales universités américaines.


Dans l'assemblée sortante, l'absence de majorité relative avait donné un rôle charnière au PDT dont les dix députés s'étaient opposés, notamment, à la libéralisation du marché agricole. Le président Lee Myung-bak souhaite disposer d'une large majorité parlementaire pour mener des réformes libérales. Bien que la Corée du Sud soit le pays industrialisé où la protection sociale est la moins développée de tous les Etats membres de l'OCDE, une majorité de Sud-Coréens ont déjà voté en décembre 2007 pour un candidat conservateur,  sur un programme de flexibilité accrue du marché du travail. Selon le président Lee Myung-bak, de telles mesures permettraient de relancer l'économie et de diminuer le taux de chômage. 
par Association d'amitié franco-coréenne publié dans : Politique sud-coréenne
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