Relations internationales de la Corée

Jeudi 5 novembre 2009

Le 15 octobre 2009, la commissaire européenne au Commerce, Mme Catherine Ashton, et le ministre sud-coréen du Commerce, M. Kim Jong-hoon, ont signé un accord de libre-échange qui, en prévoyant l'abolition des droits de douane sur 97 % des produits échangés dans un délai de vigueur, est le plus important accord de libre-échange depuis la conclusion, en 1994, de l'accord de libre-échange nord-américain (North American Free Trade Agreement, NAFTA) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Si la Commission européenne estime - de manière optimiste - à 31 milliards d'euros les débouchés nouveaux pour les exportateurs européens et sud-coréens, les syndicats et certaines professions - comme les constructeurs automobiles européens - dénoncent les conséquences selon eux néfastes de cet accord, qui reste encore à être approuvé par le Parlement européen, l'Assemblée nationale coréenne (Gukhoe) et les Parlements des 27 Etats membres de l'Union europénne (UE).

A l'issue de plus de deux ans de négociations, et de huit séries de négociations, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Corée du Sud a été signé à Bruxelles, le 15 octobre 2009, entre Mme Catherine Ashton, commissaire européenne au Commerce,  et M. Kim Jong-hoon, ministre du Commerce de la République de Corée (du Sud) (photo : service audiovisuel de la Commission européenne). La Commission européenne ne cache pas sa satisfaction d'avoir rattrapé les Etats-Unis dans leurs négociations commerciales avec la Corée du Sud : signé en avril 2007, l'accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Corée du Sud n'est toujours pas entré en vigueur, en raison notamment de l'opposition du Congrès américain. Si le nouvel accord doit encore être approuvé par le Parlement européen, l'Assemblée nationale sud-coréenne et les Parlements des 27 Etats membres de l'Union européenne (UE), l'optimisme prévaut : Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat française au Commerce, envisage une entrée en vigueur dès l'été 2010.

Alors que les échanges commerciaux entre l'Union européenne et la Corée du Sud ont atteint 65 milliards d'euros en 2008 (se répartissant entre 39,4 milliards d'euros d'exportations sud-coréennes vers l'UE, et 25,6 milliards d'euros d'exportations européennes vers la Corée du Sud, plaçant ainsi l'UE au deuxième rang des partenaires commerciaux de la Corée du Sud, derrière la Chine), la Commission européenne estime que le nouvel accord, en prévoyant la suppression des droits de douane sur 97 % des produits échangés (ainsi que la levée de barrières dites non tarifaires, correspondant notamment à des normes sanitaires et techniques) dans un délai de cinq ans, génèrera 19 milliards d'euros de débouchés commerciaux nouveaux pour les entreprises européennes, et 12 milliards d'euros d'exportations supplémentaires pour les entreprises sud-coréennes. Ces prévisions sont fondées sur la suppression attendue de 1,6 milliard d'euros de droits de douane sud-coréens et de 1,1 milliard d'euros de droits de douane européens. Ces chiffres ont toutefois été établis au début des négociations, et sont considérés comme particulièrement optimistes par de nombreux experts, d'autant plus qu'ils seront difficilement vérifiables : dans l'évolution des échanges commerciaux entre l'Union européenne et la Corée du Sud, quelle sera la part imputable à l'effet-prix dû exclusivement à la diminution des droits de douane, ou à la levée de barrières non-tarifaires ? Seules les pertes de recettes fiscales sont certaines.

Au moment où la crise internationale vient rappeler les limites des fondamentaux du libre-échangisme (à l'origine, par exemple, de la dépendance économique de nombreux pays du Tiers-Monde anciennement colonisés), l'accord de libre-échange soulève de nombreuses critiques. Alors que la balance commerciale entre la Corée du Sud et l'Union européenne est déjà lourdement déficitaire (- 13,8 milliards d'euros en 2008) au détriment de l'UE, les constructeurs automobile européens - qui forment l'un des principaux secteurs industriels pourvoyeurs d'emplois, et sont aussi l'un des plus sensibles à la conjoncture économique - considèrent qu'ils seront lourdement pénalisés par la suppression annoncée de 10 % des droits de douane sur les voitures coréennes, et de 8 % sur les voitures européennes. A l'appui de leurs analyses, ils observent que, en 2008, l'Union européenne a importé 450.000 voitures sud-coréennes, et exporté seulement 33.000 véhicules (soit seulement 3 % du marché automobile domestique) au pays du Matin calme.

Les menaces ne portent pas seulement sur l'emploi, mais également sur les services publics :
selon la centrale syndicale sud-coréenne KCTU, l'accord de libre-échange va livrer à la concurrence européenne les services publics sud-coréens de l'eau, de l'électricité, du gaz, de la santé et de l'éducation. La KCTU rappelle, par exemple, que la privatisation de l'eau a conduit à une explosion des prix dans de nombreux pays en développement, tout en menaçant la santé et la vie des citoyens : en Philippines, l'accès à l'eau potable est désormais limité à quatre heures par jour, et le manque d'entretien du réseau d'assainissement a entraîné la mort de 300 personnes, victimes du choléra.

Enfin, les services culturels seront davantage soumis à la logique de profit du secteur marchand, en application d'un protocole sur la coopération culturelle pour le moins ambigu.

Si les gouvernements européens espèrent coiffer sur le fil les Etats-Unis dans la ratification de l'accord de libre-échange avec la Corée du Sud, les critiques attendues de larges pans de l'opinion publique vont compliquer la procédure parlementaire dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne et en Corée du Sud, hypothéquant tout pronostic d'entrée en vigueur de l'accord.

Sources : AAFC, Les Echos (édition du 15 octobre 2009), Europa (édition du 15 octobre 2009), Le Figaro (édition du 16 octobre 2009)

Autres articles sur les relations entre l'Union européenne et la Corée :
-
Sommet Chine - Union européenne : désaccord sur la Corée du Nord (21 mai 2009)
-
La Corée du Nord, test pour une politique étrangère commune de l'UE (1er novembre 2008)
-
Le "non" de la KCTU à l'accord de libre-échange Europe-Corée (28 juin 2008)

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Samedi 31 octobre 2009

Le 30 octobre 2009, le gouvernement sud-coréen a annoncé l'envoi de 300 soldats et policiers en Afghanistan, deux ans après l'enlèvement par les taliban et la mort de missionnaires sud-coréens, qui avait entraîné le retrait des troupes sud-coréennes. Alors que la décision formelle ne doit intervenir qu'après un rapport d'une équipe qui doit se rendre prochainement sur place, puis l'accord du Parlement, le gouvernement sud-coréen s'est efforcé de désamorcer les critiques attendues de l'opinion publique. Il a déclaré qu'il s'agirait seulement de protéger des travailleurs civils participant à la reconstruction du pays. Son annonce intervient avant la rencontre prévue en novembre entre Lee Myung-bak et Barack Obama : les Etats-Unis, qui considèrent l'Afghanistan comme un des principaux champs de bataille de la "guerre contre le terrorisme", ont salué l'annonce de Séoul, tout en s'évertuant à réfuter tout arrangement américano - sud-coréen avant le sommet du mois prochain.

Alors que la
participation sud-coréenne aux opérations menées en Irak sous commandement américain avait soulevé de nombreuses protestations dans le Sud de la péninsule, le gouvernement a multiplié les précautions pour l'annonce du retour de troupes sud-coréennes en Afghanistan. Cette décision, apparemment d'ores et déjà prise, à la veille d'un sommet en novembre entre Lee Myung-bak et Barack Obama, témoigne de l'étroitesse des relations entre les deux pays, suivant une tradition de soutien constant de la Corée du Sud aux guerres des Etats-Unis : entre 1965 et 1973, 312.853 soldats sud-coréens ont combattu au Vietnam aux côtés des troupes américaines, faisant de la Corée du Sud le deuxième pays étranger le plus impliqué dans le conflit.

Si la présence militaire annoncée en Afghanistan, avec plus de 200 soldats et une trentaine de policiers (300 hommes au total, selon d'autres sources), est plus modeste, elle n'en témoignerait pas moins d'un spectaculaire retour des troupes sud-coréens dans l'un des principaux foyers de la "guerre contre le terrorisme" menée par les Etats-Unis. En effet, en 2007, les troupes sud-coréennes s'étaient retirées d'Afghanistan sur la demande des taliban, après que ces derniers eurent capturé un groupe de missionnaires protestants sud-coréens, dont deux avaient été tués.

De multiples précautions ont été prises par Yu Myung-hwan, ministre des Affaires étrangères, pour cette annonce, intervenue lors d'une audition par les députés de la commission des affaires étrangères, le 30 octobre 2009. Le ministre a déclaré attendre le rapport d'une équipe qui se rendra bientôt sur place, avant l'accord final du Parlement. Cette prudence traduit une inquiétude face aux protestations attendues, tant de l'opinion publique que de l'opposition. Lors d'une rencontre avec M. Yu, Chung Se-kyun, dirigeant du Parti démocrate (principale force d'opposition, centriste) a déclaré que son parti avait une "perception fondamentalement négative" des actions conduites en dehors des opérations de maintien de la paix.

Selon Moon Tae-young, porte-parole du ministre des Affaires étrangères, le mandat des troupes sud-coréennes serait limité à la protection de travailleurs civils participant aux équipes de reconstruction provinciale (dans le cadre d'un programme plus connu par son acronyme anglais : PRT, pour Provincial reconstruction team), dont les effectifs seraient eux-mêmes portés de 25 à 130. Cette équipe, composée de médecins et de personnels spécialisés dans la formation, se trouve aujourd'hui dans la base aérienne américaine de Bagram. Trois sites sont envisagés comme base des troupes sud-coréennes : Kaboul, Day Kundi et Nimroz. Le choix de Kaboul est le plus souvent cité, du fait de sa proximité avec la base américaine de Bagram (photo ci-dessous).


La Corée du Sud rejoindrait ainsi les 14 autres pays de la coalition participant aux opérations de reconstruction du pays, conduites en application d'une résolution des Nations-Unies dans les zones frappées par la guerre, en répondant ainsi à la demande du gouvernement afghan. Les personnesl civils travaillent en étroite coopération avec les troupes de la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS, ou International Security Assistance Force : ISAF, ci-dessous carte des commandemants régionaux de l'ISAF et des opérations PRT en septembre 2008) qui opère en Afghanistan sous l'égide de l'OTAN. Dans un communiqué en date du 31 octobre, Robert Gibbs, secrétaire à la presse de la Maison-Blanche, a salué l'annonce du gouvernement sud-coréen :  "C'est une contribution importante à l'effort international en Afghanistan et pour encourager la stabilité et la reconstruction de la région".

Selon le gouvernement sud-coréen, il ne s'agirait pas de troupes de combat, mais les soldats pourraient être "obligés" d'intervenir dans des "tirs croisés involontaires", ce qui justifierait le déploiement d'équipements lourds - dont des tanks.

Les soldats et les policiers déployés seront deux fois plus nombreux que les civils avec, en théorie,  pour seul mandat d'assurer la protection. L'autre annonce faite simultanément par le gouvernement sud-coréen est que le nombre de ces personnels serait multiplié par cinq, alors que leur protection pouvait jusqu'à présent être assurée par les seules troupes américaines. En outre, comme le montre l'expérience d'autres opérations en principe strictement civiles, la frontière est poreuse avec des actions ouvertement militaires. Malgré les démentis des deux parties, tout indique que Séoul entend apporter sa contribution à la guerre américaine contre le terrorisme, à la veille de la rencontre prévue en novembre entre Barack Obama et Lee Myung-bak.

Le président sud-coréen a fait du
resserrement des liens avec Washington l'un des axes majeurs de sa politique étrangère.

Sources :
CCTV, Hindustantimes, The Korea Herald, Kuwait News Agency (KUNA)

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Jeudi 8 octobre 2009
La visite du Premier ministre chinois, Wen Jiabao, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), du 4 au 6 octobre 2009, a été l'occasion de réaffirmer la solidarité entre la République populaire de Chine (RPC) et la RPDC, forgée notamment pendant la Guerre de Corée (1950-1953). Désolidariser ces deux alliés traditionnels fait d'ailleurs partie de la stratégie des partisans d'un étouffement de la Corée du Nord qui aboutirait à son effondrement. Suite à l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai, l'adoption d'un nouveau train de sanctions à l'encontre de la RPDC par le Conseil de sécurité des Nations Unies, dont la Chine est un des membres permanents, avait pu laisser croire que la Chine "lâcherait" la RPDC. La visite du Premier ministre Wen démontre qu'il n'en est rien, au grand dam des Etats-Unis et de leurs alliés. Mieux, l'approche chinoise semble à même de  faire avancer de manière décisive la résolution de la crise nucléaire dans la péninsule coréenne. Les Etats-Unis, l'autre principal protagoniste de cette crise, sont ainsi poussés à enfin accepter des discussion bilatérales avec une Corée du Nord qui peut compter sur un soutien de la Chine. Signe supplémentaire d'une stabilisation de la situation en Asie du Nord-Est, la France vient d'entamer un processus historique de rapprochement avec la RPDC.
 
A l'occasion du 60eme anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée, le 6 octobre 1949, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a effectué une visite en RPDC du 4 au 6 octobre 2009. La dernière visite d'un Premier ministre de la République populaire de Chine en RPDC remontait à 1991.

Les dirigeants des deux pays avaient auparavant échangé des messages dans lesquels ils s'engageaient à renforcer leur relations pour le bien de la paix et de la stabilité en Asie du Nord-Est. "L'histoire démontre que le développement des relations entre la Chine et la RPDC répond aux intérêts fondamentaux et aux voeux partagés des peuples de nos deux pays", était-il écrit dans le message adressé conjointement par les dirigeants chinois, le président de la RPC, Hu Jintao, le président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, Wu Bangguo, et le Premier ministre, Wen Jiabao. "Cela contribue aussi à préserver la paix et la stabilité de la région."

Dans ce message, la Chine se déclarait également prête à travailler main dans la main avec la RPDC pour faire davantage avancer les relations de bon voisinage, d'amitié et de coopération, Pékin étant déjà le premier partenaire commercial de Pyongyang.

De son côté, le dirigeant Kim Jong-il, président de la Commission de la Défense nationale de la RPDC, a qualifié d'événement mémorable l'établissement des relations entre la RPDC et la République populaire de Chine, affirmant que la RPDC était bien déterminée à consolider et à développer l'amitié avec la Chine et à travailler avec elle pour promouvoir les relations d'amitié et de coopération.

Pendant sa visite en Corée, Wen Jiabao a notamment visité un cimetière dans le district de Hoechang de la province de Phyongan, à 100 km à l'est de Pyongyang, où reposent 134 soldats de l'Armée des volontaires du peuple chinois tombés pendant la Guerre de Corée, dont le propre fils du président Mao Zedong. Entre 1950 et 1953, 2,4 millions soldats chinois se sont battus aux côtés de l'Armée populaire de Corée.

En plus de souligner l'amitié entre la Chine et la RPDC, proches comme "les lèvres et les dents" selon la vieille expression, la visite du Premier ministre chinois a permis d'exposer les positions chinoise et nord-coréenne quant à la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Le dirigeant coréen Kim Jong-il a ainsi rappelé que la dénucléarisation de la péninsule coréenne était une volonté du président Kim Il-sung. Pour y parvenir, il est nécessaire de pacifier les relations hostiles entre la RPDC et les Etats-Unis grâce à des discussions bilatérales. En fonction du résultat de ces discussions, la RPDC est prête à participer à des négociations multilatérales, y compris aux pourparler à six. "Nos efforts pour atteindre l'objectif d'une péninsule dénucléarisée restent inchangés", a conclu le dirigeant coréen.

De 2003 à 2008, les pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne ont réuni les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon. En avril 2009, après sa condamnation par le Conseil de sécurité des Nations Unies pour avoir lancé un satellite de télécommunications, la RPDC s'est retirée de ces pourparlers devenus, selon elle, une simple "tribune servant à porter atteinte à sa souveraineté à la forcer à désarmer." Il est à noter que l'envoyé chinois aux pourparlers à six, le vice-ministre des Affaires étrangères Wu Dawei, faisait partie de la délégation emmenée par Wen Jiabao en RPDC.

A l'issue de leurs entretiens, Kim Jong-il et Wen Jiabao "sont parvenus à un consensus fondamental" sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, a rapporté l'agence officielle Xinhua (Chine nouvelle).

Du côté des autres parties aux pourparlers, la Russie, par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères, Alexandre Borodavkine, a salué l'intention de la RPDC d'avoir un dialogue bilatéral avec les Etats-Unis en prélude à la reprise du processus des négociations à six.

Selon plusieurs experts russes, malgré le retrait de la RPDC des pourparlers à six - annoncé comme définitif - la position nord-coréenne sur ces pourparlers reste inchangée. Tout dépend désormais de l'attitude adoptée par les Etats-Unis qui n'ont jusqu'à présent manié que l'intimidation et les sanctions vis-à-vis de la Corée du Nord. Sans résultats. Selon Evgueni Kim, du Centre d'études coréennes à l'Institut russe de l'Extrême-Orient, "Washington ne sait que trop bien que Pyongyang ne se décidera jamais au démantèlement unilatéral de son programme nucléaire tant qu'il n'aura pas de garanties solides. Le durcissement des sanctions n'effraie pas outre mesure la Corée du Nord."

Pour sa part, le Japon, où le nouveau Premier ministre, Yukio Hatoyama, prône le dialogue et la coopération, a salué la volonté de la Corée du Nord de reprendre, sous condition, les pourparlers à six. "Des discussions bilatérales sont attendues entre les Etats-Unis et la Corée du Nord", a noté avec satisfaction le ministre japonais des Affaires étrangères Katsuya Okada. Il a toutefois ajouté que celles-ci "doivent avoir lieu dans le cadre strict des négociations à six." Quoi qu'il en soit, ce discours marque une rupture avec l'intransigeance du gouvernement japonais précédent, lequel a soulevé le problème de la disparition de plusieurs de ses ressortissants - sans rapport avec la question du nucléaire nord-coréen - pour ne pas respecter les accords signés en février et octobre 2007 lors des pourparlers. [1]

Face à la bonne volonté manifestée par la RPDC à l'issue de la visite du Premier ministre chinois, la satisfaction affichée par la Russie et, dans une moindre mesure, par le Japon tranche avec la méfiance des Etats-Unis et de la Corée du Sud.

Traditionnellement opposés à des discussions directes avec Pyongyang, les Etats-Unis ont fini par accepter le principe de discussions bilatérales avec la RPDC mais seulement dans le cadre multilatéral des pourparlers à six. Ainsi, l'administration américaine hésite toujours à envoyer à Pyongyang son émissaire pour la Corée du Nord, Stephen Bosworth. "Aucune décision n'a été prise à ce sujet", déclarait encore le 5 octobre le porte-parole du département d'Etat américain cité par l'agence sud-coréenne Yonhap.

Le gouvernement américain soutient le "grand marchandage" proposé par le président sud-coréen Lee Myung-bak, des incitations économiques et politiques pour la Corée du Nord, notamment des garanties de sécurité, en échange du démantèlement de son programme nucléaire en une seule phase au lieu de plusieurs étapes. La RPDC a qualifié la proposition sud-coréenne de "bêtise" et "ridicule", accusant Lee Myung-bak de chercher à "s'interposer dans la question nucléaire" qui concerne au premier chef Pyongyang et Washington, comme rappelé le 28 septembre par Pak Gil-yon, vice-ministre des Affaires étrangères de RPDC. S'exprimant devant la 64eme Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, le vice-ministre nord-coréen a une nouvelle fois exposé la doctrine de son pays qui entend être une puissance nucléaire "responsable". Il a ainsi déclaré que tant que les Etats-Unis ne changeront pas leur politique nucléaire, la RPDC n'aura "pas d'autre option que de s'appuyer sur [des] moyens nucléaires fiables pour assurer l'équilibre nucléaire dans la région [de l'Asie du Nord-Est]." Pour la partie nord-coréenne, la question nucléaire est à régler avec les Etats-Unis qui doivent d'abord renoncer à leur attitude de confrontation. "Nous ne participons pas à une course aux armements nucléaires", a encore déclaré Pak Gil-yon. "Notre arsenal nucléaire a pour mission d'empêcher une guerre."

Mais le plus irrité par la visite de Wen Jiabao en RPDC a été le gouvernement sud-coréen. Séoul est très agacé d’être mis à l’écart des négociations sur le nucléaire nord-coréen. Le gouvernement conservateur du président Lee Myung-bak est ainsi pris à son propre piège puisqu'il a décidé, depuis son arrivée au pouvoir en février 2008, de ne plus respecter la lettre et l'esprit des déclarations Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, réduisant au maximum les contacts avec le Nord, supprimant notamment la coopération  humanitaire et économique avec la RPDC tant que celle-ci n’aura pas renoncé à ses programmes nucléaires. Or, la question du nucléaire n'est pas évoquée dans les déclarations Nord-Sud de 2000 et 2007.

Le gouvernement sud-coréen s'indigne aussi des accords de coopération signés pendant la visite du Premier ministre chinois. Les accords sino-coréens rendus publics portent sur plus de 200 millions de dollars. Ils concernent  l'assistance économique, le soutien aux secteurs de l'éducation et des technologies, des accords touristiques ou encore la construction d'un nouveau pont sur le fleuve Amnok (en chinois, Yalu) séparant la Chine et la Corée. Des experts chinois estiment que Pékin fournira du pétrole brut et des produits alimentaires pour une valeur d'au moins 50 millions de dollars. Proposée par la Chine, la construction d'un nouveau pont sur le fleuve Amnok/Yalu permettra de développer une zone économique spéciale autour de la ville frontalière nord-coréenne de Sinuiju et facilitera les échanges entre la RPDC et la Chine, lesquels s'élèvent à 2,7 milliards de dollars par an.

La Chine a aussi promis une assistance militaire à la RPDC avec laquelle la lie déjà un accord de défense mutuel depuis 1961. La visite du Premier ministre Wen dans le cimetière de Hoechang, en rappelant l'engagement de 2,4 millions soldats chinois aux côtés des Coréens du Nord entre 1950 et 1953, pourrait signifier la volonté de la Chine d'assister militairement la RPDC en cas de crise dans la péninsule coréenne. 

Pour le gouvernement sud-coréen, de tels accords prennent le contre-pied des sanctions votées en juin par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’encontre de la Corée du Nord. Néanmoins, tournant résolument le dos à la stratégie d'étouffement de la Corée du Nord, prônée par les Etats-Unis et leur alliés et sans grands effets sur le développement du programme nucléaire nord-coréen, la solidarité entre la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée, réaffirmée pendant la visite du Premier ministre Wen, semble parvenir à de meilleurs résultats. Les nouvelles perspectives de résolution de la crise nucléaire coréenne, les discussions bilatérales entre les deux principaux protagonistes, la RPDC et les Etats-Unis, qui pourraient précéder une reprise des pourparlers à six, ont même des effets induits inattendus puisque ce moment a été choisi par la France pour, enfin, étudier sérieusement les conditions de l'établissement de relations diplomatiques avec la RPDC.
 


[1] Le 13 février 2007, aux termes de l'accord intervenu à Pékin à l'issue des négociations à six (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur le programme nucléaire nord-coréen, la Corée du Nord s'est engagée à désactiver son programme nucléaire en échange d'une aide énergétique et alimentaire et de garanties de sécurité par les Etats-Unis. Le 3 octobre 2007, un nouvel accord a été signé par les gouvernements des six pays, concernant le processus de démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes : la Corée du Nord acceptait de démanteler ses trois principales installations nucléaires à Yongbyon avant le 31 décembre 2007, sous la supervision d'un groupe d'experts. Elle s'engageait dans le même temps à donner la liste complète de ses programmes nucléaires en échange d'une aide énergétique équivalente à un million de tonnes de fioul lourd.



Sources :
AFP, China Daily, Choson Ilbo, ITAR-TASS, KCNA, Kyodo News, ONU, Radio France Internationale, RIA-Novosti
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Lundi 28 septembre 2009

L'agence officielle KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé, le lundi 28 septembre 2009, la visite officielle en RPDC de Wen Jiabao les 4 et 5 octobre prochains. La venue du Premier ministre de la République populaire de Chine, qui s'inscrit par ailleurs dans le cadre de l'année de l'amitié sino-coréenne après la visite du Premier ministre nord-coréen en Chine plus tôt cette année, a relancé les spéculations sur une possible reprise des pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Est-ce le signal d'une reprise des pourparlers bilatéraux (RPDC - Etats-Unis), voire multilatéraux (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) concernant la dénucléarisation de la péninsule coréenne ? En tout état de cause, l'annonce de la visite officielle en RPD de Corée, du 4 au 6 octobre, du Premier ministre chinois Wen Jiabao clôt une période d'intenses consultations diplomatiques, officielles ou officieuses, depuis le début du mois de septembre, ayant conduit le gouvernement américain à déclarer qu'il n'était pas hostile à des pourparlers bilatéraux directs avec Pyongyang, en vue de la reprise du dialogue à six. Plus tôt en septembre, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il aurait dit à un envoyé du gouvernement chinois qu'il était prêt à des discussions multilatérales sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Dans le contexte de ces échanges diplomatiques de haut niveau, une rencontre a eu lieu, à New York, entre Pak Gil-yon, vice-ministre des affaires étrangères de la RPD de Corée, et le secrétaire général des Nations-Unies, le Sud-Coréen Ban Ki-moon. Le communiqué diffusé par les Nations-Unies à l'issue de cette réunion a fait état des discussions sur des sujets d'intérêt commun, "les relations entre les Etats-Unis et la RPDC, et les questions nucléaires, humanitaires et des droits de l'homme", M. Ban ayant plaidé pour une reprise des pourparlers à six.

Si la visite officielle à Pyongyang du Premier ministre chinois fait suite à celle de son homologue nord-coréen Kim Yong-il en Chine, en mars, dans le cadre de l'année de l'amitié sino-coréenne, elle a ainsi relancé les spéculations sur l'annonce d'une possible reprise des pourparlers lors de la visite de Wen Jiabao, alors que Pékin est l'hôte des discussions à six.

Mais si Pyongyang a multiplié les gestes d'ouverture et de dialogue depuis la visite de l'ancien président américain Bill Clinton à Pyongyang en août, rien n'indique que les Etats-Unis, les autres membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies, la Corée du Sud et le Japon soient prêts, en contrepartie, à alléger les
sanctions contre la RPDC. Si cette ligne de fermeté devait être maintenue, le risque serait grand d'un nouvel échec diplomatique, imputable à l'intransigeance de Washington, Tokyo et Séoul.


Sources : AAFC, AFPAl Jazeera
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Mardi 15 septembre 2009

Alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a célébré le 9 septembre sa fête nationale, l'actualité de la Corée, durant la première quinzaine du mois de septembre 2009, a été marquée par une intense activité diplomatique sur le dossier nucléaire. Les rencontres bilatérales entre les Etats-Unis et les autres membres des pourparlers à six ont conduit à l'annonce, le 11 septembre, que Washington était prêt à un dialogue direct avec Pyongyang, en vue toutefois de relancer les discussions multilérales. Ce revirement de la diplomatie américaine, manifestement concertée avec ses alliés, est intervenu alors que la Corée du Nord a déclaré avoir conduit avec succès une phase expérimentale d'enrichissement de l'uranium. Toute la difficulté des prochains pourparlers, préparés par les initiatives diplomatiques de ces deux derniers mois, consistera pour les Etats-Unis à accepter le statut de Pyongyang comme puissance nucléaire, celle-ci considérant l'arme atomique comme la garantie ultime de sa sécurité contre toute attaque américaine. 

 

1er septembre 2009


Départ pour la Chine d'une délégation nord-coréenne du ministère des Affaires étrangères, conduite par Kim Yong-il, vice-ministre. (source : New York Times, d'après KCNA) 

 

La Corée du Nord rétablit pleinement les liaisons routières intercoréennes de marchandises et de personnes, pour les entreprises sud-coréennes opérant dans la zone industrielle de Kaesong. (source : New York Times)


2 septembre 2009


Hyun In-taek, ministre sud-coréen de la Réunification, décrit l'attitude conciliante de Pyongyang comme un changement "tactique". (source : Xinhuanet)

Rétablissement de la liaison téléphonique militaire Ouest entre les deux Corée, qui était suspendue depuis mai 2008. (source :
ITAR TASS)

 

4 septembre 2009


Dans une lettre de sa représentation permanente aux Nations-Unies, adressée au Président du Conseil de sécurité, la RPDC annonce avoir conduit avec succès un programme nucléaire expérimental d'enrichissement à base d'uranium, en réaction à la résolution 1874 prise par le Conseil de sécurité des Nations-Unies après l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai 2009.  (sources : KCNA)

Pak Myong-son est nommé vice-Premier ministre en Corée du Nord. (source :
KCNA)

En visite à Pyongyang, Bruno Rodriguez, ministre des Affaires étrangères cubain, rencontre son homologue nord-coréen, Pak Ui-chun. (source :
Xinhuanet)


5 septembre 2009


En visite à Séoul, Stephen Bosworth, représentant spécial américain pour la Corée du Nord, rencontre Wi Sung-lac, chef de la délégation sud-coréenne des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. (source : Manila Times)

 

7 septembre 2009


Après une montée des eaux du fleuve Imjin ayant entraîné, selon un premier bilan, trois morts et trois disparus en Corée du Sud, la Corée du Nord explique avoir dû libérer d'urgence les eaux d'un barrage sur le fleuve pour des raisons de sécurité. Séoul réclame des excuses de Pyongyang, qui s'engage, pour l'avenir, à infomer plus amplement Séoul. (source :  AP)

Stephen Bosworth, représentant spécial américain pour la Corée du Nord, déclare à Akitaka Saiki, directeur général du bureau des affaires d'Asie et d'Océanie du ministère japonais des Affaires étrangères, qu'un dialogue bilatéral direct avec la RPD de Corée est subordonné au respect par Pyongyang de ses engagements pris dans le cadre des pouparlers à six. (source :
Kyodo News

 

8 septembre 2009


Les Etats-Unis annoncent le gel des avoirs de deux nouvelles entités nord-coréennes, le Bureau général de l'Energie Atomique et la Compagnie commerciale de Corée Tangun. (source : Xinhua)


Selon les médias sud-coréens, Pyongyang aurait invité en octobre Stephen Bosworth, représentant spécial américain pour la Corée du Nord, pour des discussions sur le nucléaire. (source : Reuters)


9 septembre 2009


Cérémonies du 61ème anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, marquées par la priorité accordée à l'économie dans l'objectif de construire un pays "puissant et prospère" à l'horizon 2012, année du centième anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung. (source : KCNA)

 

11 septembre 2009


Le département d'Etat américain se déclare prêt à un dialogue bilatéral direct avec Pyongyang, en vue de reprendre les pourparlers à six. (source : BBC)

Le ministre sud-coréen de la Réunification annonce que la Corée du Nord aurait accepté, dans un courrier adressé à Hyundai Asan, une hausse de 5 % des salaires des 40.000 ouvriers nord-coréens employés dans la zone industrielle intercoréenne de Kaesong, retirant de facto sa demande initiale d'un
quadruplement des salaires, de 75 à 300 dollars par mois. (source : Xinhua)

 

12 septembre 2009


Selon le Mainichi Shimbun, le Premier ministre chinois Wen Jiabao participerait début octobre à la cérémonie de clôture, à Pyongyang, de l'année de l'amitié sino-coréenne. Le Premier ministre nord-coréen Kim Yong-il avait participé à la cérémonie d'ouverture à Pékin, en mars (source : Chosun Ilbo)

 

15 septembre 2009


Echange de listes de personnes entre les Croix-Rouge des deux Corée, en vue de réunions de familles séparées entre le 26 septembre et le 1er octobre (source : AFP)

 








 

 


Par Association d'amitié franco-coréenne
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Dimanche 6 septembre 2009

Les 21 et 22 février 1977 s'est tenue, à Bruxelles, la Conférence mondiale pour la réunification pacifique de la Corée, à laquelle participait notamment le sénateur André Aubry, chef de la délégation française, aujourd'hui président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). Les changements politiques intervenus en Europe de l'Est après 1989 ont conduit à rendre publics des documents d'archives diplomatiques jusqu'alors tenus secrets : publié depuis janvier 2009, le rapport en date du 3 mars 1977 rédigé par Lajos Lelkes, premier secrétaire de l'ambassade de Hongrie à Pyongyang, et adressé à Frigyes Puja, ministre hongrois des Affaires étrangères, est un document exceptionnel pour comprendre la position d'un pays membre du Pacte de Varsovie vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Il montre que les principes défendus par Pyongyang sur la réunification de la Corée, avec le soutien de nombre d'organisations internationales tiers-mondistes et de pays non alignés, ainsi que par les Partis communistes s'inscrivant dans la mouvance eurocommuniste (soucieux de se démarquer de Moscou), ont été regardées comme "nationalistes" par l'ambassade de la Hongrie en RPDC.  

Ayant réuni à Bruxelles, les 21 et 22 février 1977, 160 délégués originaires de 50 pays, la Conférence mondiale pour la réunification pacifique de la Corée a été un événement fondateur du mouvement de solidarité avec la Corée, avec la création du
Comité international de liaison pour la réunification et la paix en Corée (CILRECO), auquel est affiliée l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC).

Document secret aujourd'hui déclassifié (dans une traduction en anglais comportant quelques coquilles, notamment sur la graphie des noms propres), le rapport alors rédigé par le premier secrétaire de l'ambassade de Hongrie à Pyongyang apporte des éclairages intéressants sur les participants à la Conférence mondiale de Bruxelles, ainsi que sur la position de Budapest, alors membre du Pacte de Varsovie, l'alliance militaire constituée en Europe autour de l'Union Soviétique.

La liste des organisations internationales présentes à la Conférence montre le soutien des mouvements tiers-mondistes et non-alignés, le Premier secrétaire de l'ambassade de Hongrie 
Lajos Lelkes mentionnant plus particulièrement :
- le
Conseil mondial de la paix, qui a réaffirmé en avril 2008 sa solidarité avec le peuple coréen pour une réunification pacifique et indépendante ;
- la
Fédération syndicale mondiale ;
- le Comité de solidarité Afro-Asiatique ;
- la
Conférence chrétienne pour la paix, évoquant la position de solidarité pour la réunification de la Corée adoptée par le Conseil oécuménique des Eglises, le 1er juiller 2008 ;
- l'Organisation de solidarité des peuples, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (OSPAAAL), plus connue sous le nom de
Conférence tricontinentale.

Le comité international ayant parrainé la conférence fait apparaître le soutien actif de chefs d'Etat étrangers (l'amiral Ratsiraka, Madagascar ; Gnassingbé Eyadema, Togo ; le général Kérékou, Bénin) mais aussi de personnalités de divers horizons politiques (le leader socialiste japonais Narida Domi et le gouverneur socialiste de Tokyo Ryokichi Minobe ; Santiago Carrillo, secrétaire général du Parti communiste d'Espagne ; Romulo Escobar Bethancourt, alors président de l'Université de Panama, conseiller du chef de l'Etat, et qui allait devenir le président du Parti révolutionnaire démocratique). De même, comme l'observe le diplomate hongrois, le comité préparatoire en Belgique comprenait non seulement des responsables du Parti socialiste et du Parti communiste belges, mais aussi des personnalités de sensibilité démocrate-chrétienne. Le chef de la délégation de la RPD de Corée était le ministre de l'Education, Kim Sun-ki.

Le parrainage de Santiago Carrillo est également significatif de l'appui des Partis communiste européens s'inscrivant dans la mouvance eurocommuniste : outre le PC espagnol, les Partis communistes français et italien, dont il est souligné la participation active aux travaux de la Conférence, étaient représentés par des membres de leur Comité central, à l'instar d'ailleurs du Parti communiste cubain et de l'Alliance communiste yougoslave.

Le chef de la délégation française était le sénateur communiste André Aubry, actuel
président de l'AAFC. Son rapport a porté sur les relations internationales, le danger de guerre, et le retrait des troupes américaines et de leurs armes nucléaires en Corée, thèmes toujours d'actualité dans le combat du CILRECO. Le rapport présenté par la chef de la délégation italienne a présenté les violations des droits de l'homme en Corée du Sud, alors gouvernée par les militaires. L'opposition sud-coréenne, non invitée à la Conférence, n'était pas présente.

Signe supplémentaire de l'indépendance de Pyongyang, très impliqué dans le mouvement des pays non-alignés, vis-à-vis de Moscou, les représentations diplomatiques à Pyongyang des pays membres du Pacte de Varsovie étaient invitées à la conférence comme observateurs. Il aurait été convenu qu'ils ne soient pas présents au niveau de leurs ambassadeurs : la Hongrie, comme d'ailleurs la Chine, était ainsi représentée par son Premier secrétaire. En revanche, la Yougoslavie et Cuba avaient envoyé des délégations officielles. 
 
Alors que la RPD de Corée a toujours refusé de rejoindre le Conseil d'assistance économique mutuelle, les 30 contributions sont décrites comme "ayant de profondes résonances anti-impérialistes", le rapport soulignant les échos de la lutte du peuple coréen pour sa réunification aux
combats d'indépendance dans le Tiers-Monde, notamment au Sahara Occidental et en Palestine, dans la continuité de la conférence de Colombo des pays non-alignés, en 1976.

Le rapport de l'ambassade de Hongrie souligne la réussite de la conférence et le soutien "tout à fait remarquable" obtenu parmi des partis communistes et socialistes influents, en envisageant que la réunification de la Corée prenne une place accrue dans les travaux des pays non-alignés, ainsi qu'au sein de l'Internationale socialiste : de fait, les organisations internationales progressistes, présentes en 1977, ont globalement maintenu, depuis cette date, leurs positions sur la question de la réunification de la Corée, alors que la participation de dirigeants socialistes au mouvement international de solidarité, aujourd'hui au sein du CILRECO, a été acquise à la même période. Toujours selon le rapport de l'ambassade de Hongrie, un des objectifs principaux était de sensibiliser l'opinion internationale, et d'abord celle ouest-européenne et nord-américaine, à la question de la réunification de la Corée, dans un mouvement plus organisé.   

Si l'ambassade hongroise  juge "positive" la tonalité anti-impérialiste, l'indépendance vis-à-vis des grandes puissances dans la réunification de la Corée est déplorée : elle "fait ressortir le caractère nationaliste des concepts de la réunification de la RPDC" (cette mention de la seule RPDC est importante, dans la mesure où il est observé que la RPDC aurait guidé l'ensemble des travaux). Pour Budapest, cette position serait illusoire sans le soutien de la Chine et de l'URSS. Dans le débat interne au mouvement communiste international, il est cependant fait une mention - critique - de l'influence chinoise qui s'exercerait sur certaines délégations africaines et asiatiques.

Les divergences de la Hongrie peuvent aussi refléter celles de l'URSS et d'autres pays socialistes, sans qu'elles ne s'expriment alors ouvertement. En effet, la solidarité entre pays socialistes conduisait, à cette époque, à un soutien de principe à Pyongyang sur la question de la réunification. Mais la pérestroïka en URSS, ainsi que les réformes menées dans plusieurs pays d'Europe centrale, créèrent ensuite le contexte politique opportun au relâchement des liens de certains pays socialistes avec la RPD de Corée, avant même la disparition de l'URSS et des démocraties populaires d'Europe de l'Est. De fait, des relations diplomatiques officielles ont été établies entre Moscou et Séoul en septembre 1990, un an avant la dissolution de l'Union soviétique.  

Source :
Centre de recherches de Budapest sur l'histoire de la guerre froide

Par Association d'amitié franco-coréenne
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Dimanche 30 août 2009

La politique étrangère de l'Australie est ambivalente, marquée à la fois par l'alliance avec Washington et la recherche d'un multilatéralisme qui permette à Canberra d'assumer ses responsabilités de grande puissance indépendante, notamment en Extrême-Orient et en Océanie. Dans ce contexte, l'ouverture d'une ambassade australienne en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est un des serpents de mer de la diplomatie australienne. Si l'Australie a été l'une des premières puissances occidentales à ouvrir une ambassade en Corée du Nord au printemps 1975, les tensions nées de la première - et à ce jour, unique - ambassade australienne à Pyongyang (avril-novembre 1975) ont affecté durablement les relations bilatérales, en interrompant la plupart des canaux diplomatiques pendant un quart de siècle.
Les relations diplomatiques entre l'Australie et la République populaire démocratique de Corée ont fait l'objet de plusieurs études : nous avons utilisé notamment un
article de Leonid Petrov, l'un des meilleurs universitaires actuels spécialistes de la Corée du Nord et chercheur associé à l'Université nationale d'Australie. L'épisode de 1975 nous a semblé toutefois mériter une analyse plus approfondie pour comprendre les réticences actuelles des Australiens à revenir à Pyongyang, au-delà des arguments diplomatiques officiels du ministère australien des Affaires étrangères. A cette fin, nous avons utilisé le témoignage, apparu inconnu de Leonid Petrov, du premier ambassadeur occidental en Corée du Nord (1975-1977), le Suédois Erik Cornell, qui accorde quelques pages du récit de sa mission à Pyongyang à décrire "l'intermezzo australien".  

L'alliance entre Séoul et Canberra, obstacle aux relations diplomatiques avec Pyongyang

Au lendemain de la libération de la Corée en 1945, l'Australie a été l'un des huit pays représentés au sein de la Commission temporaire des Nations-Unies pour la Corée. Après avoir voté contre la tenue d'élections séparées dans la seule moitié Sud, et appelé à ce que la Commission se retire de la péninsule coréenne, l'Australie s'est finalement ralliée aux positions américaines, dans le contexte de la guerre froide. L'Assemblée générale des Nations-Unies était présidée par le ministre australien des Affaires étrangères, le Docteur Herbert Evatt, lorsqu'elle a approuvé la
tenue d'élections séparées, boycottées par l'opposition, dans la seule moitié Sud, en 1948.

L'alliance de Canberra et de Séoul a été scellée par l'active participation australienne à la guerre de Corée (1950-1953) : 17.000 soldats ont combattu dans les troupes des Nations-Unies sous commandement américain, notamment le 77ème escadron des forces royales aériennes australiennes (Royal Australian Air Force's 77th Squadron) qui a bombardé Pyongyang, presque entièrement détruite par les bombes à l'issue du conflit. Pendant la guerre, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis ont signé à San Francisco, le 1er septembre 1951, le pacte d'alliance militaire ANZUS.

Lors de sa visite de la zone démilitarisée en 1967, à l'invitation du gouvernement sud-coréen, le Premier ministre australien Harold Holt, partisan résolu de l'alliance avec les Etats-Unis au Vietnam (à gauche, avec le président américain Harold Johnson), a été accueilli par les hauts-parleurs nord-coréens avec comme message "Retournez à la maison, Harold Holt !".

L’émergence de la Corée du Sud comme l’une des principales puissances économiques en Asie a ajouté l’argument commercial aux liens traditionnels de solidarité politique : la Corée du Sud est aujourd’hui le troisième partenaire commercial de l’Australie.

L'intermède de 1975

Le retour aux affaires des travaillistes australiens, après les élections de 1972, conduisit le gouvernement Gough Whitlam à rechercher l'ouverture de relations diplomatiques avec les Etats socialistes d'Asie, en prenant ainsi en compte la normalisation des relations entre les Etats-Unis et la Chine. Cette ouverture était audacieuse dans le contexte de la guerre du Vietnam. Le processus fut toutefois plus long avec la République populaire démocratique de Corée qu'avec le Vietnam. La reconnaissance de la RPDC par l'Australie intervint le 1er août 1973, après la visite d'une délégation commerciale nord-coréenne de haut rang en juillet de la même année. L'établissement de relations diplomatiques eut lieu le 31 juillet 1974. Une ambassade nord-coréenne s’ouvrit à Canberra le 31 décembre 1974. L’ambassade australienne à Pyongyang fut établie le 30 avril 1975. En mai-juin, 1975, une rencontre eut lieu à Pyongyang entre le ministre australien des affaires étrangères, Don Willesee, et son homologue nord-coréen, Ho Dam.

Après la Suède, qui avait ouvert une ambassade à Pyongyang quelques mois plus tôt, l’Australie était donc la deuxième puissance occidentale à mettre en place une représentation permanente auprès de la République populaire démocratique de Corée, avec cette différence notable que, contrairement à la Suède, pays neutre, l'Australie était un allié politique et militaire des Etats-Unis. Pourtant, six mois plus tard, les diplomates australiens recevaient l’ordre de quitter le pays dans les 48 heures : après leur départ le 6 novembre 1975, Canberra n’a toujours pas de représentation diplomatique permanente en Corée du Nord, trente-quatre ans plus tard. L'intermède de 1975 a donc pesé durablement dans les relations bilatérales. Quelques jours plus tôt, le 30 octobre 1975, la RPDC avait décidé de fermer son ambassade à Canberra, suite à une lettre dont les autorités australiennes ne prirent connaissance qu’a posteriori.

A qui imputer la faute de cet échec diplomatique, aux conséquences aussi durables ? Deux éléments sont à prendre en compte : les frictions permanentes entre les personnels diplomatiques coréens et australiens, notamment à Pyongyang et, plus substantiellement, un désaccord de fond sur la question coréenne.

Les explications du gouvernement nord-coréen furent laconiques, selon les archives diplomatiques australiennes consultées par le professeur Petrov : furent invoquées les "restrictions de voyager excessives imposées à son personnel d’ambassade à Canberra", ainsi que l’attitude des diplomates australiens qui donnaient une mauvaise image de la vie quotidienne en RPDC en "prenant délibérément des photos d’enfants jouant dans la boue". Le livre de témoignage de l’ancien ambassadeur suédois à Pyongyang fait une description plus précise des problèmes causés par l’attitude des diplomates australiens à Pyongyang, ainsi que les difficultés rencontrées par les diplomates nord-coréens à Canberra, tout en mentionnant une circulaire du ministère coréen des Affaires étrangères plus explicite que les archives australiennes (gestes inamicaux répétés de nature à troubler l'ordre public, activités subversives, impossibilité pour les diplomates nord-coréens en Australie d'assumer leur mission) :

- dans l’attente – pendant plusieurs mois – d’une installation dans leur ambassade, les Australiens déménagèrent de nuit du mobilier dans les chambres d’hôtel où ils séjournaient, pour les adapter à leurs activités professionnelles ; après avoir emménagé dans leurs locaux, ils organisèrent une fête dont les invités devaient venir costumés en Romains de l’Antiquité, offrant le spectacle peu ordinaire de personnes se déplaçant en chemise, le soir, dans les rues de la capitale nord-coréenne ;

- l'affectation à Pyongyang d'un secrétaire d'ambassade parlant coréen, après avoir passé plusieurs années en Corée du Sud, fut regardée avec suspicion par les Nord-Coréens ;

- alors que les jupes courtes des Australiennes choquèrent les Coréens, les diplomates, qui utilisaient un modèle luxueux de voiture Mercedes Benz, prirent l'habitude d'organiser des sorties impromptues sans autorisation, notamment des visites du métro auxquelles ils conviaient les représentants des autres ambassades ;

- à Canberra, en réponse aux restrictions aux déplacements des diplomates australiens en poste à Pyongyang, les Nord-Coréens se virent imposer l'obligation de déclarer préalablement leurs déplacements ; par ailleurs, l'achat par l'ambassade nord-coréenne de pages de publicité dans les journaux australiens, et la diffusion de tracts, entraînèrent l'achat de pages de publicité et la diffusion de tracts également par l'ambassade sud-coréenne à Canberra, et surtout la demande du gouvernement australien de faire cesser ces activités ;

- des problèmes administratifs réels existaient aussi : comme le relève l'ancien ambassadeur suédois Erik Cornell, "l’approvisionnement en devises locales ne se fit facilement, parce que la banque refusait de changer l’argent, à cause du fait que les Nord-Coréens avaient raté le passage au dollar et soutenaient que les Australiens utilisaient toujours la livre".

Toujours selon Erik Cornell, l'incompréhension des Australiens leur est imputable : selon lui, les Nord-Coréens "essayèrent, à l'aide de subtiles messages propres aux Orientaux, d'encourager les nouveaux arrivants à prendre les choses un peu plus simplement, cependant ces signaux ne furent pas reconnus comme tels, mais considérés comme les tracas incompréhensible et irritants qu'ils étaient pour un regard d'Occidental". Ce refus de comprendre n'est d'ailleurs pas sans rappeler, toutes choses égales par ailleurs, celui d'un
Guy Delisle dans sa BD Pyongyang.

S'il s'agissait d'irritants notables dans les relations bilatérales, le motif le plus sérieux a été, selon Erik Cornell et la plupart des diplomates alors en poste à Pyongyang, la position de Canberra sur la question coréenne. L'année 1975 voit la présentation concurrente aux Nations-Unies de deux résolutions par la Corée du Nord et la Corée du Sud : en annonçant qu'il voterait pour la résolution sud-coréenne et contre la résolution nord-coréenne, le gouvernement australien aurait précipité le départ de l'ambassade de la RPDC à Canberra. Cependant, Canberra décida en définitive de s'abstenir sur la résolution nord-coréenne... mais le départ des Nord-Coréens aurait alors déjà été programmé. Suivant cette explication dont il reconnaît qu'elle n'est qu'une hypothèse, Erik Cornell conclut comme suit : "mais l'erreur avait déjà été commise, et pour ne pas perdre la face il fallait aller jusqu'au bout, c'est-à-dire expulser l'ambassade australienne". S'il peut sembler effectivement contraire aux intérêts des Nord-Coréens de rompre les liens avec un gouvernement qui avait finalement choisi de ne pas voter contre leur résolution, ce mode de raisonnement est cohérent d'un point de vue asiatique.

Plus fondamentalement, le ministre des Affaires étrangères Willesee recherchait un rôle de médiateur, en appelant chaque partie à surmonter les différences et en cherchant à favoriser les contacts. Erik Cornell estime que cette position, conforme à la tradition diplomatique occidentale, n'était pas acceptable pour les Nord-Coréens, "seulement intéressés dans un soutien loyal et inconditionnel des autres Etats" et refusant toute ingérence extérieure dans les affaires intercoréennes. Compte tenu de l'embarras que créait l' "inopportune" propostion australienne de médiation, "les Nord-Coréens ne pouvaient pas faire autrement que de rompre tous les contacts". En d'autres termes, la rupture de 1975 aurait pu se produire à un autre moment et en d'autres circonstances, mais elle était inévitable dans le contexte de l'époque.

Une normalisation aujourd'hui inachevée, malgré l'établissement de relations diplomatiques

En 1975, les relations diplomatiques ne furent pas officiellement rompues, mais de fait entièrement gelées. Il faudra attendre la Conférence de l'Union interparlementaire, dont la session du printemps 1991 se tint à Pyongyang, pour une reprise des échanges officiels. Le parlementaire Clive Holding conduisait la délégation parlementaire australienne à cette conférence, et en novembre de la même année une délégation du Parti du travail de Corée (PTC), conduite par Kim Yong-sun (photo), secrétaire aux relations internationales du Comité central du PTC, fut accueillie en Australie.

De même que ces premiers échanges de l'après guerre-froide avaient précédé l'entrée simultanée des deux Corée aux Nations-Unies, l'Australie n'attendit pas le sommet intercoréen de juin 2000 pour approfondir le dialogue avec Pyongyang, anticipant une nouvelle fois les prises de position des autres gouvernements occidentaux, en évitant le suivisme des Etats-Unis ou de Séoul. Deux parlementaires australiens, le sénateur Gareth Evans et le député Kevin Rudd (futur Premier ministre), visitèrent Pyongyang du 1er au 4 mai 1999, tandis que l'ancien Premier ministre Downer rencontra à New York, le 27 septembre 1999, son homologue de la RPD de Corée Paek Nam-sun (photo).

L'Australie avait tiré les leçons de l'échec de 1975 en ne cherchant plus à imposer à Pyongyang des propositions qu'elle ne souhaitait pas, mais en jouant son propre rôle, au sein des pays occidentaux. Membre depuis 1995 de l'Organisation pour le développement énergétique de la Corée (plus connue sous son acronyme anglais, KEDO), devant approvisionner la Corée du Nord en nucléaire civil en contrepartie du renoncement au nucléaire militaire, l'Australie annonça une contribution d'un million de dollars australiens au KEDO le 11 avril 2000, avant de renouer les relations diplomatiques le 8 mai 2000. En juillet 2000, l'ambassadeur australien à Pékin, David Irvine, fut accrédité à Pyongyang, et l'ambassadeur nord-coréen aux Philippines, Kim Pyong-hong, accrédité auprès du gouvernement australien. M. Downer, ministre australien des Affaires étrangères, visita la RPD de Corée du 14 au 16 novembre 2000, et Paek Nam-sun, ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée, l'Australie du 28 au 30 juin 2001. En mai 2002, la RPD de Corée ouvrit une ambassade à Canberra, dans le quartier de O'Malley. Le premier ambassadeur fut S.E. Chon Jae-hong.

L'achèvement du processus de normalisation diplomatique aurait alors dû conduire à l'ouverture d'une ambassade australienne à Pyongyang. Le souvenir de 1975 a-t-il joué ? Ce n'est pas sûr. En tout cas, pour le professeur Petrov, l'absence de réciprocité "tend à soutenir l'idée que l'intérêt de Canberra de réétablir des liens diplomatiques n'était pas tant guidé par le désir de s'engager dans une coopération sérieuse, que par le besoin d'acquérir un levier supplémentaire dans la discussion avec [les Nord-Coréens] sans risquer en fait quoi que ce soit". Les échanges économiques restèrent limités, après avoir atteint un pic de 48 millions de dollars australiens, ne constituant pas un argument supplémentaire pour développer les relations bilatérales. Au demeurant, les tensions internationales ne favorisèrent pas l'approfondissement du dialogue politique, tandis que l'Australie poursuivait son action de solidarité avec les populations coréennes.

En mai 2003, l'incident du Pong Su - du nom d'un navire australien intercepté par l'armée australienne avec de l'héroïne à bord - entraîna le rappel de l'ambassadeur Chon Jae-hong  Le verdict rendu dans cette affaire par la Cour suprême de Victoria, le 6 mars 2006, aboutit toutefois à l'acquittement du capitaine et des autres membres d'équipage.

Après l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006, Canberra appliqua de manière extensive les sanctions prévues par la résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, portant un coup d'arrêt aux échanges commerciaux bilatéraux : les importations australiennes de RPDC oscillent entre 6 et 11 millions de dollars australiens par an, classant la Corée du Nord au 125ème rang des partenaires commerciaux de l'Australie.

Suite aux élection législatives du 25 octobre 2007, la formation d'un gouvernement travailliste, dirigé par Kevin Rudd qui avait autrefois visité Pyongyang comme député, a nourri des attentes manifestement déçues chez les Nord-Coréens quant à la réouverture, tant attendue, d'une ambassade à Pyongyang. C'est en ce sens qu'on peut interpréter la décision de Pyongyang de fermer son ambassade à Canberra, le 31 janvier 2008. En choisissant comme ambassadeur accrédité à Pyongyang son ambassadeur en poste à Séoul (et non plus à Pékin), en août 2008, l'Australie a accompli un pas supplémentaire qui l'éloigne de la Corée du Nord.

L'Australie a-t-elle abandonné toute ambition de jouer un rôle dans la péninsule coréenne ? Manifestement non : lorsque Pyongyang a fait savoir qu'il ne considérait plus le Japon comme un partenaire des pourparlers à six sur le nucléaire, Canberra a manifesté son intérêt de remplacer Tokyo, damant le pion à l'Union européenne, alors présidée par la France,
qui avait perdu une nouvelle occasion d'exister sur la scène diplomatique extrême-orientale. L'aide humanitaire australienne a atteint 8 millions de dollars sur la période 2007-2008. Ce maintien d'un vecteur d'influence est de nature aujourd'hui à peser, alors que Pyongyang a envoyé des signaux en direction de Washington et de Séoul.
 
Sources :
- Erik Cornell, "Australian intermezzo", in North Korea under communism : report of an envoy to paradise, RoutledgeCurzon, Londres, 2002, pp. 57-61. 
- Leonid A. Petrov, "Australia and DPRK : the Sixty Years of relationship", in
Policy Forum Online (Nautilus Institute), 9 septembre 2008. Article publié dans Pacific Focus en décembre 2008.
- Chronologie des relations entre l'Australie et la RPDC, sur le site du
ministère australien des Affaires étrangères et du commerce (DFAT).

Par Association d'amitié franco-coréenne
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Dimanche 23 août 2009

A sept jours des élections législatives japonaises qui devraient voir le succès du Parti démocrate du Japon (PDJ, opposition centriste), Yukio Hatoyama, président du PDJ, a déclaré sur le chaîne Fuji TV qu'il était favorable au "dialogue et à la coopération" avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dans un contexte marqué par le réchauffement des relations de Pyongyang avec Washington et Séoul. Cette position tranche avec celle de son prédécesseur à la tête du PDJ, et surtout avec l'intransigeance du Premier ministre sortant, Taro Aso (Parti libéral-démocrate, conservateur).

Alors que les rencontres de Bill Clinton et de Mme Hyun Jeong-eun, présidente de Hyundai, avec Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée, augurent d'une reprise du dialogue à la fois entre les Etats-Unis et les deux Corée, le Japon ne pouvait pas rester à l'écart des évolutions diplomatiques en Extrême-Orient, au risque sinon d'être marginalisé.

C'est ce qu'a compris Yukio Hatoyama, président du Parti démocrate du Japon (PDJ, opposition centriste), en déclarant sur la chaîne Fuji TV, le 23 août 2009, qu'il encouragerait "le dialogue et la coopération" avec la Corée du Nord, si sa formation remportait les élections législatives du 30 août, comme le lui prédisent les sondages. Yukio Hatoyama a observé que "même le président Obama a commencé à rechercher le dialogue et la coopération". Prudent sur un sujet extrêmement sensible au sein de l'opinion publique japonaise (qui perçoit négativement la Corée du Nord
à une majorité écrasante de 90 %), il n'a toutefois pas exclu la fermeté en cas d'échec du dialogue : "dans la poursuite du dialogue et de la coopération, si la Corée du Nord ne nous écoute pas, nous envisagerons l'adoption de mesures sévères".

Malgré ces nuances importantes, selon des formules qui rappellent celles des
démocrates américains avant l'élection de Barack Obama, la position prise par Yukio Hatoyama tranche singulièrement avec celle de son prédécesseur à la tête du PDJ, Ichiro Ozawa, contraint de démissionner en mai dernier suite à un scandale de corruption. Partisan de la fermeté et des sanctions vis-à-vis de Pyongyang, ce dernier avait prôné le rapprochement avec le président sud-coréen Lee Myung-bak, dans une opposition commune à la Corée du Nord. D'importants débats internes au PDJ sont en effet à prévoir, ce parti n'étant pas une formation homogène. Couvrant un large spectre politique, de la droite au centre-gauche, le PDJ est issu du rassemblement de dissidents du Parti libéral-démocrate (PLD, conservateur), au pouvoir àTokyo pratiquement sans interruption depuis 1945, de diverses autres formations minoritaires de droite, et de la majorité de l'ex-Parti socialiste, qui avait été le relais de la RPDC pour les discussions, infructueuses, entre Tokyo et Pyongyang en vue de l'établissement de relations diplomatiques, au début des années 1990. 

Pour sa part, Yukio Hatoyama, né le 2 février 1947, est l'héritier d'une riche dynastie politique issue des rangs du PLD, parfois comparée aux Kennedy : son père, Iichirō Hatoyama, a été ministre des Affaires étrangères (1976-1977), son grand-père, Ichirō Hatoyama, a été Premier ministreà plusieurs reprises entre 1954 et 1956, notamment pendant la guerre de Corée, son arrière-grand-père, l'ancien samouraï Kazuo Hatoyama, a présidé la Chambre des représentants de 1896 à 1897. Enfin, le frère de Yukio Hatoyama, Kunio Hatoyama (à droite sur la photo, avec son frère Yukio au centre et leur grand-père, l'ancien Premier ministre Ichirō Hatoyama), a détenu plusieurs portefeuilles ministériels, mais dans des gouvernements PLD, entre 2007 et 2009.

Distancé dans les sondages, le Premier ministre sortant Taro Aso a fait de l'hostilité à la Corée du Nord, présentée comme une "menace", l'un de ses chevaux de bataille au cours de sa campagne. Alors que le Japon, qui a colonisé la Corée entre 1910 et 1945, a procédé à une exploitation économique et humaine de la péninsule au profit de l'empire nippon, en recourant en particulier à la 
prostitution forcée des "femmes de réconfort", notamment coréennes, les médias japonais publient régulièrement des reportages sur les enlèvements de ressortissants japonais par des agents nord-coréens dans les années 1970 et 1980.

Bien qu'issu du courant nationaliste du PLD, le Premier ministre Jun'ichirō Koizumi, au pouvoir entre 2001 et 2006, avait recherché une normalisation des relations diplomatiques avec Pyongyang, notamment lors de deux voyages en RPD de Corée, en septembre 2002 et mai 2004. Aux "profonds regrets" exprimés par Jun'ichirō Koizumi sur l'attitude japonaise pendant l'occupation de la Corée avaient répondu les "excuses" du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il pour les enlèvements de ressortissants japonais, avec des garanties que de tels événements ne se reproduiraient pas et que les responsables de ces actes avaient été punis. Si cinq ressortissants japonais enlevés survivants avaient ainsi été autorisés à retourner au Japon, les familles des autres personnes disparues, décédées depuis selon Pyongyang, n'avaient pas été convaincues par les arguments nord-coréens. Elles avaient relancé une campagne médiatique à ce sujet, régulièrement épaulées par les Premier ministres  conservateurs japonais successifs, confrontés à des taux d'impopularité records. Les essais nucléaires nord-coréens d'octobre 2006 et mai 2009 ont ainsi justifié le régime de sanctions contre la RPDC le plus sévère au monde, ayant notamment
visé la minorité nord-coréenne du Japon.

Avec les Etats-Unis et
la France, le Japon reste l'un des derniers pays au monde à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée. 

Sources : AAFC,
Bloomberg, wikipédia, Hong Nack-nim, "Japanese - North Korean Relation Under the Koizumi Government", in Young Whan-kihl et Hong Nack-nim (sous la direction de), North Korea. The Politics of Regime Survival, East Gates Book, New York, 2006, pp. 161-182.

Autres articles sur les relations entre la Corée et le Japon, sur les blogs de l'AAFC et de l'AAFC-Bourgogne :

(1) Relations diplomatiques entre les deux Corée et le Japon

-
Le plus terrifiant des deux (article publié le 24 octobre 2008)
-
Dokdo : rappel de l'ambassadeur sud-coréen au Japon (16 juillet 2008)
-
Relations avec Pyongyang : Tokyo allège les sanctions, Paris s'isole (14 juin 2008)
-
Reprise des pourparlers Japon - RPD de Corée (8 juin 2008)
-
Le Japon prolonge de six mois les sanctions contre la Corée du Nord (12 avril 2008)
-
Lee Myung-bak renforce les liens avec le Japon le jour de son investiture (25 février 2008)

(2) Les Coréens du Japon

- Han Duk-su, président fondateur de la Chongryon (22 septembre 2009)
-
Les footballeurs coréens du Japon (9 juillet 2009)
-
Les Coréens du Japon, frères ennemis pendant la guerre de Corée (18 juin 2009)
-
La Corée du Nord va aider les écoles de la Chongryon (12 avril 2009)
-
Il y a 50 ans... le rapatriement des Coréens du Japon (18 février 2009)
-
Les Coréens du Japon (8 août 2008)
-
Jong Tae-se, étoile montant du football nord-coréen (24 juin 2008)
-
Solidarité de l'AAFC avec les Coréens du Japon (8 mai 2008)
-
Un architecte coréen du Japon : Itami Jun (21 mai 2008)

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Jeudi 13 août 2009

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé qu'elle pourrait soumettre le prochain lancement d'un satellite par la Corée du Sud au Conseil de sécurité des Nations Unies. En lançant de son côté une fusée en avril dernier, la RPDC avait été condamnée par le Conseil de sécurité. Le principe d’égalité dans les relations internationales sera-t-il respecté ?

 

La République populaire démocratique de Corée cherche à attirer l'attention de la « communauté internationale » sur les préparatifs de lancement par la Corée du Sud d'une fusée à plusieurs étages porteuse d'un satellite de télécommunication, construite avec l'assistance technique de la Russie.

 

Cité par l’agence officielle nord-coréenne KCNA, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de RPDC a rappelé que les autres pays impliqués dans les pourparlers à six sur le programme nucléaire nord-coréen (Etats-Unis, Corée du Sud, Chine, Russie, Japon) avaient « dénoncé » la RPDC en lui imposant des « sanctions » au Conseil de sécurité des Nations Unies suite au lancement, le 5 avril 2009, de la fusée Unha-2. « Cela viole le principe du respect de la souveraineté et de l'égalité, de la vie et de l'esprit et de la base des pourparlers, et les amène à une fin », a poursuivi le porte-parole nord-coréen.

 

« Nous observerons attentivement si les parties impliquées soumettront le lancement d'un satellite par la Corée du Sud au Conseil de sécurité des Nations Unies. Leur réaction et attitude envers le lancement d'un satellite par la Corée du Sud prouvera encore une fois si le principe d'égalité existe ou s'est effondré. »

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté le 13 avril une déclaration présidentielle condamnant le lancement du 5 avril et demandant à la RPDC de « ne pas effectuer d'autre lancement ». La RPDC a ensuite annoncé son retrait des pourparlers à six, « devenus une tribune servant à porter atteinte à [sa] souveraineté », et a effectué son second essai nucléaire le 25 mai.

 

Après plusieurs reports, le tir du lanceur sud-coréen KSLV-1 est prévu le 19 août sur le site du Centre spatial de Naro à 485 km au sud de Séoul. Le tir pourrait cependant être légèrement décalé jusqu’au 26 août en fonction des préparatifs du tir et des conditions climatiques.

 

La fusée KSLV-1 a nécessité un budget de 502,5 milliards de won (285 millions d'euros). Haute de 33 mètres et d'un poids de 140 tonnes, elle comporte deux étages (contre trois étages pour la fusée nord-coréenne Unha-2). Son premier étage peut générer une poussée de 170 tonnes, et son deuxième étage une poussée de 8 tonnes, pour mettre sur orbite un satellite d'une centaine de kilos.

 

La réaction de la « communauté internationale » au lancement de cette fusée sud-coréenne sera en effet intéressante à observer. Elle risque cependant de constituer un nouvel exemple de l'application du principe des « deux poids et deux mesures » dans les relations internationales.

 

 

Sources : KBS, KCNA, Korea Times, RIA-Novosti, Xinhua

 





 

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Dimanche 5 juillet 2009

Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, récemment disparu le 8 juin dernier, avait noué des relations étroites avec le Président Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Toutefois, ces dernières années, le Gabon avait choisi de rééquilibrer ses relations avec les deux Etats présents sur la péninsule coréenne, en développant les actions de coopération avec la République de Corée (du Sud).

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et le Gabon ont longtemps représenté un cas original dans la configuration diplomatique de l'ère de la guerre froide : alors que le Gabon s'est affirmé comme un des bastions de la France et du camp occidental en Afrique, il avait développé des relations d'amitié avec la Corée socialiste. Dans les années 1970, Libreville disposait ainsi d'une représentation diplomatique permanente à Pyongyang.

Ces échanges reposaient notamment sur les relations personnelles qu'entretenaient les présidents Omar Bongo Odimba, qui avait visité la RPD de Corée, et Kim Il-sung : parmi les cadeaux offerts à ce dernier figurent, notamment, des armoiries de la République du Gabon offertes par El Hadj Omar Bongo, en sa qualité de Président de la République gabonaise et secrétaire général du Parti démocratique gabonais (source et photo : Naenara).  

Lorsqu'il avait reçu les lettres de créances du nouvel ambassadeur de RPDC au Gabon, le 29 mai 2006, le Président Omar Bongo avait déclaré qu' "il se rappelait les jours de sa visite en RPDC et exprimait son profond respect pour le Président Kim Il-sung qui avait sincèrement aidé les nations africaines, dont le Gabon. lors de cette même cérémonie, le Président Omar Bongo avait mis l'accent sur "la ferme solidarité avec le peuple coréen fraternel dans la construction d'une grande nation socialiste puissante et prospère, unie dans une même esprit autour du dirigeant Kim Jong-il". Il avait alors aussi exprimé son soutien à la réunification de la Corée, sans ingérence étrangère.

De même, le président Kim Yong-nam avait adressé un message de félicitations à son homologue Omar Bongo à l'occasion du 48ème anniversaire de l'indépendance du Gabon, en août 2008.

Mais la montée en puissance économique de la Corée du Sud a aussi conduit le Gabon, ces dernières années, à développer les échanges avec Séoul, suivant des intérêts mutuels bien compris. Au-delà des aspects économiques, la Corée du Sud cherche à diversifier ses partenariats diplomatiques, afin notamment de pouvoir appuyer les candidatures qu'elle dépose systématiquement aux principaux postes des organisations internationales. 

Le 8 août 2007, le président Omar Bongo avait ainsi été reçu à Séoul par son homologue sud-coréen Roh Moo-hyun. Cette visite a initié une politique de projets de coopération concrets, tels que la construction par les Sud-Coréens d'un dispensaire à Owendo, décidée en septembre 2007. Le 23 juillet 2008, l'ambassadeur de Corée du Sud au Gabon, M. Sung Jun Ohm, a été reçu par la ministre gabonaise de la Santé en charge de l'Hygiène publique, Mme Angélique Ngoma, pour préparer la venue d'une délégation sud-coréenne afin de construire ce dispensaire. Ce faisant, Séoul reprend une politique initié par Pyongyang qui a, par le passé, doter de structures de santé des Etats africains amis, dont le Gabon. Owendo est aujourd'hui l'un des principaux centres de la présence sud-coréenne au Gabon : le 16 mai 2009 a ainsi été ordonné
le premier pasteur gabonais de l’église gabono-coréenne d’Awoungou.

A long terme, la Corée du Sud vise à prendre une part plus importante dans l'exploitation des minerais et des hydrocarbures du Gabon : une délégation sud-coréenne conduite par M. Kim Djoung-yun a ainsi été reçue le 5 juin 2007 par le ministre gabonais délégué aux Mines, M. Sylvain Momoandjambo. Si la Corée du Sud a besoin de sécuriser les approvisionnements en matières premières de ses industries, elle est cependant en concurrence, sur le continent africain, avec la Chine et le Japon.

La coopération culturelle constitue un autre volet important des échanges gabono - sud-coréens : le 10 juillet 2008, le vice-Premier ministre en charge de la Culture et des Arts, M. Paul Mba Abessole, a reçu une délégation sud-coréenne pour lancer une coopération dans le domaine de la céramique.

Sources principales : AAFC,
KCNA (dépêche du 8 juin 2006), infoplusgabon, gaboneco.combladi.net

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Mercredi 17 juin 2009

Les 15 et 16 mai 2009 s'est réuni à Paris le Tribunal international d'opinion pour les victimes vietnamiennes de l'agence orange (dioxine). A l'issue de 15 heures de déposition, le tribunal a jugé le gouvernement américain et les firmes américaines responsables d'un écocide, qui a touché d'abord les populations et l'environnement du Vietnam. Parmi les victimes figurent également des Sud-Coréens, aussi venus témoigner à Paris : à ce titre, l'AAFC est solidaire des Coréens qui luttent pour la reconnaissance, par les Etats-Unis et les entreprises américaines, de leur exposition à un produit extrêmement dangereux pour la santé humaine.

Entre 1961 et 1971, plus de 72 millions de litres d'herbicide contenant de la dioxine (plus connue sous le nom d'agent orange) ont été déversés sur 2 millions d'hectares de forêts et de rizières, représentant un dixième du territoire vietnamien. Cet écocide a eu des conséquences dramatiques sur la santé d'au moins 3 millions de Vietnamiens, victimes de maladies et de malformations, ainsi que sur l'environnement du pays : en effet, la dioxine reste dans l'environnement pendant des décennies en continuant, aujourd'hui encore, à affecter les fruits et les légumes cultivés dans les sols contaminés durant la guerre.

Afin de soutenir les victimes de l'agent orange, et en l'absence de tout dédommagement aux Vietnamiens par le gouvernement et les entreprises américaines (Monsanto, Dow Chemical, Pharmacia Cop...), un tribunal d'opinion internationale (photo Bellaciao) a été constitué, formé de sept juges internationaux. Il s'est réuni à Paris les 15 et 16 mai 2009 à l'initiative de l'Association internationale des juristes démocrates et l'association française Droit et Solidarité, sous la présidence de Jintendra Sharma, juge de la Cour suprême de Delhi, en Inde, assisté des juges Juan Guzman (Chili), Claudia Morcom (Etats-Unis), Marjorie Cohn (Etats-Unis), Gavril Iosif Chiuzbaian (Roumanie, ancien ministre de la justice), Adda Bekkarouch (Algérie) et Shoji Umeda (Japon). Le rapport de mission a été déposé par le Français Maître Bourdon. Les avocats des plaignants étaient Jeanne Mirer (Etats-Unis) et Roland Weyl (France).

La nocivité de l'agent orange, connue des autorités américaines dans une étude de 1965, est telle que le président Roosevelt en avait interdit l'utilisation par l'armée américaine pendant la Seconde guerre mondiale.

A l'issue de 15 heures de déposition par 27 victimes, veuves de victimes, témoins et experts, originaires du Vietnam, des Etats-Unis et de Corée du Sud, le tribunal d'opinion a rendu son verdict le 18 mai, en considérant que l'utilisation de la dioxine était un crime de guerre (non conforme à la loi internationale d'usage et à la convention de La Haye de 1907) et un crime contre l'humanité (ayant frappé des victimes civiles), en se référant aux principes VI-b et VI-c de Nuremberg. En conséquence, le tribunal a reconnu coupable le gouvernement des Etats-Unis, et les fabricants d'agent orange coupables de complicité, en les appelant à dédommager les victimes et leurs familles, ainsi qu'à réparer les lourds dommages causés à l'environnement, notamment la décontamination des zones situées près des anciennes bases militaires. Pour évaluer le montant des compensations, le tribunal d'opinion a recommandé l'établissement d'une Commission Agent Orange, en précisant que pouvait être pris comme guide, pour le calcul des dédommagements, le montant de l'indemnisation versée chaque année par le gouvernement des Etats-Unis aux vétérans américains de la guerre du Vietnam (soit 1,52 milliard de dollars).

Des anciens soldats coréens prennent toute leur place dans ce combat pour la justice, alors que la Corée du Sud a fourni
le plus important contingent de soldats aux côtés des troupes américaines pendant le conflit. Par ailleurs, eux-mêmes et leurs familles ont également été les victimes de l'épandage massif de dioxine. A cet égard, un accord conclu en 1984 et ayant prévu une compensation de 240 millions de dollars, est discriminatoire, en n'indemnisant que des anciens soldats occidentaux (australiens, néo-zélandais, canadiens et américains), à l'exclusion non seulement les Vietnamiens, mais aussi des contingents d'autres pays ayant combattu au Vietnam, au premier rang desquels la Corée du Sud.

L'Association des Vétérans Coréens Handicapés par l'Agent Orange (Korean Disabled Veterans' Association for Agent Orange) lutte pour une juste indemnisation des victimes coréennes. Un succès historique a été remporté en janvier 2006 par 20.000 plaignants sud-coréens devant les tribunaux de leur pays, dans leur procès contre les fabricants de l'agent orange. Mais les entreprises incriminées ont fait appel de ce jugement. 32 vétérans, dont certains en fauteuil roulant, ont ainsi manifesté devant le siège des Nations-Unies le 24 août 2006 (photo Vietnam Agent Orange Relief and Responsability Campaign), en appelant notamment l'attention de la Commission des Nations-Unies pour les droits de l'homme. Les chances de succès final sont en effet très minces sans une forte mobilisation internationale, les tribunaux américains ayant jusqu'à présent toujours rejeté les demandes en indemnisation des victimes de l'agent orange. Les Vietnamiens habitant dans les régions touchées sont pourtant confrontés à des risques accrus de cécité, de diabète, de cancers des poumons et de la prostate, et présentent aussi un plus grand nombre de malformations congénitales. Ces symptômes se retrouvent parmi les anciens soldats américains et sud-coréens ayant combattu au Vietnam et leurs familles.

La Coalition des Associations de combattants coréens victimes de l'Agent orange a fondé une section au Vietnam en mars 2007, présidée par Seo Cheol-jae (photo Vietnam Agent Orange Relief and Responsability Campaign). Dans l’invitation à la cérémonie de création de cette section , à laquelle était présent l’ambassadeur de la République de Corée (du Sud) au Vietnam, il a été déclaré que « pour toutes les tristesses et les souffrances en commun, nous sommes unis comme des compagnons de voyage au-delà de toutes les frontières ». Aux victimes coréennes de la guerre du Vietnam s’ajoutent aussi les soldats sud-coréens qui, en 1968-1969, ont manipulé et déversé de la dioxine au sud de la zone démilitarisée (DMZ).

L'AAFC s'associe pleinement aux associations membres du collectif Vietnam Dioxine qui ont soutenu le procès conduit par le tribunal d'opinion international de Paris, en appelant également à une juste indemnisation des victimes coréennes. A cet égard, elle rappelle sa ferme opposition à l'utilisation de toutes les armes de destruction massive, qu'elles soient chimiques, bactériologiques ou nucléaires.


Sources : Centre de recherche sur la mondialisation, site Bellaciao, Vietnam Agent Orange Relief and Responsability Campaign
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Vendredi 12 juin 2009

Adoptée le 12 juin 2009 par le Conseil de sécurité des Nations-Unies à l'unanimité de ses quinze membres, la résolution 1874 a alourdi les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en condamnation de l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai dernier.

A l'issue de longues discussions - pendant plus de deux semaines - entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies (CSNU), le Japon et la Corée du Sud, la résolution 1874 du CSNU, adoptée le 12 juin 2009, a alourdi les sanctions à l'encontre de la Corée du Nord. Elle prévoit : 

- le renforcement du régime de surveillance des cargaisons aériennes, maritimes et terrestres, à destination ou en provenance de la Corée du Nord, en permettant la saisie et la destruction des biens transportés en violation des sanctions ;
- l'élargissement de l'embargo sur les armes, à l'exclusion des seules importations d'armes de petite taille par la Corée du Nord, ce qui correspond à une concession accordée à la Chine par les Etats-Unis qui souhaitaient un embargo sur tout le commerce des armes nord-coréen ;  
- l'inclusion de nouvelles entreprises nord-coréennes, mais aussi de personnes, sur la liste des entités nord-coréennes dont les avoirs à l'étranger sont gelés.

En condamnant à nouveau l'essai nucléaire nord-coréen, les cinq membres permanents du CSNU ont manifesté leur volonté de conserver leur monopole de l'arme atomique. Prolongeant la résolution 1718 du CSNU adoptée en octobre 2006 après le premier essai nucléaire nord-coréen, la résolution 1874 atteste que le droit international public, et singulièrement le droit des Nations-Unies, est conçu dans l'intérêt des grandes puissances et de leurs alliés. Par comparaison, les puissances nucléaires alliées des Etats-Unis - comme Israël et le Pakistan - n'ont jamais encouru la moindre sanction du CSNU au titre de leurs activités nucléaires militaires.

En affirmant que "en aucun cas il ne devait fait être usage de la force ou menacé d'y recourir", M. Zhang Yesui, ambassadeur de la République populaire de la Chine aux Nations-Unies, a exprimé la volonté de Pékin d'éviter que des arraisonnements de navires nord-coréens ne conduisent à des
affrontements. Certains observateurs ont ainsi mis en doute la fermeté de la Chine, premier partenaire économique de la Corée du Nord, dans l'application des sanctions.

En tout état de cause, la résolution 1874 s'inscrit dans une logique d'escalade de la tension, attisant les risques de guerre : les autorités nord-coréennes pourraient réagir en procédant à un tir de missile intercontinental, ou à un troisième essai nucléaire. Compte tenu du rôle économique du complexe militaro-industriel en Corée du Nord, ces nouvelles sanctions, présentées comme visant ses ressources, vont d'abord aggraver la vie quotidienne de millions de Coréens, employés dans les usines d'armement ou dans des secteurs liés au complexe militaro-industriel, comme l'informatique.

Il n'est d'ailleurs pas anodin que, dans la même période, la Corée du Nord négocie avec les Sud-Coréens une forte revalorisation des salaires et des loyers dans la zone industrielle de Kaesong : ces discussions, actuellement dans l'impasse, peuvent se lire comme une réaction des autorités nord-coréennes aux tentatives d'étranglement financier à son encontre. N'est-il pas encore temps de
refuser la politique du pire, et d'encourager la voie des négociations par une autre politique que celle du bâton ?

Sources : Le Monde, Pakistan Times

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Mercredi 10 juin 2009

Dans un contexte de tensions accrues dans la péninsule coréenne après l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai 2009, quels sont les risques réels de conflit en Corée ? La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) souligne qu'elle renforce ses capacités dissuasives face à l'attitude hostile des Etats-Unis. Pour leur part, les Etats-Unis affirment qu'ils assumeront la défense de leur allié sud-coréen. Si aucune partie ne prétend donc s'inscrire dans une démarche offensive, il n'est pas exclu que, dans l'escalade actuelle où chaque Etat cherche à renforcer ses positions en vue de négociations à venir, des accrochages puissent se produire, et dégénérer. A ce stade, quelle est donc la probabilité d'une (seconde) guerre de Corée ? Nous allons examiner successivement plusieurs scénarios.

Une offensive terrestre de grande envergure
Le scénario d'une attaque terrestre, après le franchissement de la DMZ, reprendrait le schéma de la guerre de Corée (1950-1953). Mais le contexte a radicalement changé : lors de la partition de la Corée après la libération de l'occupation japonaise, les franchissements de la ligne de séparation Nord-Sud ont été fréquents, conduisant à de nombreux accrochages, jusqu'à dégénérer en un conflit ouvert en juin 1950. Le président sud-coréen Syngman Rhee avait alors multiplié les déclarations guerrières, et l'hypothèse d'une guerre était crédible. Actuellement, toutes les forces en présence soulignent qu'elles entendent d'abord se défendre... d'une éventuelle agression. Personne ne semble rechercher un conflit ouvert.

La stratégie américaine de changement de régime passe d'ailleurs plus par des sanctions économiques visant à l'effondrement de la Corée du Nord, que par une guerre coûteuse en vies américaines. Une autre règle de géopolitique tend à vouloir que, plus une zone concentre des armements conventionnels nombreux (comme c'est le cas aujourd'hui de part et d'autre de la DMZ), plus les risques de conflit sont paradoxalement faibles, compte tenu des dommages irréparables d'un affrontement.

Des bombardements américains en Corée du Nord
Dans les années 1990, l'idée d'un bombardement américain de la centrale nucléaire nord-coréenne de Yongbyon avait été avancée, notamment dans les cercles néo-conservateurs. De fait, des attaques aériennes prétendument ciblées ont déjà été expérimentées par Washington par le passé dans d'autres pays du monde, comme la Libye. Ce scénario apparaît aujourd'hui improbable, du moins dans le cas de la Corée du Nord : les tirs de missile de courte portée lors de l'essai nucléaire du 25 mai 2009 montrent que Pyongyang entend prévenir toute attaque de son territoire, qui supposerait une violation de son espace aérien à laquelle les Nord-Coréens réagiraient immédiatement.

Des commandos à Pyongyang ?
L'idée que des commandos puissent se rendre en Corée du Nord, par exemple pour
libérer les deux journalistes américaines récemment condamnées à douze ans de prison pour espionnage, est plus crédible dans le cadre de la lutte contre un acteur non-étatique (comme une guérilla), que dans la guerre faite à un Etat. Si, par le passé, tant le Nord que le Sud ont accusé l'autre partie d'envoyer des commandos de l'autre côté de la DMZ, l'insuccès de telles opérations rend leur probabilité assez faible. S'agissant des journalistes américaines récemment condamnées, des actions de médiation se poursuivent.

Des accrochages en mer de l'ouest
Faute d'entente sur ce point, l'accord d'armistice de 1953 n'incluait pas la ligne de délimitation nord (northern limitary line, NLL, illustration www.globalsecurity.org) dans la mer de l'Ouest entre les deux Corée, laquelle a été définie unilatéralement par les troupes onusiennes sous commandement américain en août 1953. La plupart des îles ont été incluses dans le périmètre sud-coréen, réduisant considérablement l'accès maritime du port de Haeju, au sud-ouest de la Corée du Nord. Depuis 1999, la Corée du Nord a réaffirmé que la délimitation entre les espaces maritimes nord et sud-coréen se situait, selon elle, plus au Sud.

Des accrochages meurtriers ont eu lieu en juin 1999 et en juin 2002, au moment de la saison de la pêche au crabe. Cette année, Pyongyang a à nouveau défini - mais plus au Sud - la zone dans laquelle la Corée du Nord entend intervenir pour la pêche, conduisant les Américains et les Sud-Coréens à accuser Pyongyang, comme en 1999 et en 2002, d'intrusion dans les eaux sud-coréennes,
le 4 juin dernier. Il n'y a toutefois pas eu d'accrochage. La récente déclaration de la Corée du Nord qu'elle ne se considère plus liée par l'accord d'armistice de 1953, après la condamnation de son essai nucléaire, a aussi été interprétée, à Séoul, comme le signe de possibles nouveaux affrontements dans cette zone territorialement disputée, où la Corée du Sud a envoyé des navires en renfort. 

L'arraisonnement de navires nord-coréens
En rejoignant l'initiative américaine de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (PSI), Séoul a rendu possible d'arraisonner et de fouiller des navires nord-coréens jugés suspects, non seulement dans les eaux territoriales sud-coréennes, mais aussi dans les eaux internationales. Pour Pyongyang, ce serait un acte de guerre.

Un initiative sud-coréenne entraînerait probablement une riposte du navire nord-coréen ainsi visé, d'autant plus - comme nous l'avons vu avec la NLL - que la zone de délimitation des espaces maritimes est contestée.

En conclusion, le contraste entre les réactions, plus mesurées, des Sud-Coréens et celles d'une partie de l'opinion publique en Europe et en Amérique du Nord dans la crise actuelle, peut s'expliquer par une meilleure appréciation des risques de conflit : l'intérêt de toutes les parties est d'éviter une guerre dont les conséquences seraient dramatiques pour les Coréens. Dans le contexte actuel, les risques d'un affrontement limité existent cependant, et le climat de tension ne permet pas d'exclure le principe d'une escalade dans cette hypothèse.
 

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