Relations Etats-Unis-Corée

Vendredi 20 novembre 2009

Le président américain Barack Obama vient d'achever à Séoul une tournée asiatique qui l'avait conduit auparavant au Japon, à Singapour et en Chine. Dans une conférence de presse conjointe avec le président sud-coréen Lee Myung-bak qui s'est tenue le jeudi 19 décembre 2009, il a annoncé la venue à Pyongyang, le 8 décembre prochain, de Stephen Bosworth, ambassadeur américain sur la question nucléaire coréenne, tout en continuant à manier la carotte et le bâton.

A l'issue de sa tournée asiatique, la conférence de presse qu'a donnée à Séoul Barack Obama, conjointement avec son homologue sud-coréen Lee Myung-bak, ce jeudi 19 novembre 2009, a réitéré la position américaine sur deux des principaux dossiers asiatiques : le nucléaire iranien et le nucléaire nord-coréen. Si le président américain, qui a été chaleureusement accueilli par les Sud-Coréens, a réservé ses critiques les plus vives au gouvernement iranien, la position américaine vis-à-vis de Pyongyang reste ambiguë, en continuant à manier la carotte et le bâton.

La "carotte" a été la confirmation d'une nouvelle attendue : l'ambassadeur Stephen Bosworth, représentant américain aux pourparlers à six sur le nucléaire coréen, se rendra à Pyongyang le 8 décembre. Pour les Américains, ces discussions bilatérales directes ont pour objet la reprise des pourparlers à six. Une fois encore, Barack Obama a envisagé d'oeuvrer à une plus grande insertion de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur la scène internationale, mais sous la condition d'avancées sur le dossier nucléaire qui ne se limitent pas à une reprise des pourparlers à six :

"La porte est ouverte pour régler ces questions [la question nucléaire] de façon pacifique et de permettre à terme à la Corée du Nord de voir ses sanctions réduites et de mieux s'intégrer dans la communauté internationale. Mais cela ne se produira que si la Corée du Nord consent de sérieuses avancées sur la question nucléaire".

Le "bâton" est le jugement négatif porté sur les discussions passées avec la Corée du Nord, en n'envisageant pas d'allègement des sanctions et en ne formulant pas davantage de nouvelles propositions, qui seraient de nature à promouvoir un véritable plan de paix global en Asie du Nord-Est, où chacune des parties bénéficierait de réelles garanties de sécurité :

"Je veux souligner que le Président Lee et moi-même approuvons tous deux le besoin de casser l'habitude qui a existé par le passé selon laquelle la Corée du Nord se comportait de manière provocatrice, puis voulait retourner aux négociations, et alors négociait pendant un temps, puis quittait les discussions et recherchait de nouvelles concessions".

Il n'est pas sûr que cette mise en cause, ignorant les positions pour le moins sinueuses de l'administration George W. Bush, soit le plus sûr moyen de convaincre Pyongyang de retourner à la table des négociations, suivant l'objectif affiché par Washington. Les propos du président Barack Obama sont toutefois nettement plus mesurés que ceux de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, qui avaient déclenché en juillet
une escalade verbale entre Washington et Pyongyang. Plus fondamentalement, l'administration américaine avance prudemment vis-à-vis de la Corée du Nord, en privilégiant des canaux de dialogue diplomatiques discrets, alors que tant Washington que Pyongyang ont déployé une intense activité diplomatique depuis deux mois en direction des différents Etats parties aux pourparlers à six, ou d'autres Etats, comme la France, susceptibles de jouer un rôle positif pour lever les blocages actuels dans les discussions multilatérales.

Dans ce contexte, l'agence Chine nouvelle a annoncé le vendredi 20 novembre que Liang Guanglie, ministre de la Défense de la République populaire de Chine, allait visiter la RPDC, ainsi que le Japon et la Thaïlande, entre le 22 novembre et le 5 décembre.

Sources :
AFP, The New York Times. Photo Lee Yong-ho/Pool/Epa

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Vendredi 11 septembre 2009

Le 5 août 2009, l'ancien président américain Bill Clinton était revenu de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avec les deux journalistes américaines Laura Ling et Euna Lee, condamnées à douze ans de travaux forcés après leur entrée illégale en Corée du Nord, avant d'être graciées par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il. Leur témoignage était attendu : il a pris plus d'un mois, le temps de négocier (chèrement) les droits avec les médias susceptibles d'être intéressés. C'est le Los Angeles Times qui a finalement obtenu l'exclusivité, au prix fort, pour un témoignage qui témoigne surtout de la naïveté de journalistes qui se veulent grands reporters, tout en ayant mis en péril la vie des personnes qu'elles prétendaient aider. Mais elles ont touché leur obole. Le salaire de l'insouciance.

Il est des reportages dont le prix est indécent, surtout quand il joue avec la vie d'êtres humains. Celui des journalistes américaines Laura Ling et Euna Lee (ici après leur libération), entrées illégalement en Corée du Nord puis graciées par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, relève tristement de cette catégorie.

L'exclusivité vendue au Los Angeles Times n'apprend rien sur la Corée du Nord. Leurs conditions de détention ? Condamnées aux travaux forcés, mais retenues dans des maisons pour invités et donc jamais envoyées en prison, elles avaient déjà tout dit, dès leur libération : il y avait des cailloux dans leur riz. La vie quotidienne en Corée du Nord ? Rien non plus car, nous disent-elles, elles n'auraient passé qu' "une minute" en Corée du Nord. Une minute qu'elles disent devoir regretter toute leur vie. En effet, elles déclarent avoir été poursuivies de l'autre côté du fleuve gelé qui marque la frontière sino-coréenne, ramenées de force en Corée du Nord par les garde-frontières coréens... Un récit touchant qui, malheureusement, ne cadre pas avec la version des autorités chinoises, selon lesquelles les deux journalistes auraient bien été arrêtées en Corée du Nord.

Alors, qui croire ? De fait, non seulement le témoignage de Laura Ling et Euna Lee ne nous apprend rien, mais il masque un certain nombre d'insouciances, si l'on se réfère, cette fois, à ce que nous disent les personnes qu'elles ont rencontrées en Chine.

Elles recherchaient des témoignages de réfugiés économiques nord-coréens en Chine. Le sujet n'est pas nouveau, ni propre à la Corée du Nord : comme dans d'autres parties du monde, les difficultés économiques (en Corée, après 1994) ont conduit des Coréens à aller en Chine, rechercher de la nourriture ou des médicaments, avant que beaucoup ne rentrent dans les années 2000. De nombreuses Nord-Coréennes ont été mariées de force à des Chinois, ou sont tombées dans des réseaux de prostitution. Des ONG, souvent proches des églises protestantes, ont été à la rencontre des Nord-Coréens en Chine, non sans pratiquer une évangélisation accélérée fondée sur un enseignement de la Bible plusieurs heures par jour. En cas de capture par la police chinoise, le rapatriement en Corée du Nord donne lieu à des sanctions plus ou moins sévères, selon les motifs du départ, que celui-ci est temporaire ou définitif, et des contacts pris ou non avec les pasteurs prosélytes sud-coréens. Les témoignages des Nord-Coréens passés définitivement en Chine sont souvent accueillis avec prudence en Corée du Sud, compte tenu de la pratique consistant à monnayer les reportages d'autant plus cher qu'ils sont plus terribles. 

Dans ce contexte, Laura Ling et Euna Lee prétendent avoir effacé la liste de leurs contacts, ainsi que les images de leurs caméras, dès leur arrestation. Comment alors expliquer la fermeture le surlendemain par la police chinoise d'orphelinats clandestins sino-coréens appartenant à une église protestante sud-coréenne, ainsi que la perquisition de la maison du pasteur gérant ces orphelinats ? Ce dernier, expulsé de Chine, raconte : "J'avais fait de mon mieux pour aider ces journalistes venus me voir quelques jours plus tôt (...). Je leur avais demandé de ne pas filmer les enfants. Je ne savais pas qu'elles l'avaient fait tout de même (...) C'est grâce à ces vidéos (les vidéos des journalistes confisquées par les Nord-Coréens), ainsi qu'aux notes et aux listes de contacts des deux journalistes et du réalisateur (qui, avec le guide, avait réussi à échapper aux soldats nord-coréens mais a été arrêté en Chine), que les orphelinats ont été découverts."

Quant au guide sino-coréen qui les a amenées à franchir la frontière - alors qu'elles avaient été mises en garde par leurs contacts protestants sud-coréens contre une telle initiative qui n'aurait, de surcroît, rien apporté de plus à leur reportage - il est soupçonné d'avoir été un informateur des Nord-Coréens. A supposer que cette hypothèse soit vraie, elle ne serait qu'un témoignage supplémentaire de la naïveté de Laura Ling et Euna Lee. Par leur insouciance, celles-ci n'ont gagné qu'à mettre en danger la vie d'autrui, quand la décence - à défaut de leur bonne foi, mise en doute - aurait commandé d'éviter la publication d'un témoignage accablant... pour la profession de journaliste.

Source : AAFC,
Le Monde (Philippe Pons, "Deux héroïnes très contestées")

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Samedi 8 août 2009

Le 5 août 2009, l'ancien président américain Bill Clinton est revenu de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avec les deux journalistes américaines Laura Ling et Euna Lee. Ling et Lee avaient été condamnées à douze ans de travaux forcés après avoir franchi illégalement la frontière sino-coréenne le 17 mars, et pour "dénigrement" de la RPDC. Les deux journalistes faisaient un reportage pour la chaîne CurrentTV  fondée par Al Gore, vice-président sous la présidence Clinton. A l'issue d'une rencontre avec Bill Clinton, Kim Jong-il, président de la Commission de la Défense nationale de RPDC, a gracié les deux femmes dans un évident signe d'ouverture et de paix à l'égard des Etats-Unis. Si l'AAFC se félicite de ce geste humanitaire, elle souhaite revenir sur certains à-côtés - médiatiques notamment - de cet événement.

De fait, si la visite expresse de l'ancien président américain, époux de l'actuelle responsable de la diplomatie américaine, a eu un résultat immédiat - la libération des journalistes Laura Ling et Euna Lee, graciées par le dirigeant Kim Jong-il - un certain nombre d'incertitudes peuvent d'ores et déjà être partiellement levées.

La compassion des médias pour les deux jeunes femmes, dès leur arrestation, a entraîné plusieurs valses-hésitations journalistiques dès lors qu'il s'agit de couvrir la Corée du Nord :

- dans un premier temps, il a été avancé que Laura Ling et Euna Lee auraient été arrêtées en Chine... mais on comprend mal, dans ces conditions, pourquoi les Nord-Coréens seraient intervenus en territoire chinois. Cette thèse, de nature à susciter la plus grande compassion (elle suggérait fortement l'enlèvement et la prise d'otages), devait être rapidement abandonnée, tandis que les autorités américaines ordonnaient de se taire aux autres personnes qui accompagnaient les deux journalistes et qui, elles, avaient pu s'enfuir après avoir pénétré illégalement en territoire nord-coréen... et que les médias ont opportunément oubliées. On pense notamment à Mitch Koss, le cameraman des deux journalistes, très, très discret depuis le 17 mars ;

- alors que le journaliste Donald Kirk, fort de son expérience de "plus de 30 ans" dans la couverture des affaires de l'Asie du Nord-Est, annonçait quelques jours plus tôt, sur le site
Asia Times Online, la purge (et la mort ?) de Kim Kye-gwan, vice-ministre des Affaires étrangères et ancien négociateur nord-coréen des pourparlers à six, le site de l'agence officielle nord-coréenne KCNA annonçait que ce même Kim Kye-gwan (deuxième en partant de la gauche) avait accueilli Bill Clinton à son arrivée à l'aéroport, avec Yang Hyong-sop, vice-président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême ;

- enfin, alors qu'après la condamnation des deux journalistes, les médias s'inquiétaient du traitement qu'elles subiraient dans les "camps" nord-coréens, celles-ci sont finalement restées dans des résidences pour étrangers et ont été traitées avec égards, ce qui a amené le commentaire suivant d'un lecteur du grand quotidien canadien The Toronto Star

"C'est vraiment bien que deux journalistes américaines se soient vu épargner des années dans un camp de travail nord-coréen. Elles ont admis être entrées dans le pays illégalement, mais la Corée du Nord les a laissées partir, après les avoir retenues pendant des mois au cours desquels elles ont vu régulièrement un docteur, ont été autorisées à appeler les membres de leur famille... et ont mangé du riz qui contenait des cailloux.

Quel contraste avec Guantanamo Bay, où les Américains détiennent des centaines de personnes depuis des années sans qu'aucune charge ne soit retenue ou d'éléments de preuve présentés, ignorant leurs propres violations massives des lois internationales et soumettant les détenus à des traitements au regard desquels ce serait vraiment un très, très bon jour que celui où l'on aurait des cailloux dans son riz.

J'espère que les Américains vont suivre l'exemple nord-coréen. Allez-y, les gars. Oui, vous pouvez le faire".
 

En octobre 2000, Bill Clinton avait reçu à la Maison Blanche le vice-maréchal Cho Myong-rok, premier vice-président de la Commission de la Défense nationale de la RPDC. Quelques jours plus tard, la secrétaire d'Etat Madeleine Albright rencontrait le dirigeant Kim Jong-il à Pyongyang. Un déplacement du président Clinton en RPDC avait alors été envisagé avant d'être annulé, compte tenu de la proximité des élections présidentielles américaines. Près de neuf ans après ce rendez-vous manqué - qui aurait pu sceller un accord historique américano-nord-coréen -, la visite de Bill Clinton n'est évidemment pas du goût des néo-conservateurs américains qui ont tout fait pour torpiller les chances du dialogue entre Washington et Pyongyang sous les deux mandats de George W. Bush.

Ancien sous-secrétaire d'Etat chargé des questions de désarmement et ancien ambassadeur américain aux Nations-Unies sous l'administration Bush, John Bolton n'a ainsi pas hésité à parler d'une victoire de la "propagande nord-coréenne" dans le
Washington Post, affirmant que les Etats-Unis seraient maintenant plus exposés au danger des prises d'otages et des enlèvements. Bolton oublie seulement que les deux journalistes ont pénétré d'elles-mêmes en Corée du Nord. Mais ce qui inquiète le plus ce chantre du "désarmement par la guerre" est, bien sûr, la possibilité que des négociations puissent reprendre avec la Corée du Nord. Que ce soit au département d'Etat  où il fut  l'"inventeur" de l'Initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive, aux Nations-Unies où il réclama toujours plus de sanctions contre la Corée du Nord, ou au sein de l'American Enterprise Institute, le think  tank néo-conservateur où il continue de sévir, Bolton n'a qu'une obsession : étrangler la RPDC. Bolton ne cracherait pas non plus sur une guerre contre la Corée du Nord. A condition toutefois d'y envoyer les autres. Bolton le va-t-en-guerre,  l'ancien supporter de la guerre du Vietnam, a ainsi déclaré en 2005  (dans un moment de lucidité?) avoir évité de servir dans une unité combattante à la fin des années 1960 car il n'avait "aucune envie de mourir dans une rizière en Asie du Sud-Est..."

Qu'a dit exactement Bill Clinton en Corée? Selon l'agence nord-coréenne
KCNA, L'ancien président américain a remis un message verbal du président Barack Obama évoquant "les moyens d'améliorer les relations bilatérales entre les deux pays", et présenté des "excuses pour le comportement des deux journalistes". Ces deux points ont donné lieu à des démentis du gouvernement américain, qui a précisé que le dossier nucléaire nord-coréen était traité de manière distincte.

Ce dernier point est sans doute exact, au moins formellement : le dossier nucléaire n'était pas l'objet principal de la visite de Bill Clinton. Mais de quoi ce dernier a-t-il alors parlé pendant sa rencontre de plus de trois heures avec Kim Jong-il ? Si l'expert de la Corée du Nord Scott Snyder estime que des informations ont été "glanées" par Bill Clinton, celles-ci ont naturellement un coût, à savoir des éléments sur des positions de négociation par Washington. Par ailleurs, qui peut penser que l'ancien président américain, dépêché par les familles des deux journalistes et son ancien vice-président Al Gore, n'ait pas présenté d'excuses, quand les deux journalistes avaient elles-mêmes reconnu avoir commis une faute ?

Plus fondamentalement, qui peut sérieusement croire que la venue d'un ancien président américain, mari de l'actuelle secrétaire d'Etat Hillary Clinton, soit une initiative dépourvue de toute portée politique? Bill Clinton était  accompagné de surcroît de deux représentants du département d'Etat. Et pourquoi alors Bill Clinton devrait-il rendre compte de son déplacement à la Maison Blanche ? 

Que le gouvernement américain veuille se réserver des marges de discussion en jouant sur le caractère privé et humanitaire de la visite de Bill Clinton est compréhensible. En revanche, la duplicité de certains médias occidentaux, reprenant sans discussion cette version officielle, est plus regrettable.

 

Sources principales : AAFC, AFP, Le Monde 
Photos : Associated Press, Reuters

 

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Samedi 25 juillet 2009

Le lancement de la fusée Unha-2 le 5 avril dernier et surtout le deuxième essai nucléaire auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 25 mai ont inauguré un nouvel épisode de l' « affaire » du programme nucléaire nord-coréen, qu'on pourrait intituler « L'enterrement des pourparlers à six ». En effet, alors que négociations entamées en 2003 avaient pour but d'aboutir au démantèlement du programme nucléaire nord-coréen, les Etats-Unis ont fait de ce démantèlement un préalable. Dès lors, la Corée du Nord ne veut plus participer aux pourparlers de Pékin, revendiquant son droit légitime à développer une force de dissuasion nucléaire à des fins d'auto-défense. Pendant que la fameuse « communauté internationale » concentre son attention sur le programme nucléaire de la Corée du Nord, y compris en sanctionnant cette dernière, peu de cas est fait des raisons qui poussent la RPDC à l'exercice de sa pleine souveraineté dans le domaine nucléaire. Distinguer les conséquences (le programme nucléaire nord-coréen) et les causes (la tension en Asie) serait pourtant de nature à fournir un début de solution dans l'affaire coréenne. De New-York à Phuket, en passant par Charm el-Cheikh, retour sur la séquence diplomatique de ces dernières semaines.


Le 6 août 2008, à Séoul, le président américain George W. Bush reconnaissait que la Corée du Nord était le pays le plus sanctionné au monde. Moins d'un an plus tard, le 25 mai 2009, la Corée du Nord procédait à son deuxième essai nucléaire, signifiant ainsi l'échec du régime des sanctions.


« Errare humanum est, perseverare diabolicum », dit la sagesse antique. « Il est humain de se tromper, persévérer dans l’erreur est diabolique. » Le 16 juillet 2009, c'est donc un nouveau train de sanctions « diabolique » qui a été adopté par le comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, en application de la résolution 1874 du 12 juin. Ce comité des sanctions mis en place en octobre 2006, après la résolution 1718 du Conseil de sécurité, a choisi de cibler cinq personnes, cinq sociétés et organismes de RPDC, ainsi que deux types de matériels.


Les cinq Nord-Coréens visés sont Ri Je-son, directeur du Bureau général de l’énergie atomique, Yun Ho-ji, directeur de Namchongang Trading Corp., Ri Hong-sop, ancien directeur du Centre de recherche nucléaire de Yongbyon, Hwang Sok-hwa, haut responsable du Bureau général de l’énergie atomique, et Han Yu-ro, directeur de Korea Ryongakan General Trading Corp. Le comité 1718 leur a imposé une interdiction de voyager et a gelé leurs avoirs à l'étranger en raison de leur implication dans les programmes balistique et nucléaire de la RPDC.


Les cinq entités désignées sont le Bureau général de l’énergie atomique et les sociétés Hong Kong Electronics, Namchongang Trading Corp., Korea Kyoksin Trading Corp. et Korean Tangun Trading Corp. Elles sont soupçonnées de mener des transactions liées à des programmes d’armes de destruction massive ou à la prolifération nucléaire. Elles viennent s’ajouter aux trois autres sociétés nord-coréennes déjà sanctionnées au mois d’avril suite au lancement d'une fusée Unha–2 par la RPDC : Korea Mining Development Trading Corp., Korea Ryonbong General Corp. et Tanchon Commercial Bank.


Enfin, les nouveaux matériels soumis à embargo sont le graphite pour usinage par électro-érosion et la fibre d’aramide. La RPDC a désormais interdiction d’importer et exporter ces matériels utilisables dans les domaines balistique et nucléaire.


La résolution 1874 du 12 juin donnait 30 jours au comité des sanctions pour adopter des mesures spécifiques s’ajoutant à celles déjà prises, interdisant les livraisons d’armes à la Corée du Nord et autorisant l’inspection des navires nord-coréens. Pour Fazli Corman, ambassadeur de Turquie auprès des Nations Unies et président du comité des sanctions 1718, les nouvelles mesures « font attention à exclusivement viser les individus responsables des programmes balistique, nucléaire et liés à d’autres armes de destruction massive de la RPDC. Elles sont conçues de manière à minimiser toute conséquence non intentionnelle pour le peuple de la RPDC. » Après le président Bush avouant que la Corée du Nord est le pays le plus sanctionné au monde, le président du comité des sanctions de l’ONU reconnaît donc aujourd’hui que les sanctions à l’encontre de la RPDC peuvent avoir des conséquences « non intentionnelles » pour ses 23 millions d'habitants.


La perspective de « dommages collatéraux » pour la population coréenne n’a toutefois pas empêché l’ambassadeur du Japon, Yukio Takasu, de qualifier (par atavisme?) de « réussite majeure » l’adoption de nouvelles sanctions, soulignant même que la décision du comité des sanctions du 16 juillet était « définitive et officielle », sans avoir besoin d’autre approbation de la part du Conseil de sécurité des Nations Unies. Déjà réduite aux quinze membres du Conseil de sécurité - quand ce n’est pas à ses cinq membres permanents -, la « communauté internationale » si prompte à condamner la RPDC se voit donc ramenée à cet organe subsidiaire qu'est le comité des sanctions…


Quant à la France, membre permanent du Conseil de sécurité, on ne peut que déplorer son attitude purement « suiviste », bien loin de ses traditions diplomatiques. Vis-à-vis de la Corée du Nord, la position française oscille entre la mouche du coche de la fable et le « Salauds de pauvres! » lancé par Jean Gabin dans le célèbre film La traversée de Paris… La France - qui refuse toujours d'entretenir des relations diplomatiques normales avec la République populaire démocratique de Corée, sous les prétextes les plus divers - semble avoir définitivement renoncé à jouer un quelconque rôle positif dans la péninsule coréenne qui, plus que jamais, constitue l' « angle mort » de sa diplomatie en Asie.


L’adjoint du chef de la délégation nord-coréenne auprès des Nations Unies, Pak Tok-hun, a vivement réagi, qualifiant les sanctions d’ « injustes » et affirmant qu’elles ne porteront pas davantage préjudice à son pays. « Savez-vous combien de pays ont effectué des essais nucléaires et lancé des satellites ? » a-t-il demandé. « Il est absurde de dire que des pays ont le droit de le faire et d’autres non. » En conséquence, la RPDC « n’acceptera pas les résolutions du Conseil de sécurité à l’encontre du Nord et les sanctions prises en vertu de ces résolutions. Les sanctions ne résoudront aucun problème.» Pour la partie nord-coréenne, les sanctions sont une atteinte à la souveraineté de la RPDC et n’ont fait que prouver leur inefficacité alors que le pays les subit depuis plus d’un demi-siècle.

 

Nombre d'essais nucléaires dans le monde entre 1945 et 2009


La position nord-coréenne a été réaffirmée à Charm el-Cheikh, en Egypte, par le président du Présidium de l’Assemblée populaire suprême de la RPDC, Kim Yong-nam, qui participait au quinzième sommet du Mouvement des pays non-alignés (MNA). « Il ne peut y avoir ni dialogue, ni négociation quand sont niés les principes de respect des droits souverains et d'égalité », a déclaré le président Kim Yong-nam. Il a rappelé aux délégués des pays non-alignés que les pourparlers réunissant les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon sur la question du programme nucléaire nord-coréen, avaient échoué car la plupart des pays engagés depuis 2003 dans ces négociations avaient abandonné ces principes. La RPDC est le seul participant aux pourparlers à six à être aussi membre du MNA (depuis 1975).


« Face à la situation actuelle, le gouvernement de la RPDC n’a pas eu d’autre solution que prendre des mesures fermes afin de renforcer sa force de dissuasion nucléaire », a ajouté Kim Yong-nam, faisant référence aux diverses tentatives de déstabilisation initiées par l’administration Bush et poursuivies par l’administration Obama, aux manœuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes tournées contre la Corée du Nord, et au refus persistant des Etats-Unis de signer un traité de paix avec la RPDC pour mettre fin « officiellement » à la guerre de Corée (un simple armistice prévaut dans la péninsule coréenne depuis 1953).


Les nouvelles sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies et les déclarations du président Kim Yong-nam sont intervenues à la veille de l’ouverture de la seizième session du Forum régional de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), le 22 juillet 2009, à Phuket en Thaïlande. Tous les acteurs de la « crise coréenne », à commencer par la RPDC et les Etats-Unis, ont participé à ce forum.


Avant l’ouverture du Forum, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait signé le Traité d’amitié et de coopération (TAC) initié en 1976 par les membres fondateurs de l'ASEAN et engageant ses signataires à régler pacifiquement leurs conflits, à renoncer à l'usage de la force ainsi qu'à toute ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires. Une quinzaine de pays ont déjà signé ce traité, dont la Corée du Nord en 2008. Jusqu’à présent, les Etats-Unis hésitaient à le faire, de peur de réduire leur marge de manœuvre sur les questions politiques et de sécurité en Asie, alimentant ainsi les spéculations sur les ambitions américaines dans cette zone. Les Etats-Unis signifiaient-ils « qu'ils [n'excluaient] pas un recours à la force pour résoudre des conflits, qu'ils [voulaient] s'immiscer dans les affaires intérieures des pays ?» s’est interrogé Rodolfo Severino, ancien secrétaire général de l’ASEAN.


Le fait que la Corée du Nord et les Etats-Unis soient parties au même traité de non agression devrait être un signe encourageant pour les relations entre les deux pays, laissant entrevoir la possibilité de négociations directes entre les Etats-Unis et la RPDC pour remplacer le cadre multilatéral des pourparlers à six. La RPDC est ouverte à de telles négociations avec les Etats-Unis, comme l'a répété en Thaïlande Ri Hung-sik, directeur général du Bureau des organisations internationale du ministère nord-coréen des Affaires étrangères. Ri a souligné que le programme nucléaire militaire nord-coréen n'existe qu'en réponse à la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC, laquelle ne transigera ni sur sa souveraineté ni sur sa sécurité tant les Etats-Unis déploieront de nombreux systèmes d'armes perfectionnés en Corée du Sud.


L’optimisme soulevé par la signature américaine du Traité d’amitié et de coopération doit être modéré car, selon plusieurs observateurs, les Etats-Unis ont seulement fini par signer ce traité de peur de perdre du terrain en Asie au profit des nouveaux géants que sont l’Inde et la Chine. Avant la signature du TAC, le secrétaire d’Etat adjoint américain pour l’Asie de l’Est et le Pacifique, Kurt Campbell, en visite à Séoul, indiquait qu'il y avait peu de chance de voir des discussions directes entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. « Nos négociations bilatérales ont lieu entre les Etats-Unis et la Corée du Sud et portent sur une approche collective. » Pour une « approche collective » à deux au sujet de la Corée du Nord, mais sans la Corée du Nord, on peut aussi conseiller à M. Campbell des négociations bilatérales avec la principauté de Monaco...


De son côté, la secrétaire d’Etat Clinton a suggéré que la Corée du Nord puisse être à l’origine d’un transfert de technologie nucléaire vers le Myanmar (membre de l’ASEAN, à la différence des Etats-Unis). « La menace qui m'a toujours fait peur, c'est la prolifération de l'armement nucléaire et des armes de destruction massive. Il est évident que nous sommes très préoccupés par la Corée du Nord et par les récentes informations sur ses possibles accords avec ce que nous appelons la Birmanie » a déclaré la secrétaire d’Etat américaine en usant de l'ancienne appellation du Myanmar. Il s’agit de simples allégations mais, contre la Corée du Nord, tous les coups sont permis, surtout quand la rumeur sème la suspicion. Washington souhaiterait en effet voir les pays asiatiques appliquer fermement les sanctions du Conseil de sécurité à l’encontre de la RPDC.


Hillary Clinton a utilisé des mots assez curieux pour inciter les pays d’Asie à suivre la politique des Etats-Unis à l’égard de la RPDC. « C'est peut-être la mère en moi qui parle mais, d'après  l'expérience que j'ai des enfants en bas âge, des adolescents et des gens qui, en général, ont besoin d'attention, je dis: ne cédez pas », a ainsi déclaré la responsable de la diplomatie US.  Apparemment peu sensible aux qualités « maternelles » de Mme Clinton, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a répondu en qualifiant la secrétaire d'Etat de femme « inintelligente » (le terme original coréen est, paraît-il, bien moins aimable) qui « tantôt ressemble à une écolière, tantôt à une retraitée allant faire des courses...» Cette joute verbale a bien sûr été une occasion supplémentaire pour les médias occidentaux de jouer les vierges effarouchées et de s’offusquer de la réponse nord-coréenne, dans un bel exercice de « deux poids et deux mesures », oubliant  certains propos jadis peu amènes du président Bush à l’égard des dirigeants de la RPDC…


Ces mêmes médias ont-ils aussi seulement lu le traité de 1966 sur l'espace et le traité de 1968 sur la non-prolifération des armes nucléaires ? Le Traité sur l'espace stipule dans son premier article que « l'espace extra-atmosphérique [...] peut être exploré et utilisé librement par tous les États sans aucune discrimination, dans des conditions d'égalité. » Quant au Traité sur la non-prolifération, la lecture de son article 10 révèle que « chaque Partie, dans l’exercice de sa souveraineté nationale, aura le droit de se retirer du Traité si elle décide que des événements extraordinaires, en rapport avec l’objet du présent Traité, ont compromis les intérêts suprêmes de son pays. »


Alors que la RPDC et les Etats-Unis sont « techniquement » en guerre depuis 1953 faute d' un véritable traité de paix – toujours refusé par Washington qui maintient 30.000 soldats en Corée du Sud, un réseau de bases militaires en Asie et des centaines de missiles balistiques intercontinentaux - qui peut prétendre que la Corée du Nord ne fait pas face à des «  événements extraordinaires » de nature à compromettre ses « intérêts suprêmes »? Face à la première puissance mondiale, la « petite » Corée du Nord - qui a de la mémoire -  use pleinement de ses droits légitimes et souverains, usage pour lequel elle est aujourd'hui sanctionnée. Mais pendant que l’exercice de son bon droit par Pyongyang retient l’attention, c’est l’attitude de Washington en Asie qui entretient la tension. Les Chinois ont un proverbe : « Quand le sage désigne la Lune, l’idiot regarde le doigt. »

 

 


Sources : AFP, Associated Press, KCNA, Reuters, RIA Novosti, The Hankyoreh, The Korea Herald

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Dimanche 14 juin 2009
Après l'adoption de la résolution 1874 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a publié le 13 juin 2009 le communiqué suivant où est réaffirmée la volonté de renforcer la force de dissuasion du pays.

"Le 12 juin, à l'instigation des Etats-Unis, le Conseil de sécurité des Nations Unies a finalement adopté une 'résolution sur les sanctions' à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée suite à son second essai nucléaire.

"Il s'agit d'un autre résultat méprisable de l'offensive menée par les Etats-Unis visant à exercer une pression internationale pour détruire l'idéologie de la République populaire démocratique de Corée et le système choisi par son peuple en désarmant la République populaire démocratique de Corée et en étranglant son économie. 

"Les Etats-Unis et le Japon, non contents de cette 'résolution', complotent grossièrement pour ajouter leurs propres 'sanctions' à celles qui existent contre la République populaire démocratique de Corée en montant des histoires fictives de 'fausse monnaie' et de 'trafic de drogue'.

"Les Etats-Unis ont incité le Conseil de sécurité des Nations Unies à s'engager davantage dans leurs tentatives d'étouffement de la République populaire démocratique de Corée, lesquelles ont abouti à créer une grave tension sans précédent dans la péninsule coréenne. Cette situation de confrontation a été déclenchée par les actions brutales et illégales des Etats-Unis et du Conseil de sécurité des Nations Unies à leurs ordres niant le droit légitimed'un Etat souverain à lancer des satellites.

"La 'déclaration présidentielle' du Conseil de sécurité des Nations Unies du 14 avril, orchestrée par les Etats-Unis, ne repose sur rien au regard du droit international. Ce qui imprègne cette déclaration n'est rien d'autre que l'animosité et le rejet d'un pays qui a un système différent du leur, et l'opinion arrogante et arbitraire qu'un petit pays doit obéir à un grand. La République populaire démocratique de Corée est un petit pays, mais c'est une puissance politique, idéologique et militaire.

"Si cet acte hautement autoritaire des Etats-Unis est toléré, la République populaire démocratique de Corée ne sera plus en droit de lancer des satellites - ce qu e tous les autres font - et sera à jamais privée de son droit à utiliser l'espace extra-atmosphérique.

"Le deuxième essai nucléaire de la République populaire démocratique de Corée est une mesure de légitime défense, en ce qu'il a été mené pour faire face à de tels actes hostiles de la part des Etats-Unis, et ne contrevient à aucune loi internationale.

"Par essence, cet affrontement est une question liée à la souveraineté et à la dignité de la République populaire démocratique de Corée, plutôt qu'une question liée à la paix et à la sécurité - c'est l'affrontement entre la République populaire démocratique de Corée et les Etats-Unis.

"Il ne peut pas y avoir de véritable paix en l'absence d'indépendance et d'égalité. Tout autre pays se trouvant dans la situation de la République populaire démocratique de Corée réaliserait clairement que la
République populaire démocratique de Corée n'a jamais choisi de se doter de l'arme nucléaire mais y a été contrainte face à la politique hostile des Etats-Unis et à leurs menaces nucléaires.

"Pour la République populaire démocratique de Corée, il est devenu absolument impossible de seulement penser à abandonner ses armes nucléaires. Il est indifférent à la République populaire démocratique de Corée que son statut de puissance nucléaire soit reconnu ou non.

"En vertu de ses pouvoirs, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée condamne fermement et rejette la 'résolution 1874' du Conseil de sécurité des Nations Unies et déclare qu'il prendra les mesures suivantes dans le cadre de cette première phase de confrontation totale avec les Etats-Unis afin de défendre la dignité de la nation et la souveraineté du pays.

"Premièrement : tout le plutonium nouvellement extrait sera utilisé à des fins militaires. Plus d'un tiers des barres de combustible usagé ont été retraitées à ce jour.

"Deuxièmement : le processus d'enrichissement de l'uranium va commencer. Suite
à la décision de construire son propre réacteur à eau légère, la technique d'enrichissement de l'uranium a connu des progrès suffisants pour pouvoir fournir le combustible nucléaire nécessaire à l'expérimentation de ce procédé.

"Troisièmement : une tentative de blocus de quelque nature que ce soit par les Etats-Unis et ceux qui les suivent sera considérée comme un acte de guerre et provoquera une réponse militaire décisive. Quelle que soit la dureté des tentatives d'isolement et de blocus formentées par les forces hostiles menées par les Etats-Unis, la République populaire démocratique de Corée, puissance nucléaire fière, ne reculera pas. Selon le mode de réaction basé sur l'idée de Songun
[priorité aux affaires militaires, NdT], la République populaire démocratique de Corée s'opposera de manière décisive aux 'sanctions' par des mesures de rétorsion et à la 'confrontation' par une confrontation totale."


 

Traduction : AAFC, d'après la version anglaise donnée par l'agence Reuters

Version originale coréenne sur le site du journal Choson Sinbo

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Lundi 8 juin 2009

L'agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé le 8 juin que les journalistes américaines Euna Lee et Laura Ling, accusées d'avoir franchi illégalement la frontière sino-coréenne, ont été condamnées à douze ans de travaux forcés à l'issue de cinq jours de procès devant la Cour centrale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ce verdict est sévère mais une négociation en vue de la libération des deux journalistes reste possible, même si les relations entre les Etats-Unis et la RPDC sont au plus mal.


La journaliste américano-coréenne Euna Lee et la journaliste sino-américaine Laura Ling, qui travaillent pour la chaîne de télévision californienne Current TV (fondée et dirigée par l'ancien vice-président américain Al Gore), ont été arrêtées le 17 mars pour avoir pénétré illégalement sur le territoire de la RPDC, un "acte hostile" pour les autorités nord-coréennes.


A l'issue de cinq jours d'un procès ouvert le 4 juin, elles ont chacune été condamnées à douze ans de travaux forcés.


Le président des Etats-Unis Barack Obama s'est montré "profondément inquiet" des informations sur la condamnation des deux journalistes alors que "tous les canaux possibles" ont été activés pour obtenir leur libération, a indiqué à la presse Bill Burton, porte-parole de la Maison Blanche.

 

Quant au gouvernement français, il a exprimé sa "grave préoccupation" et appelé à la libération immédiate des deux journalistes.


Ce genre d'appel a cependant peu de chance d'être entendu s'il ne dépasse pas le stade des simples incantations et ne s'inscrit pas dans un vrai cadre de négociations.


C'est l'avis du gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson, ancien ambassadeur américain auprès des Nations Unies (1997-1998) et bon connaisseur de la RPDC pour avoir déjà mené des négociations avec ce pays.

Lors d'un entretien accordé à la chaîne américaine NBC, Richardson a estimé qu'un cadre de négociations devait être établi pour obtenir une libération sur des bases humanitaires, avant l'envoi de tout émissaire. Cet émissaire pourrait être Bill Richardson lui-même puisqu'il a indiqué avoir été contacté par l'administration Obama et s'être entretenu avec les familles des deux journalistes.

 

Les négociations porteraient alors sur l'obtention d'"une forme de pardon politique, de suspension des procédures légales", a expliqué Richardson.


Tout en considérant que la condamnation de Laura Ling et Euna Lee était  "plus sévère qu'on ne s'y attendait", il a trouvé des signes encourageants dans le fait que les deux femmes n'ont pas été accusées d'espionnage, contrairement à ce qui était  initialement envisagé. "Les Nord-Coréens semblent séparer cette question des désaccords politiques", a déclaré Bill Richardson. 


Cette dernière remarque du gouverneur du Nouveau-Mexique est importante alors que les relations entre Washington et Pyongyang sont particulièrement tendues après l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai. La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a averti le 7 juin que la RPDC pourrait réapparaître sur la liste noire "des Etats soutenant le terrorisme" tenue par les Etats-Unis, après en avoir été ôtée en octobre 2008.


Bill Richardson avait déjà négocié en 1994 la libération d'un pilote de l'armée américaine dont l'hélicoptère avait été abattu par les Nord-Coréens, ainsi que le rapatriement du corps de son copilote. En 1996, il avait encore aidé à la libération d'un Américain arrêté pour espionnage en Corée du Nord après avoir traversé le fleuve Amnok.

 


Sources : AFP, ministère français des Affaires étrangères

 





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Samedi 30 mai 2009

Après l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai, la tension continue de monter dans la péninsule coréenne : alors que le Conseil de sécurité des Nations-Unies pourrait décider de nouvelles sanctions dès la semaine prochaine, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a déjà annoncé qu'elle adopterait alors de nouvelles mesures d'auto-défense.

Dans la guerre des nerfs qui oppose la Corée du Nord et les Etats-Unis, la tension continue de monter. Alors que le Conseil de sécurité des Nations-Unies (CSNU) poursuit ses travaux en vue d'adopter de nouvelles sanctions contre Pyongyang, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée, cité par l'agence KCNA, a affirmé que "si le Conseil de sécurité de l'ONU nous provoque, de nouvelles mesures de légitime défense seront inévitables", en précisant qu'un acte hostile du CSNU signifierait la fin de l'accord d'armistice de 1953. Si le contenu de telles mesures d'auto-défense n'a pas été précisé, le Pentagone a relevé, dans des photos prises par satellite, des mouvements de véhicules qui pourraient, selon lui, préparer le lancement d'un missile balistique intercontinental.
Le 29 mai, selon l'agence sud-coréenne Yonhap, la Corée du Nord a procédé à un nouveau tir de missile à courte portée sur la côte Est.

Pyongyang n'est plus partie au Traité de non-prolifération, dont l'article 10 dispose que "c
haque Partie, dans l'exercice de sa souveraineté nationale, aura le droit de se retirer du Traité si elle décide que des événements extraordinaires, en rapport avec l'objet du présent Traité, ont compromis les intérêts suprêmes de son pays." Face à l'attitude menaçante des Etats-Unis, la Corée du Nord estime qu'elle a le droit souverain de se défendre, et qu'une situation exceptionnelle justifie un événement aussi exceptionnel qu'un essai nucléaire - alors que plus de 99 % des essais dans le monde ont été effectués par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Par ailleurs, en rejoignant le dispositif PSI créé par George W. Bush, la Corée du Sud se donne le droit d'arraisonner des navires nord-coréens qu'elle soupçonnerait de contribuer à la prolifération d'armes de destruction massive. Pyongyang ayant réagi très vivement contre ce qui constituerait une attente à sa souveraineté, l'AAFC rappelle que, dans la crise actuelle, ce sont les Américains et les Sud-Coréens qui ont ainsi envisagé des actions contre la Corée du Nord. Pyongyang se situe exclusivement dans une logique d'auto-défense, quelles que soient les déclarations du secrétaire d'Etat américain à la défense Robert Gates quant à une possible attaque nord-coréenne contre les Etats-Unis et leurs alliés, lors d'une conférence sur la sécurité qui s'est tenue à Singapour le 30 mai. 

Pour sa part, la Chine se trouve dans une situation délicate : liée à Pyongyang par un accord de défense et des intérêts économiques évidents (la Chine a investi notamment dans les industries textiles nord-coréennes et le secteur minier), hostile à la présence de troupes américaines à sa frontière dans l'hypothèse d'un effondrement de la RPDC dont rêvent les néo-conservateurs américains, elle n'est pas favorable à ce que la Corée du Nord se dote de l'arme nucléaire, car elle pourra alors être imitée par d'autres Etats, au premier rang desquels le Japon. Sa ferme condamnation du second essai nucléaire nord-coréen rappelle les termes déjà utilisés lors du premier essai de la RPDC, en octobre 2006, après lequel la Chine avait appuyé l'adoption par le CSNU de sanctions contre Pyongyang. 

Si la Chine appelle ainsi à la retenue, certains milieux dirigeants appellent à réviser les relations avec la Corée du Nord, dont le récent essai nucléaire a montré l'indépendance vis-à-vis de Pékin, qui reste néanmoins son principal fournisseur d'énergie. Ces réflexions sont-elles le fruit d'une influence américaine au coeur même de certains milieux dirigeants, à Pékin ? Les puissances occidentales ont intérêt à ce que la Chine isole la Corée du Nord, et une campagne médiatique a été lancée sur l'idée que la Chine devait faire pression sur Pyongyang, par exemple en cessant ses livraisons d'énergie et de produits alimentaires. Pékin a cependant rappelé, lors du récent sommet Union européenne-Chine, qu'on ne pouvait pas faire l'impasse sur ses intérêts propres, en lui demandant de se comporter en auxiliaire des Etats-Unis et de l'Europe, et de défendre ainsi des intérêts qui ne sont pas les siens.

Sources : AAFC, AFP, AP, 
KCNA

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Lundi 25 mai 2009

Le 25 mai 2009, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé avoir procédé "avec succès" à son second essai nucléaire, après son premier essai d'octobre 2006. Cette mesure avait été annoncée par Pyongyang, après les sanctions prises, dans le cadre d'une déclaration du président du Conseil de sécurité des Nations-Unies, suite au lancement de la fusée Unha-2 le 5 avril dernier.

L'agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé que la République populaire démocratique de Corée avait procédé, plus tôt dans la journée du 25 mai 2009, à un nouvel essai nucléaire souterrain (après son premier essai d'octobre 2006), au titre des mesures prises pour "renforcer notre dissuasion nucléaire à des fins d'auto-défense, dans chaque domaine, comme exigé par nos scientifiques et nos techniciens."
La péninsule coréenne est toujours techniquement en état de guerre, en l'absence de traité de paix depuis l'armistice de 1953 ayant mis fin à la guerre de Corée.

Toujours selon KCNA, l'essai a été conduit dans des conditions de sécurité encore plus élevées (qu'en 2006), afin de "résoudre de manière satisfaisante les problèmes scientifiques et technologiques" pour le développement des armes et de la technologie nucléaires.

Dans le cadre de sa confrontation avec les Etats-Unis, après le classement de la Corée du Nord dans les pays de l' "Axe du mal" (bien que Pyongyang ait condamné les attentats du 11 septembre 2001) puis de l'invasion de l'Irak en 2003, la RPDC s'est retirée du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), conformément aux dispositions figurant à l'article 10 du TNP :

"Chaque Partie, dans l'exercice de sa souveraineté nationale, aura le droit de se retirer du Traité si elle décide que des événements extraordinaires, en rapport avec l'objet du présent Traité, ont compromis les intérêts suprêmes de son pays. Elle devra notifier ce retrait à toutes les autres Parties du Traité ainsi qu' au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies avec un préavis de trois mois. Ladite notification devra contenir un exposé des événements extraordinaires que l'État en question considère comme ayant compromis ses intérêts suprêmes."

La décision de Pyongyang était attendue : Pyongyang avait protesté contre la condamnation, par une déclaration du président du Conseil de sécurité des Nations-Unies (suivi de sanctions contre trois entreprises nord-coréennes), du lancement d'un satellite de communications "à des fins pacifiques", comme l'avait souligné la RPDC. Dans le cadre, la Corée du Nord avait déclaré que les pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne n'avaient plus lieu d'être, tout en annonçant la
reprise de ses activités nucléaires.

Sans surprise, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud (qui a réuni d'urgence les membres du gouvernement) ont condamné l'essai nucléaire nord-coréen, alors que la Chine n'avait pas immédiatement réagi. L'ambassadeur russe aux Nations-Unies a annoncé la tenue d'une réunion du Conseil de sécurité. 

Le ministère russe des Affaires étrangères, selon lequel l'essai avait une puissance de 20 kilotonnes, a appelé à la retenue.

Sources : AAFC,
Xinhua (d'après KCNA), Thomson Reuters.

 

Nombre d'essais nucléaires effectués dans le monde entre 1945 et 2009

Israël et l'Afrique du Sud auraient effectué un essai en commun en 1979

  (source : Wikipedia - photo : test atomique XX-12 GRABLE effectué le 25 mai 1953 dans le Nevada)

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Jeudi 14 mai 2009

Le 14 mai 2009, l'agence officielle KCNA a annoncé que le procès d'Euna Lee et Laura Ling, deux journalistes américaines arrêtées le 17 mars alors qu'elles auraient franchi la frontière sino-coréenne, s'ouvrirait le 4 juin prochain. Cette annonce intervient dans un contexte de dégradation des relations bilatérales entre Washington et Pyongyang, même si l'administration Obama a déclaré ne pas rejeter le principe d'un dialogue bilatéral.

Le 4 juin 2009 : la date du procès des journalistes américaines Euna Lee (d'origine coréenne) et Laura Ling (photo daylife.com) vient d'être fixée. Les deux femmes, qui travaillent pour la chaîne de télévision Current TV, basée à San Francisco et dont l'un des co-fondateurs et le président est l'ancien vice-président Al Gore, avaient été arrêtées par les garde-frontières nord-coréens. Selon la chaîne américaine, elles enquêtaient en Chine sur les Nord-Coréens passés de l'autre côté de la frontière : dans ce cadre, il n'est pas exceptionnel que des journalistes s'aventurent à passer illégalement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ce que semblent avoir fait Euna Lee et Laura Ling, lesquelles encourent une condamnation pour espionnage. Leur camémaran et leur guide chinois avaient, pour leur part, réussi à s'enfuir. Des démarches avaient été engagées par divers canaux pour la libération des deux journalistes, retenues dans une résidence traditionnellement réservée à l'accueil des visiteurs de marque. 

Ce procès intervient à un moment critique dans les relations bilatérales entre Washington et Pyongyang : si l'administration Obama a déclaré être ouverte à un dialogue direct avec la RPDC en vue d'une reprise des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, Pyongyang a déclaré que ceux-ci n'avaient plus lieu d'être, suite aux
sanctions prises par le Conseil de sécurité des Nations-Unies, après le lancement de la fusée Unha-2 pour mettre en orbite un satellite de télécommunications. Bien que la Corée du Nord ait toujours recherché un dialogue direct avec Washington, le ton peu diplomatique de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a amené Pyongyang à déclarer que l'administration Obama poursuivait la politique hostile de l'administration George W. Bush.

Une autre affaire, concomitante, concerne un Sud-Coréen de la zone industrielle intercoréenne de Kaesong, arrêté sous le chef d'accusation de critiques du régime nord-coréen : sa situation est au coeur des demandes formulées par le gouvernement sud-coréens lors de la
rencontre intercoréenne qui a eu lieu à Kaesong et qui s'est soldée sans résultats après 20 minutes d'échanges. Pour sa part, lors de cette réunion, la Corée du Nord a demandé une augmentation des salaires des ouvriers nord-coréens et une révision des contrats locatifs (en avançant la date du paiement des loyers, initialement fixée à compter de 2014). Alors que la première réunion s'était tenue à l'initiative de la Corée du Nord, la Corée du Sud a demandé une nouvelle réunion, refusée par Pyongyang en l'absence d'éléments nouveaux de négociations - les entrepreneurs sud-coréens à Kaesong ayant fait savoir qu'ils n'accepteraient qu'une hausse limitée des salaires des ouvriers nord-coréens, au maximum de 5 %. 

Sources : AAFC,
bloomberg.com

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Dimanche 26 avril 2009

Le 25 avril 2009, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a déclaré que Pyongyang reprenait ses activités nucléaires militaires. Une réaction conforme à ce qu'avait annoncé la RPDC, quelques heures après que le Conseil de sécurité des Nations-Unies a pris des sanctions contre trois entreprises nord-coréennes. Mais à qui profite la crise dans la péninsule coréenne ?

"Le retraitement du combustible nucléaire depuis la centrale nucléaire pilote [de Yongbyon] a commencé, comme annoncé dans la déclaration du ministère des affaires étrangères en  date du 14 avril", a fait savoir le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dans des propos cités par l'agence officielle nord-coréenne KCNA, le 25 avril. Cette annonce est intervenue quelques heures après que le comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations-Unis a imposé des sanctions contre trois entreprises nord-coréennes (parmi lesquelles une banque) dont les activités auraient permis le lancement de la fusée Unha-2 le 5 avril.

 

Prises sur la base de la résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, les nouvelles sanctions contre la Corée du Nord donnent la vraie portée de la déclaration de la présidence du Conseil de sécurité des Nations-Unies, ayant reçu le soutien unanime des 15 membres de cette instance, le 13 avril : présenté comme "non contraignant", ce texte avait bien comme but d'imposer des mesures coercitives contre la RPDC, au lendemain du lancement par la Corée du Nord du satellite de télécommunications Kwangmyonsong-2, présenté par les Américains contre un tir de missile déguisé. Pourtant, les Etats-Unis, parrains de la déclaration du 13 avril, savent pertinemment qu'il s'agissait du lancement d'un satellite (ainsi que l'avait déclaré le 9 mars M. Dennis Blair, chef des services de renseignements américain à la commission des affaires étrangères du Sénat), mais ont dû changer d'argumentaire face à la réaffirmation par la Chine et la Russie que tout pays à le droit d'avoir accès à la conquête spatiale :  le lancement d'un missile, comme d'un satellite, utilisant des techniques balistiques, le gouvernement américain a cherché à imposer l'idée que la Corée du Nord visait avant tout à tester ses missiles, tout en laissant certains médias déclarer qu'il pourrait bien n'y avoir eu aucun lancement de satellite... Par ailleurs, la trajectoire - filmée - de la fusée montre qu'il s'agissait de la mise en orbite d'un satellite de communications.

Selon les experts occidentaux, la remise en fonctionnement du réacteur de Yongbyon pourrait prendre mois de trois mois.

La réaction de la République populaire démocratique de Corée était prévisible et annoncée, comme l'avait rappelé Son Excellence (SE) Son Musin, délégué général de la RPDC en France, dans un
entretien à l'AAFC : en cas de sanctions après le lancement pacifique de son satellite de communications, la Corée du Nord ne se considèrerait plus liée par ses engagements internationaux, notamment les pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, et elle se doterait à nouveau d'une force nucléaire de dissuasion. Pour Pyongyang, qui a le souvenir de l'attaque américaine contre l'Irak en 2003 sur la base de la prétendue possession par Bagdad d'armes de destruction massive, la sécurité est une priorité absolue, en l'absence d'accord de paix dans la péninsule coréenne depuis l'armistice de juillet 1953. La Corée du Nord ne peut renconcer à ses armes nucléaires qu'en cas de garanties sérieuses de sécurité, mais Washington n'a - en tout cas publiquement - mis aucun offre sérieuse sur la table des négociations.

Si,
en septembre 2008, l'annonce - déjà - par Pyongyang de la reprise de ses activités nucléaires avait finalement conduit au respect de l'engagement américain de son retrait de la liste des Etats soutenant le terrorisme, l'administration Bush - contrairement à l'administration Obama - n'avait pas pris le risque de mettre en danger les pourparlers à six.

Les propos musclés de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton - dont les néoconservateurs s'étaient rejoui de la nomination à ce poste, de préférence à Bill Richardson - qui dit ne pas vouloir céder au "chantage" des Nord-Coréens, indiquent que les Américains sont dans une démarche de marchandage. Ils augmentent leur prix d'un éventuel accord à venir, en créant de nouveaux sujets de contentieux avec Pyongyang :

 - par la campagne médiatique orchestrée sur le thème d'un essai balistique raté (il serait toujours temps, le moment venu, de déclarer qu'il s'agissait d'un lancement de satellite...
comme naguère à propos du programme d'enrichissement supposé à base d'uranium, dont les preuves n'ont jamais été apportées, mais qui avait motivé le retrait de la Corée du Nord de l'AIEA) ;
- par la multiplication des sanctions contre Pyongyang (Washington visait onze entreprises nord-coréennes et les Japonais, toujours en position de surenchère, quatorze) : les Etats-Unis entendent manifestement 
mettre économiquement à genoux la RPDC ;  
- en réaffirmant que la Corée du Nord n'est pas une puissance nucléaire, prenant ainsi le contrepied des déclarations du directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique qui cherchait à réouvrir un dialogue avec Pyongyang ;  
- en utilisant la carte du multilatéralisme : Washington affirme bruyamment travailler en coopération l'ensemble de la communauté internationale.

Car si les Etats-Unis entendent bien aujourd'hui profiter de la crise, serait-ce au prix de nouveaux sacrifices pour les populations nord-coréennes, la Russie, et surtout la Chine, apparaissent aujourd'hui comme les premières victimes collatérales de l'affrontement américano - nord-coréen, dont elles ne maîtrisent pas l'évolution. Leurs efforts pour ressusciter les pourparlers à six ont jusqu'ici échoué, alors qu'ils sont un des atouts de la diplomatie chinoise pour apparaître comme une puissance internationale responsable. Ayant privilégié d'autres terrains diplomatiques que la péninsule coréenne dans la période récente, la Chine a sous-estimé les réactions de Pyongyang, en veillant à maintenir de bonnes relations avec les Etats-Unis. Quant à la récente visite du ministre russe des Affaires étrangères à Pyongyang, ce dernier a tendu à être instrumentalisé par les Etats-Unis, quand Hillary Clinton déclare à la presse donner à la Russie et à la Chine le rôle de négocier avec la RPDC la reprise des pourparlers à six au sens du "consensus" de la communauté internationale... alors que Pyongyang cherche l'engagement de pourparlers directs avec les Etats-Unis, à un niveau au moins gouvernemental. (Sources : AAFC,
AFP, Reuters).

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Lundi 9 mars 2009

Le lundi 9 mars 2009, les armées américaine et sud-coréenne ont entamé leurs exercices annuels conjoints, baptisés Key Resolve et Foal Eagle, prévus pour durer jusqu'au 20 mars. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a fermement condamné ces exercices qu’elle considère comme un prélude à l’invasion de son territoire. Il est vrai que le maintien de telles manoeuvres ne marque pas la rupture espérée avec la politique de l'administration américaine précédente dans la péninsule coréenne.

Cette année, les exercices Key Resolve et Foal Eagle mobilisent 26.000 soldats américains aux côtés de 30.000 soldats sud-coréens. Sur ces 26.000 soldats, 12.000 appartiennent au contingent américain stationné en Corée du Sud (28 500 soldats), alors que les 14.000 autres viennent de l’étranger. Le porte-avions à propulsion nucléaire John Stennis, son groupe de soutien, et plusieurs navires de la marine américaine dotés du système anti-aérien Aegis participent aux manœuvres. Le commandement des forces américano-sud-coréennes "
a informé la Corée du Nord de la durée de l’exercice [qui s’achèvera le 20 mars 2009], de son caractère défensif et de sa mission : améliorer la préparation au combat des troupes." En même temps, Séoul a souligné que ces exercices militaires "interviennent alors que des préparatifs sont en cours pour le lancement d’un missile balistique par la Corée du Nord."

La République populaire démocratique de Corée a qualifié ces manœuvres militaires américano-sud-coréennes de "
préparatifs déguisés d’une agression". L’agence officielle de presse nord-coréenne KCNA a aussi diffusé un communiqué de l’état-major général de l’Armée populaire de Corée avertissant les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon que toute tentative d’empêcher le lancement d’un satellite fera l’objet d’une riposte immédiate. "Nous répliquerons immédiatement, en utilisant les armes les plus puissantes, à toute tentative d’intercepter notre satellite destiné à un usage pacifique", dit le communiqué. "L’ouverture du feu sur notre satellite pacifique sera certainement considéré comme un acte de guerre." La RPDC a mis son armée en état d’alerte pendant toute la durée des manœuvres américano-sud-coréennes et ne garantit plus la sécurité des avions qui survoleront son territoire, alors que les avions militaires américains et sud-coréens ont violé au moins 180 fois l'espace aérien nord-coréen sur le seul mois de février.

La RPDC avait encore protesté auprès de l’armée américaine contre l’organisation des exercices Key Resolve/Foal Eagle lors de deux réunions tenues, à la demande de la partie nord-coréenne, les 2 et 6 mars 2009 au niveau des officiers généraux avec le commandement des Nations Unies - dirigé par les Etats-Unis - à Panmunjom, au cœur de la zone démilitarisée séparant les deux Corée.


Selon l’agence nord-coréenne KCNA, le chef de la délégation de l’Armée populaire de Corée, le major-général Kwak Chol-hui, a dès le 2 mars exposé la nature agressive et dangereuse des manœuvres Key Resolve et Foal Eagle, en rappelant le renforcement militaire et les exercices déjà menés par l’armée américaine dans la région.


Pour la RPDC, ces exercices militaires conjoints sont d’autant plus dangereux qu’ils coïncident avec une série de remarques belliqueuses faites par les forces conservatrices américaines et sud-coréennes au sujet du prochain lancement d’un satellite par la RPDC. Le major-général Kwak a donc vivement exhorté les forces américaines à annuler immédiatement leurs plans de manœuvres visant à une guerre d'agression.


"
Les bruits de bottes que veulent faire entendre les forces des Etats-Unis en mobilisant massivement des troupes et des matériels de guerre modernes, comme elles l'ont fait dans le passé, prouvent que les promesses de chercher à négocier un accord dans la péninsule coréenne, faites par la nouvelle administration américaine, ne sont rien d’autre que de la rhétorique flamboyante", poursuit l’agence KCNA rapportant les propos du chef de la délégation nord-coréenne. "L’acceptation ou le refus par les forces des Etats-Unis de la demande formulée par la RPDC d’un arrêt des exercices conjoints à grande échelle servira de baromètre indiquant si la nouvelle administration américaine est prête à suivre les pas de l'administration précédente qui menait une politique hostile à l'égard de la RPDC."


Au cours de la réunion du 6 mars, la délégation emmenée par les Etats-Unis s'est contentée de justifier les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes et a une nouvelle fois accusé la RPDC de préparer le lancement d'un missile à longue portée et non d'un satellite civil. La délégation nord-coréenne a quant à elle réaffirmé le droit souverain de la RPDC à conduire un programme spatial à des fins pacifiques et à renforcer sa propre défense face à l'accroissement des forces militaires américaines dans la région, en mer de l'Est notamment.



Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne ne peut que regretter l'organisation des exercices conjoints Key Resolve/Foal Eagle. Alors que l'annulation de ces manoeuvres militaires auraient constitué un signal fort, propre à diminuer les tensions et à vraiment marquer l'ouverture d'une nouvelle ère de dialogue dans la péninsule coréenne, ces exercices sont plus longs que ceux organisés en mars 2008 sous l'administration Bush – 11 jours contre 5. Au-delà des discours et des tournées diplomatiques, l'administration Obama semble donc vouloir continuer à "mettre la pression" sur la RPDC, une tactique digne du très moyennageux John Bolton, le "Monsieur Anti-Corée du Nord" des cercles néo-conservateurs US qui veut asphyxier la République populaire démocratique de Corée pour la pousser à la reddition. Première occasion manquée en Corée pour l'administration Obama. (sources : AAFC, ITAR-TASS, KCNA)

Manifestation le 9 mars 2009 à Seongnam, au sud-est de Séoul,
contre les manoeuvres américano-sud-coréennes Key Resolve/Foal Eagle (photo : Reuters)

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Samedi 21 février 2009

Arrivée à Séoul le 20 février 2009, la nouvelle secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a donné de premières indications sur la politique de la nouvelle administration Obama vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Si la plupart des médias ont interprété les déclarations de Hillary Clinton comme conjuguant fermeté et dialogue, la réaction belliciste de Séoul montre que le gouvernement Lee Myung-bak ne s'y trompe pas : Washington n'a pas mis de propositions nouvelles sur la table des négociations. 


La tournée en Asie de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Rodham Clinton, qui a conduit des entretiens e à Séoul le 20 février 2009, a-t-elle permis de clarifier la position de la nouvelle administration Obama vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ? Rien n'est moins sûr, car si, d'une part, la politique de confrontation de George W. Bush a conduit à un résultat inverse à celui espéré par les Etats-Unis (comme l'avait déclaré Mme Clinton avant son départ, "le résultat est que [la Corée du Nord] a des armes nucléaires qu'elle n'avait pas avant"), rien n'indique, d'autre part, que Washington soit prêt à une initiative pour relancer les négociations à six sur le nucléaire nord-coréen. En effet, l'annonce d'une possible normalisation des relations diplomatiques entre Washington et Pyongyang ne constitue en rien un élément nouveau, puisque cette question avait déjà été liée à celle de la dénucléarisation de la péninsule coréenne lors de la conclusion de l'accord de Pékin, le 13 février 2007.

Washington dispose pourtant de nombreuses cartes dans son jeu pour relancer le processus de négociations : procéder enfin à l'intégralité des livraisons de pétrole prévues dans la première phase de la mise en oeuvre de l'accord de Pékin, en contrepartie de la suspension par Pyongyang de ses activités nucléaires ; apporter des contreparties économiques et de sécurité substantielles, en levant le plus vieil embargo au monde ou en répondant à la proposition, contenue dans l'accord intercoréen du 4 octobre 2007, d'un régime de paix permanent qui se substituerait à l'armistice actuel.
 

En fustigeant la Corée du Nord qui, selon elle, "insulte le Sud" et "refuse le dialogue", Hillary Clinton omet par ailleurs quelques données élémentaires :
- entré en fonctions en février 2008, le président sud-coréen Lee Myung-bak a lui-même refusé d'honorer les accords intercoréens du
15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, discréditant la parole de Séoul ;
- c'est le Sud qui a pris la première initiative dans la rupture des projets intercoréens, en utilisant l'émotion légitime suscitée par la mort d'une touriste pour suspendre sine die les
échanges touristiques dans les monts Kumgang ;
- enfin, les exercices militaires conjoints américano - sud-coréens, prévus en mars, sont le plus mauvais signal qui puisse être donné à une proposition américaine de "dialogue".

Par ailleurs, faut-il rapprocher la nomination de Stephen Bosworth, ancien ambassadeur en Corée du Sud, comme nouveau négociateur américain dans les pourparlers à six, de l'enhardissement du régime Lee Myung-bak dans sa critique de la Corée du Nord ? En effet,
Séoul a annoncé une possible attaque sur la Corée du Nord, qui pourrait alors frapper les "sites de lancement de missiles", en cas d'accrochages dans la zone maritime disputée entre les deux Corée, comme il en est survenu en 1999 et 2002, après l'annonce par Pyongyang qu'il était mis fin à tous les accords politiques et militaires intercoréens.

Dans ce contexte, la mise en garde de Mme Clinton contre un "tir de missile" nord-coréen méconnaît le droit à la légitime défense dont dispose tout Etat souverain dans le droit international. Au surplus, Pyongyang a rappelé qu'il pouvait opérer des lancements de satellites, suivant l'interprétation déjà donnée par la RPDC, en 1998, de ce qui avait alors été décrit par Washington comme un tir de missile. (Sources : Le Monde, Les Echos)

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Vendredi 26 décembre 2008

Opérationnelle depuis 2004, la zone industrielle de Kaesong, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est un des symboles du rapprochement intercoréen. Mais son extension se heurte à l’opposition des Etats-Unis qui, à plusieurs reprises, ont voulu en freiner le développement, posant ainsi la question des intentions réelles de l’administration Bush au-delà de ses discours en faveur du dialogue intercoréen et des réformes économiques en RPDC.

 

Comme la délégation de l’AAFC avait pu le constater lors de sa visite sur place en septembre 2008 (photo ci-dessus : l'usine de confection ShinWon, 12 septembre 2008), le développement de la zone industrielle de Kaesong constitue l’un des principaux résultats de la coopération intercoréenne. Sa création figurait dans la déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin 2000.

 


Dans l’ancienne capitale du royaume de Koryo (918-1392), située au nord de la zone démilitarisée, des entreprises sud-coréennes emploient déjà plus de 30.000 travailleurs nord-coréens. A terme, il est envisagé que 700.000 Nord-Coréens et 100.000 Sud-Coréens travaillent ensemble dans les 1.000 entreprises que comptera alors la zone économique spéciale (ZES) de Kaesong.

 

Le gouvernement américain de George W. Bush, qui avait officiellement salué la déclaration du 15 juin 2000 et encouragé la RPDC à s’engager sur la voie des réformes économiques, aurait dû logiquement favoriser le développement de la ZES de Kaesong. De fait, alors même qu’il s’agit d’un projet intercoréen dont le développement devrait relever des seules décisions des Coréens eux-mêmes, la politique de Washington n’a pas été favorable à l’essor de la ZES de Kaesong.

 

Tout d’abord, le rétablissement des liaisons terrestres et ferroviaires entre le Sud et le Nord de la Corée nécessitait un déminage partiel de la zone démilitarisée. Une intervention personnelle de l’ancien président sud-coréen Kim Dae-jung auprès du président George W. Bush a été nécessaire pour que ce dernier consente, le 12 septembre 2004, que soient engagés ces travaux de déminage.

 

Washington a ensuite manifesté son opposition de fait au développement de la ZES de Kaesong, en refusant que parmi les produits fabriqués dans cette ville figurent des produits jugés sensibles, soumis à un embargo vers la RPDC. En outre, les produits manufacturés fabriqués à Kaesong ont été exclus du champ de l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Corée du Sud. Le principe même des communications téléphoniques a fait l’objet d’une intervention du Département du commerce américain, lequel n’a autorisé que le 16 novembre 2005 la compagnie sud-coréenne KoreanTelecom Corporation (KT Corp.) à établir une liaison téléphonique entre Kaesong et Séoul, depuis la fin de l’année 2005.

 

L’argument des droits de l’homme a également été utilisé par l’administration américaine : au premier trimestre 2006, Jay Lefkowitz, un néoconservateur qui avait été désigné par George W. Bush comme le représentant officiel de Washington pour les droits de l’homme en Corée du Nord, a vivement critiqué les conditions de travail des ouvriers nord-coréens à Kaesong. L’action de Jay Lefkowitz s’inscrit ouvertement dans une perspective de changement de régime en RPDC : comme pour Cuba, le Congrès américain finance, à hauteur de 24 millions d’euros, des organisations prétendument « non » gouvernementales, des conférences internationales et des émissions de propagande radiophonique anti-Pyongyang.


Résumant la position de son gouvernement, dans une conférence publique tenue le 25 octobre 2004, Christopher Hill, alors ambassadeur américain à Séoul, avait défendu l’idée que la zone industrielle de Kaesong ne modifierait pas radicalement l’économie nord-coréenne. Prenant acte des positions constantes de Washington pour décourager le développement de la ZES de Kaesong, en septembre 2005, le président sud-coréen Roh Moo-hyun avait dénoncé, à la tribune des Nations-Unies, les « tendances impérialistes » de son allié américain. 

 

Comment en effet comprendre la contradiction, soulevée par John Feffer dans un article de « Yaleglobal » du 8 juin 2006 intitulé « Time to lift North Korea’s Quarantine : financial sanctions only exacerbate the nation’s behaviour », entre la position de principe des Etats-Unis en faveur de l’économie de marché, et leurs entraves au développement d’un système économique mixte à Kaesong ?

 

On pourrait considérer que l’idée même d’une économie mixte n’est pas acceptable aux partisans d’une économie de marché… ou plutôt souligner, à l’instar de John Feffer, que les Etats-Unis ont une position constante tendant à affaiblir l’économie nord-coréenne, en maintenant le plus vieil embargo au monde, ainsi que les restrictions aux échanges commerciaux et financiers à destination et en provenance de la RPDC.

 

L’AAFC observe que, pas plus que les droits de l’homme, l’économie de marché n’a constitué un principe fondateur de la diplomatie américaine. En fonction de ses intérêts, Washington n’a pas hésité à coopérer avec des Etats ayant un système économique et politique différent du sien, ni à violer ouvertement les droits de l’homme, hier en enfermant dans des camps d’internement ses citoyens d’origine japonaise après la capitulation de l’empire nippon en 1945, aujourd’hui en recourant à la torture sur la base de Guantanamo.

 

En décourageant la coopération économique intercoréenne, les Etats-Unis retardent une réunification de la Corée qui pourrait s’affirmer comme une nouvelle puissance mondiale, et poserait également la question du maintien des troupes américaines en Corée. Enfin, la critique et l’affaiblissement systématiques de la RPDC, quelles que soient les voies contradictoires qu’elle puisse emprunter, répondent aux aspirations anticommunistes de larges franges de l’électorat républicain. (Source : Claude Helper, Corée : réunification. Mission impossible ?, L’Harmattan, 2008).

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