Le projet touristique intercoréen des monts Kumgang a dix ans. Le 18
novembre 1998, un navire de croisière quittait le port sud-coréen de Donghae et mettait pour la première fois le cap vers la côte est de la République populaire démocratique de Corée (RPDC,
Corée du Nord). Après cinquante années de séparation, les échanges reprenaient entre le Nord et le Sud de la péninsule coréenne. Ce projet constitue une des retombées les
plus visibles de la politique d'engagement avec le Nord, dite politique du rayon de soleil, initiée par l'ancien président sud-coréen Kim Dae-jung et poursuivie par son successeur Roh
Moo-hyun. Mais cet anniversaire a lieu alors que les relations intercoréennes connaissent de nouvelles tensions.
En juin 1998, Chung Ju-yung (décédé en 2001), alors président honoraire du groupe sud-coréen Hyundai, se rendit en RPDC pour y amener 500 têtes de bétail. A
cette occasion, il rencontra le président de la Commission de la Défense Nationale, Kim Jong-il. L'homme d'affaires et le dirigeant tombèrent d'accord pour ouvrir, avec le soutien
du gouvernement du président sud-coréen Kim Dae-jung, un circuit touristique dans les monts Kumgang, appelés "montagnes de diamant" à cause de leur scintillement au lever
du soleil, situés sur la côte orientale du pays.
Ouvert le 18 novembre 1998, le
circuit des monts Kumgang a été un des piliers de la paix dans la péninsule coréenne. Ni les affrontements navals en mer de l'Ouest (mer Jaune) entre les marines du Nord et du Sud
en juin 1999 et juin 2002, ni le test nucléaire effectué par la Corée du Nord en octobre 2006, n'ont remis en question le circuit des monts Kumgang. Au contraire,
l'existence d'un tel projet, symbole d'une confiance nouvelle dans les relations intercoréennes, empêchait ces accrochages de dégénérer en conflits à grande échelle, prouvant qu'il
était possible d'avoir des échanges pacifiques.
Certes, le programme fut suspendu à divers moments, comme quand le typhon Rusa dévasta la péninsule
coréenne en 2002 ou quand l'épidémie mortelle de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) se déclara en Chine. Les circuits furent aussi interrompus en août 2003 lorsque le président de
Hyundai Asan, Chung Mong-hun, qui avait repris le projet des monts Kumgang pour continuer l'oeuvre de son père, se suicida suite aux allégations selon lesquelles sa société avait transféré de
l'argent à la Corée du Nord.
Hyundai Asan, opérateur du complexe touristique, dut
souvent affronter les critiques accusant la Corée du Nord de détourner les revenus des monts Kumgang pour développer son arsenal nucléaire. Néanmoins, petit à petit, le projet des
monts Kumgang avançait. Si Hyundai Asan commença par perdre beaucoup d'argent dans les monts Kumgang, le projet devint rentable quand le gouvernement nord-coréen décida d'en faire une zone
touristique spéciale en 2002 et ouvrit une route vers cette zone en 2003. La viabilité du projet s'accrut encore en 2003 quand les autorités nord-coréennes acceptèrent de percevoir 50 dollars par
touriste plutôt que d'être payées en une seule fois. Les monts Kumgang ont attiré 500.000 touristes pendant les quatre premières années d'exploitation et le million de visiteurs a
été dépassé le 7 juillet 2005. Au 11 juillet 2008, 1,95 million de personnes avait visité les monts Kumgang, la RPDC ayant reçu 480 millions de dollars grâce à
ce projet.
Mais, le 11 juillet 2008, les visites aux monts Kumgang furent interrompues suite
au décès d'une touriste sud-coréenne abattue par un soldat nord-coréen alors qu'elle marchait dans une zone militaire.
Aujourd'hui, après quatre mois d'interruption, les pertes financières
supportées par Hyundai Asan, ses sous-traitants et les entreprises de la ville voisine de Koseong sont évaluées à 70,3 millions de dollars. Dans les jours suivant le drame du 11 juillet, le Nord
et le Sud ne purent se mettre d'accord sur les moyens d'une enquête. Séoul voulait envoyer une commission d'enquête dans la zone militaire nord-coréenne où s'était produit l'incident,
ce que la RPDC ne pouvait accepter. "Le gouvernement aurait dû agir de manière plus officieuse", a regretté Yi Pong-jo, ancien vice-ministre de la Réunification. "Il pense punir
le Nord en suspendant le tourisme aux monts Kumgang, mais ce sont les entrepreneurs sud-coréens qui en pâtissent le plus." Ce désaccord persistant et la ligne dure adoptée vis-à-vis de la
RPDC par le président sud-coréen conservateur Lee Myung-bak depuis sa prise de fonction le 25 février 2008 bloquent la reprise des visites aux monts
Kumgang.
Dans un débat tenu le 17 novembre à l'occasion du dizième anniversaire du projet touristique, Jeong Young-cheol, de l'Institut de recherche sur l'histoire contemporaine, a demandé au gouvernement sud-coréen d'exprimer sa volonté de respecter et mettre en
oeuvre les déclarations conjointes Nord-Sud des 15 juin 2000 et 4 octobre 2007 afin, en premier lieu, de permettre une reprise des
échanges intercoréens. Les visites aux monts Kumgang en font partie. L'opposition sud-coréenne avait déjà lancé le même appel. Dans les jours qui ont suivi le décès de la touriste sud-coréenne, des concessions
restaient possibles de la part des deux Corée, cette question étant distincte de celle des relations intercoréennes dans leur ensemble, a expliqué Jeong Young-cheol. Ce n'est plus le cas
aujourd'hui où les deux questions sont entremêlées. Des mesures fortes doivent donc être prises pour jeter les bases d'opérations futures. (sources : Hankyoreh, Minjungui
sori)
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"L'équipe en charge de la politique nord-coréenne au sein du gouvernement est composée de gens qui pensent le dialogue intercoréen inutile, n'ont aucune connaissance de
la Corée du Nord, et pourrait s'avérer en décalage avec la
Face à ces critiques, le ministre des Affaires étrangères, Yu Myung-hwan, a imputé à Pyongyang l'interruption du dialogue et affirmé que le gouvernement sud-coréen n'avait
aucune intention de changer de politique.
Dans son discours prononcé pour le soixantième
anniversaire de la fondation de l'Etat, le 15 août 2008, le président Lee Myung-bak a exprimé son "rêve d'une coprospérité" des deux Corée grâce à des projets économiques communs. En
particulier, selon lui, le
Fondé en 1948, le Conseil
œcuménique des Eglises (COE) est une organisation non gouvernementale r
Le Conseil national des Eglises
de Corée [du Sud] (NCCK) a demandé au gouvernement de "renoncer à cette politique d'affrontement", de respecter les accords antérieurs, de fournir une aide humanitaire, notamment
alimentaire, à la Corée du Nord et de mettre en œuvre la coopération économique "sans condition préalable". La lettre du secrétaire général du COE au président Lee répondait à une
demande de soutien de la part du NCCK.
: c'est en ces termes
peu amènes que le Sud- Coréen Lee Myung-bak, avant son élection à la présidence de la République, critiquait la politique du rayon de soleil, de coopération avec le Nord, de
ses prédécesseurs centristes Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun.
Pour le président (conservateur) sud-coréen Lee
Myung-bak, élu le 19 décembre 2007, les relations intercoréennes doivent être fondées sur un principe de réciprocité : l' "aide" qu'entend apporter le Sud au redressement
économique du Nord serait conditionnée par l'approfondissement de la politique d'ouverture économique.
Une telle décision aurait signifié que la Corée du Nord est un pays étranger parmi d'autres pour la nouvelle équipe dirigeante en Corée du Sud. Au contraire,
le rapprochement intercoréen s'est fondé sur le principe que la Corée du Sud et la Corée du Nord sont deux parties d'un même pays divisé. Symbole de la priorité accordée à la
réunification de la nation coréenne, le ministère de la Réunification a également joué un rôle essentiel pour coordonner les politiques de coopération intercoréennes.