Corée et médias

Samedi 13 juin 2009
Après dix-huit jours de discussions, le Conseil de sécurité des Nations Unies a donc fini par adopter une résolution sanctionnant la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) suite à son essai nucléaire du 25 mai dernier. Les médias n'ont, eux, pas attendu le verdict de la ""communauté internationale"" pour condamner la Corée du Nord. Face au délire médiatique déclenché par l'essai nucléaire du 25 mai, le professeur Robert Charvin, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne, nous livre les quelques remarques suivantes. Pour "rafraîchir" les mémoires...

Durant douze ans (1991-2003), les Etats-Unis ont imposé à l'Irak un embargo. Résultat : selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, plusieurs centaines de milliers d'Irakiens (la moitié de moins de 5 ans) sont décédés. L'Assemblée générale des Nations Unies a condamné, sans résultat, cet embargo détruisant une population entière. Les médias (il faut les relire aujourd'hui) ont été d'une grande partialité pro-américaine : "c'était le prix que devait payer le peuple irakien" pour accéder à la "démocratie" libérale.

On étouffe un peuple pour le "libérer" : telle est la devise constante des différents journaux américains. Coût de la guerre d'Irak, estimé par l'américain Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie : 3.000 milliards de dollars!

A propos de l'affaire coréenne, il serait utile d'avoir un peu de mémoire.

Les Etats-Unis, première puissance mondiale, ont détruit un pays, l'Irak (qui ne se relève toujours pas), sous prétexte que ce pays possédait en secret des armes de destruction massive.

Les Etats-Unis, détenteurs d'armes nucléaires sans rivales, considèrent aujourd'hui que les premières expérimentations d'armes nucléaires (
de type Hiroshima 1945) par la République populaire démocratique de Corée constituent une menace pour la région et la terre entière.

Des négociations ne s'imposent-elles pas au lieu des invectives de la part du seul Etat au monde ayant déjà utilisé l'arme atomique ?
 
Durant dix années (de 1961 à 1971), l'armée américaine, bien loin de ses bases et usant d'armes chimiques, a stérilisé une partie des terres du Vietnam et massacré deux millions et demi de Vietnamiens, en majorité des civils. Aucune réparation n'a été accordée aux victimes.

La Cour pénale internationale qui siège à La Haye (Pays-Bas) pourrait être compétente car il y a continuité des faits criminels pour les victimes survivantes et la non rétroactivité n'a donc pas à jouer.

Les Etats-Unis, responsables aussi de Guantanamo, sont-ils fondés à faire un procès à la RPDC ?

Et les médias français n'auraient-ils pas besoin d'aller chercher dans leurs archives leurs articles indignés contre la politique américaine ? Ils ne trouveraient pas grand-chose comparé à leurs réactions contre la RPDC dont les 24 millions d'habitants subissent un embargo depuis un demi-siècle !

Par Association d'amitié franco-coréenne
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Lundi 1 juin 2009

Le 30 mai, Monsieur Pierre Haski a mis en cause dans un article du site Rue89 le professeur Robert Charvin, suite à un courrier que ce dernier lui avait adressé après un premier article relatif à l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai 2009. L'Association d'amitié franco-coréenne étant impliquée comme source, ainsi que par une citation prêtée par erreur au professeur Charvin - par ailleurs vice-président de l'AAFC -, nous publions ci-après le courrier électronique adressé par l'AAFC à Rue89, à l'attention de Pierre Haski.

 

Monsieur,
 
Permettez-nous de réagir après la publication sur le site Rue89 de votre article "La Corée du Nord entre propagande et tragédie", suite à un courrier que vous avez reçu du professeur Robert Charvin, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). Comme par ailleurs les propos que vous prêtez à Robert Charvin ("le PCF ayant rompu avec le Parti du Travail de Corée, il s'étonne lui-même lorsque l'Humanité reprend un de ses courriers") sont en réalité ceux de l'AAFC (sans que le nom de notre association ne figure autrement que par un lien en fin d'article, alors qu'une citation du blog de l'AAFC aurait dissipé ce malentendu), nous nous permettons de réagir en tant qu'Association d'amitié franco-coréenne.
 
A cet égard, nous vous indiquons que, depuis janvier 1989, l'AAFC (fondée en 1969) est une association d'amitié avec toute la Corée, et pas seulement sa moitié Nord. Ce changement prenait en compte le soutien apporté aux combattants pour la démocratie en Corée du Sud, longtemps soumise à un régime militaire, en particulier le soutien à l'opposant Kim Dae-jung, enlevé à l'étranger et condamné à mort avant d'être libéré sous la pression de l'opinion internationale. Kim Dae-jung est ensuite devenu le premier président sud-coréen issu des rangs de l'opposition, et à ce titre il a rencontré son homologue du Nord lors du premier sommet intercoréen au plus haut niveau, en juin 2000. Aujourd'hui, l'AAFC poursuit ce combat pour la démocratie en Corée du Sud, en protestant contre les arrestations d'opposants (lire notamment http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-31412516.html et http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-29572244.html).
 
Tout d'abord, nous regrettons que vous répondiez au courrier de Robert Charvin sans donner l'intégralité du contenu de sa lettre : comme l'ont observé certains lecteurs, il y a un déséquilibre entre vous-même, qui pouvez exposer entièrement votre point de vue à partir d'éléments choisis d'un courrier dont vos lecteurs n'ont pas de connaissance directe, et Robert Charvin, visiblement non prévenu de votre réponse bien que personnellement mis en cause, et sans que ses positions ne puissent être autrement connues qu'à travers la présentation que vous en avez faite.
 
Et c'est bien cette présentation qui nous pose problème.
 
Vous écrivez notamment que l'ouvrage de Robert Charvin "Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?" oublie "la famine qui a fait des centaines de milliers de morts", et que "le professeur Charvin ne semble pas trouver grand chose à redire au sort pitoyable de la population nord-coréenne." Pourtant, les difficultés alimentaires font l'objet de longs développements dans l'ouvrage précité (p. 108 sq.), en analysant les différentes causes de cette situation : la rupture des circuits d'approvisionnement traditionnels après la disparition de l'URSS, le manque de devises, l'embargo américain (le plus vieil embargo au monde), le manque de terres agricoles (80% du pays est montagneux), la forte exposition aux aléas climatiques (inondations et sécheresse), sans négliger les possibles "carences dans la gestion agricole". Alors que vous présentez Robert Charvin comme semblant "appartenir à cette catégorie d'hommes qui restent aveuglés par leur foi", il n'ignore pas les problèmes de gestion qu'on a retrouvés dans d'autres pays socialistes.
 
De même, l'AAFC a fait de ses actions de solidarité avec les populations coréennes l'un de ses axes majeurs d'intervention. Après les inondations de l'été 2007 - les pires en Corée depuis quarante ans - l'AAFC a organisé une soirée de solidarité, dans les salons de la présidence du Sénat, le 1er décembre 2007, en partenariat avec le Secours populaire français : http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-16496697.html. Loin de se désintéresser du sort des Nord-Coréens, l'AAFC, dont les membres se rendent très souvent en Corée, est en relation régulière avec les ONG présentes sur place et a également mené des actions dans le cadre du jumelage d'une école nord-coréenne. En septembre 2008, nous avons par exemple pu constater nous-même le manque de médicaments et les risques graves d'interruption de l'approvisionnement en électricité à l'hôpital de Sariwon, dans l'attente de la fourniture de générateurs électriques par la fondation Billy Graham.
 
Vous écrivez également que "[le professeur Charvin] ne semble pas être surpris, non plus, par l'instauration sans précédent dans le monde communiste, d'une dynastie au pouvoir, qui s'apprête, si tout va bien (ou mal selon les points de vue), à passer à une troisième génération." Là encore, l'ouvrage que vous citez du professeur Charvin ne fait pas du tout l'impasse sur la "personnalisation en RPDC" (ce sont ses termes, p. 70 sq.), en y consacrant, une fois encore, de longs développements. Il rappelle notamment comment la conception coréenne du leader s'est inscrite dans une tradition confucéenne et une situation historique donnée. Outre la transmission du pouvoir au sein d'une même famille à Cuba (autre pays socialiste), on trouve une autre application du "deux poids, deux mesures" entre la Corée du Nord et des pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis où un fils (M. George W. Bush) et une épouse (Mme Hillary Clinton) occupent ou ont occupé des postes de direction au plus haut niveau de l'Etat, sans susciter les mêmes réactions de rejet.
 
Notre propos n'est pas de juger la Corée du Nord, mais de donner les éléments d'explication nécessaires, pour que chacun puisse ensuite se forger sa propre opinion. Dans la récente montée de la tension dans la péninsule coréenne, peut-on ignorer que les Etats-Unis ont choisi la voie de la confrontation, et qu'ils appliquent deux politiques différentes à la Corée du Nord, d'une part, au Pakistan et à Israël, d'autre part ? Ces deux derniers pays, alliés des Etats-Unis, ont manifestement eu le droit de se doter d'armes nucléaires sans avoir encouru la moindre sanction internationale. La Corée du Nord, dont la doctrine de dissuasion nucléaire du "faible au fort" reprend celle définie en France par le général de Gaulle, a choisi de se retirer du Traité de non-prolifération, comme le prévoit son article 10 en cas de menace majeure sur les intérêts du pays. Ce retrait du TNP est intervenu suite à une campagne américaine sur un supposé programme nord-coréen d'enrichissement clandestin à base d'uranium, dont le chef des services de renseignement américain devait ensuite révéler, devant les parlementaires américains, qu'il n'avait pas eu les preuves de son existence... à l'image des prétendues armes de destruction massive en Irak. Le rôle joué par certains médias, influencés par les néo-conservateurs américains, a par exemple été analysé par une jounaliste indépendante, Ronda Hauben (http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-23482886.html).
 
Sur la Corée du Nord, le débat est nécessaire et souhaitable : encore souhaitons-nous qu'il puisse avoir lieu sans parti pris, en donnant à chacun la liberté de s'exprimer et en rendant compte des positions qu'il a réellement prises.
 
Dans l'attente d'une publication de ce courrier, nous vous prions de croire, Monsieur, en l'expression de nos salutations les meilleures.
 


L'Association d'amitié franco-coréenne

 

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Samedi 16 mai 2009

Dans son édition du samedi 16 mai 2009, L'Humanité a publié dans son courrier des lecteurs une lettre de Robert Charvin, professeur émérite de l'Université de Nice-Sophia Antipolis, vice-président de l'AAFC, mais adressée en sa seule qualité universitaire. Nous publions ci-après ce courrier, en nous félicitant de cette ouverture au dialogue de L'Humanité, alors que le quotidien avait progressivement cessé de faire état de nos analyses ou de reprendre nos communiqués de presse (y compris pour des manifestations à caractère humanitaire, comme la soirée de solidarité au Sénat du 1er décembre 2007, avec les victimes des inondations de 2007), après avoir rompu ses relations avec le Parti du travail de Corée et la République populaire démocratique de Corée - contrairement à d'autres partis communistes dans le monde (comme les Partis communistes chinois, cubain et vietnamien). Par ailleurs, malgré ses demandes renouvelées chaque année, l'AAFC ne dispose plus non plus de stand à la Fête de L'Huma depuis 2004.

Le vocabulaire des autres journaux

Dans L'Humanité du 30 avril, un petit "essentiel" page 13 : "Pyongyang menace de procéder à un essai nucléaire". Plusieurs remarques : 1. Pourquoi reprendre pour la RPDC le vocabulaire des autres journaux ? Le goût du consensus sur certaines questions ? La méconnaissance de certains problèmes dont ceux de la Corée du Nord ? 2. La RPDC est en état de belligérance depuis la guerre dévastatrice de 1950-1953. Pas de traité de paix avec les Etats-Unis. Elle subit depuis plus d'un demi-siècle un embargo quasi total, puisque ce pays est étranglé, il respire mal dans tous les domaines ! Il n'est pas parano, il s'efforce de trouver des moyens de dissuasion et de négociation avec les Etats-Unis. 3. L'Huma doit-elle pratiquer la politique des "deux poids, deux mesures" ? Pas un mot, comme dans le reste de la presse, sur les essais de missiles de l'Inde à quelques jours du lancement dénoncé du satellite nord-coréen. 4. Pourquoi ne pas rappeler que les mesures nord-coréennes sont prises en réaction à l'absence des contreparties promises par les Etats-Unis ? 5. A-t-on peur de rappeler des souvenirs staliniens, alors que la question coréenne n'a rien à voir avec cette perversion européenne ?

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Vendredi 8 mai 2009

Dans son dernier numéro d'avril-mai 2009, Résistance, le journal de la cellule Pierre Simonot du Parti communiste français (PCF), à Lille, a évoqué dans un entrefilet le lancement du satellite Kwangmyongsong-2 par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). L'Association d'amitié franco-coréenne, qui entretient d'excellentes relations avec la cellule Pierre Simonot, reproduit ci-après cet article, sobrement intitulé "Satellite".

"La République Populaire Démocratique de Corée a envoyé avec succès un satellite. Jolie performance pour un pays que l’impérialisme US cherche à isoler y compris au plan scientifique. Vexé par ce succès, l'impérialisme étasunien et ses alliés, en particulier japonais, inventent mille prétextes pour s'opposer à ces progrès scientifiques. Prétendre que le lancement d'un satellite est un problème, parce que la technique employée est similaire à celle des missiles à longue portée, est aussi absurde que dire que le couteau doit être interdit parce que sa technologie est similaire à celle de la baïonnette ! Il y a là une profonde injustice. Pourquoi tous les pays du monde pourraient-ils lancer des satellites, sauf la RPDC ?"

Par Association d'amitié franco-coréenne
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Lundi 6 octobre 2008

Ronda Hauben est chercheuse, journaliste indépendante et spécialiste de l’histoire et des usages d’Internet. Elle a notamment mis en évidence le rôle déterminant d'Internet dans la mobilisation des citoyens lors des grandes manifestations aux chandelles de 2002 en Corée du Sud. Dans l'article suivant, elle s'intéresse au caractère biaisé des informations véhiculées par les grands médias dès qu'il s'agit de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Si Ronda Hauben s'attache à décrire la couverture par certains grands médias américains de l'échec des pourparlers à six sur le nucléaire nord-coréen, son analyse peut aussi bien s'appliquer aux principaux médias français.



Les médias américains et l'échec des pourparlers à six

Par Rhonda Hauben


Alors que beaucoup des grands médias américains rendent la Corée du Nord responsable de chaque problème survenant dans les pourparlers à six [RPDC, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon], un article extraordinairement important [1] paru dans le Washington Post fournit des informations sur un aspect du problème qui a récemment fait déraper les négociations et menace de mettre un terme aux pourparlers à six si aucune solution n'est trouvée.


Cet article, qui aurait dû paraître à la une, n'est paru qu'en vingtième page et n'a suscité que peu d'attention. Son auteur, Glenn Kessler, apporte des précisions sur l'environnement hostile dans lequel évolue le département d'Etat américain et qui a sapé le processus des négociations avec la Corée du Nord. Il décrit comment, aux Etats-Unis, les partisans de la ligne dure ont mis au point une procédure de vérification prête à être imposée à la Corée du Nord et qui revenait quasiment, selon les propres termes d'un expert en désarmement nucléaire, à une "
autorisation d'espionner chaque site militaire [nord-coréen]."

Après avoir écarté Christopher Hill, le secrétaire d'Etat adjoint qui avait mené les négociations pour la partie américaine aux pourparlers à six, et ignoré les mises en garde de la Chine et de la Russie, les négociateurs américains ont présenté à la Corée du Nord un plan de vérification grossier qui, s'il avait été accepté, aurait constitué une menace pour la souveraineté nord-coréenne.


Une copie de ce plan de vérification de quatre pages est disponible en ligne.


Par ailleurs, le président des Etats-Unis, George Bush, n'a pas tenu son engagement de retirer la Corée du Nord de la liste des pays soutenant le terrorisme. Le 26 juin, Bush a présenté au Congrès sa demande de retirer la Corée du Nord, ouvrant le délai de 45 jours requis pour que le Congrès l'autorise à mettre en oeuvre ce retrait. Cependant, à l'issue de ce délai de 45 jours et en l'absence d'objection de la part du Congrès, Bush n'a pas retiré la Corée du Nord de la liste, déclarant que ce pays devait accepter un plan de vérification.


Dans un discours délivré le 27 septembre devant l'Assemblée générale des Nations Unies, le vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen, Pak Kil-yon, a expliqué  que les Etats-Unis utilisent à présent le "prétexte de la vérification pour ne pas rayer le pays de leur liste des Etats soutenant le terrorisme, même après avoir reconnu officiellement que la RPDC ne constitue pas un tel pays."

Le lundi 22 septembre, parlant devant la
Korea Society de la responsabilité de l'administration Bush dans le blocage des pourparlers à six, Leon Sigal, membre du Social Science Research Council, a rappelé que l'administration Bush est tenue d'agir en réponse à chaque action de la RPDC afin de respecter ses obligations. 


Sigal a rappelé que l'accord atteint par les six pays prévoyait que, dans une deuxième phase, la Corée du Nord "désactive le réacteur, les installations de retraitement et l'usine de fabrication de combustible de Yongbyon et déclare les matériaux et équipements nucléaires à éliminer au cours d'une troisième phase." La Corée du Nord a aussi promis de "ne pas transférer des matériaux, technologies et savoir-faire nucléaires" à des tierces parties. Les Etats-Unis, conformément à leur obligation d'une action pour une action, ont promis de "commencer le processus de retrait de la RPDC de la liste des pays soutenant le terrorisme et de faire progresser le processus de levée de l'application à la RPDC de la Loi sur le commerce avec les pays ennemis."


Une vérification, d'après Sigal, "entrait dans la troisième phase des négociations, lorsqu'on s'attacherait au démantèlement des installations nucléaires du Nord et à l'élimination du plutonium ou des armes en sa possession."


Sigal a souligné que le premier signe d'une administration ayant "cédé aux partisans de la ligne dure" est apparu le 30 juillet quand un membre du Conseil national de sécurité, Dennis Wilder, déclara aux journalistes que le retrait de la Corée du Nord de la liste des Etats soutenant le terrorisme exigerait l'acceptation par  la Corée du Nord d'un protocole de vérification. Puis, a expliqué Sigal, Bush a prononcé le 7 août un discours dans lequel il informait la Corée du Nord qu'elle devait accepter un accord sur la vérification pour être ôtée de la liste.


Le gouvernement américain a changé unilatéralement les termes de l'accord, imposant à la Corée du Nord une condition ne figurant pas dans l'accord initial.


La plupart des grands médias américains n'ont pas informé le public de ce changement arbitraire dû au gouvernement des Etats-Unis, démonstration supplémentaire que les médias aident le gouvernement américain à tromper le public. Les médias ont joué un rôle similaire dans la diffusion des fausses histoires de l'administration Bush au sujet des armes de destruction massive détenues par l'Irak et ont été très critiqués depuis pour ça. [2]


En dépit de toutes les critiques sur leurs défaillances passées, il existe une réticence de la part des médias américains à exposer la nature du différend à l'origine de la récente rupture des pourparlers à six. Par exemple, l'agence United Press International (UPI) a donné la parole à un prétendu expert de la Corée du Nord appartenant à un institut de réflexion londonien, selon lequel la Corée du Nord essaie de diviser les pays engagés dans les pourparlers à six. [3]


D'autres articles de presse ont décrit comment Chris Hill, le représentant des Etats-Unis aux pourparlers à six, voulait se rendre en Corée du Nord afin de sortir les négociations de la crise actuelle, mais le problème ayant mené à cette crise ne fut que peu ou pas évoqué. Et même quand il y eut un article comme celui du Washington Post pour révéler la sévérité du processus de vérification auquel devait se soumettre la Corée du Nord, il fut relégué dans les pages intérieures du journal au lieu de figurer à la une comme une telle histoire l'aurait mérité.

 


Article original paru sur
OhmyNews le 29 septembre 2008 (traduction et choix des illustrations : AAFC)

 


Notes:


[1] Glenn Kessler, "Far reaching U.S. Plan Impaired N. Korea Deal : Demands Began to Undo Nuclear Accord", The Washington Post, 26 septembre 2008, p.20


[2] Les grands médias américains ont connu une situation similaire juste avant la guerre d'Irak. Les articles relayant les fausses déclarations du gouvernement américain sur la possession d'armes de destruction massive par l'Irak figuraient en première page de quotidiens tels que The Washington Post et The New York Times tandis que les articles doutant de ces allégations n'étaient pas publiés ou relégués dans d'autres rubriques du journal. La "campagne de désinformation" menée par la Maison Blanche, lors de la conférence de presse tenue par Tony Blair et George Bush à Camp David le 7 septembre 2002, en est un exemple. Ils citèrent un "nouveau rapport" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), selon lequel l'Irak était à six mois de se doter de l'arme nucléaire. La presse tut le fait que ce rapport n'existait pas, à l'exception d'un article de Joseph Curl publié en page 16 du Washington Times, et d'un article du Washington Post écrit par de Karen DeYoung sur cette conférence de presse et citant un porte-parole de l'AIEA affirmant que ce rapport n'avait jamais existé. Mais cela ne fut pas mis en avant de l'article de Karen DeYoung et relégué en fin d'article, vingt-et-un paragraphes plus bas.

Lire John R. MacArthur, "Lies We Bought”, The Columbia Journalism Review, mai-juin 2003 

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Lundi 16 juin 2008

De retour de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), où il a séjourné en avril 2008, le photographe Eric Lafforgue a confirmé son goût pour les terres d'ailleurs... du point de vue d'un Occidental. L'AAFC a souhaité vous faire partager un regard esthétique sur la Corée du Nord, en cherchant à savoir quel rôle pouvait jouer la photographie pour mieux faire connaître la RPDC.

Quel rapport entre les Papous et les Nord-Coréens ? Apparemment aucun... mais les uns et les autres ont été immortalisés par Eric Lafforgue, ancien directeur général adjoint d'une compagnie de téléphonie mobile devenu un photographe reconnu, ayant fait le pari de faire connaître les "terres étrangères" (du point de vue ethnocentriste des Européens !).

Le pari, audacieux, a de quoi séduire : sortir des regards conventionnels sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour faire connaître un autre peuple, une autre culture... Mais le pari n'est pas nouveau. Car, au fond, ne s'agit-il pas du principe même du journalisme de témoignage ? Il reste à savoir ce que l'auteur choisit de montrer, et quel est son message - pour reprendre les critères d'analyse de Roland Barthes.

Ses très belles photos, accessibles sur le site flickr, témoignent d'une plastique réussie, dans la continuité du parti-pris esthétique choisi par d'autres photographes, en particulier Charlie Crane et Philippe Chancel. Il y a un indéniable charme dans ces portraits individuels ou collectifs. Mais dans quelle mesure Eric Lafforgue a-t-il aussi réussi à saisir la vie quotidienne des Coréens ?

Car, dès les premiers clichés, ceux qui connaissent aussi la Corée du Nord ressentent un certain malaise. Peut-être est-ce dû à la confrontation entre ses photographies et des commentaires qui montrent la pesanteur des préjugés sur la Corée du Nord : un intérêt appuyé pour la "propagande", un goût continu pour les photos de groupe où l'individu cède le pas sur la collectif. S'agissant d'un portait de jeune fille, il nous est ainsi expliqué qu'elle aurait accepté de poser car il s'agirait d'une ferme modèle visitée par les touristes... mais alors, pourquoi avoir montré ce groupe de deux enfants devant une maison rurale dont l'auteur souligne le dénuement ? S'il est évident que les Coréens montrent ce qu'ils ont envie de faire connaître au reste du monde, il faut aussi leur reconnaître une certaine transparence - comme dans le cas de la photographie de ces deux enfants.

On peut aussi regretter des lacunes dans la documentation. Abordant par exemple la question du cinéma, Eric Lafforgue affirme que de nombreux films sont produits en RPDC et qu'il y aurait  selon une "sorte du festival de Cannes" nord-coréen où seraient également montrés des films étrangers (sans que ce point ne soit tranché). Mais la consultation du blog de l'AAFC aurait apporté des corrections utiles : la production cinématographique nord-coréenne tourne au ralenti depuis quinze ans, en raison des difficultés économiques, et les sélections du festival international du film de Pyongyang comprennent bien des films étrangers.

La culture coréenne, en général, aurait aussi gagné à être mieux expliquée, pas seulement dans les réactions - non modérées -  des visiteurs. Ainsi, lorsqu'il est montré cet enfant d'un an ayant un "nouveau chapeau", on ne peut que regretter que n'ait pas été mentionnée la cérémonie du premier anniversaire, laquelle constitue l'un des grands événements de la vie en Corée, tant au Nord qu'au Sud de la péninsule. De manière générale, le caractère coréen de la culture de la RPDC n'est pas ou peu explicité, alors qu'il est l'une des pierres angulaires du travail, par exemple, de Juliette Morillot et Marc Vérin dans leur ouvrage "Corée, la Terre des esprits".

Eric Lafforgue souligne à force clichés ce qu'il appelle la "propagande", notamment anti-américaine : mais il n'y a aucune allusion à l'embargo américain, et seulement de rares références au classement de la RPDC sur la liste des pays de l' "Axe du mal"... Ce choix tend à conforter l'illusion d'un pays qui se serait créé un ennemi imaginaire, comme aiment à le faire croire certains médias. A contrario l'inclusion de la Corée du Nord dans la liste des pays de l' "Axe du mal" est le premier point que souligne le très balancé guide de tourisme britannique sur la Corée du Nord de Robert Willoughby, aux éditions Bradt Travel Guides.

Si nous faisons la comparaison avec un photographe britannique comme Charlie Crane, nous constatons que ce dernier fait confiance à l'intelligence de chacun pour interpréter. De même, les films documentaires de Daniel Gordon sur la Corée du Nord évitent les jugements de valeur. On ne peut que regretter qu''Eric Lafforgue sorte d'une telle position de neutralité, contraire au principe du documentaire. Pourquoi ainsi souligner, dans le texte, le contraste entre les affiches flambant neufs et les bâtiments décrépits ? Nous reprendrons la réponse d'un responsable nord-coréen sur ce sujet : le jour où la Corée du Nord repeindra ses anciens bâtiments, cela signifiera que tous les autres problèmes auront été résolus... Et les bâtiments dégradés interdisent-ils tout autre effort d'embellissement, indéniablement plus à la portée financière des Nord-Coréens ?

Autre exemple : la photo d'un ensemble d'ouvrages... dont le témoignage d'un réfugié ayant fui la Corée du Sud. Là encore, en évitant toute précision (date du passage au Nord ? allusion au régime militaire qui a prévalu au sud pendant des décennies ?) il est escamoté le fait que la Corée du Sud des généraux a sévèrement réprimé ses opposants (quand elle les enlevait pas pour tenter de les assassiner, à l'instar de Kim Dae-jung), et que certains choisirent alors de rejoindre le Nord.

Le choix des photographies n'est jamais innocent. Montrer une affiche vantant les progrès industriels technologiques en évitant toute allusion aux industries informatiques de pointe, qu'a su également développer la RPDC, relève de l'omission regrettable, dont on peut espérer qu'elle ne traduit qu'une méconnaissance de la Corée. Dans ce contexte, les commentaires des visiteurs confirment que, bien souvent, les photographies d'Eric Lafforgue ont conforté les préjugés des Occidentaux, trop prompts à voir dans la Corée du Nord de quoi conforter leurs propres certitudes. 

Un dernier cliché, en fin d'album. "Je suis revenu sur Terre". Qu'apporte cette énième comparaison, éculée, pour la compréhension de la Corée du Nord ? 

Au final, quelle appréciation globale porter d'un travail esthétiquement réussi, montrant de nombreux visages émouvants, mais qui tend trop souvent à conforter les clichés habituels sur la Corée du Nord ? A son retour, selon la radio sud-coréenne KBS, Eric Lafforgue aurait donné un entretien à Radio Free Asia, l'équivalent de Radio Free Europe, financée par la CIA. Faute d'avoir eu accès à cette interview, l'AAFC s'en tient à une attitude prudente et réservée, dans l'attente de la suite des travaux d'Eric Lafforgue sur la Corée du Nord. En étant plus que jamais ouverte à un débat contradictoire.

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Vendredi 23 mai 2008

Le 4 mai 2008, la chaîne de télévision M6 rediffusait un reportage, daté, sur la Corée du Nord, qui multipliait inexactitudes, erreurs et surtout omissions. L’Association d'amitié franco-coréenne a envoyé le courrier qui suit à M. Nicolas de Tavernost, président du directoire du groupe M6, dans la continuité de l'action que mène l'association contre la désinformation que semblent décidément privilégier les médias français quand il s’agit de la République populaire démocratique de Corée.

 
 

                                                                                   

Paris, le 10 mai 2008



M. Nicolas de Tavernost

Président du Directoire

Groupe M6

89, avenue Charles de Gaulle

92575 Neuilly-sur-Seine cedex

 

Monsieur le Président,


L'Association d'amitié franco-coréenne travaille depuis 1969 au rapprochement des peuples français et coréen et dans ce cadre elle soutient l’aspiration de la nation coréenne, au Nord comme au Sud, à sa réunification. L’objectif du rapprochement entre Français et Coréens n’est manifestement pas atteint par les deux reportages consacrés à la Corée du Nord diffusés le 4 mai dernier dans le cadre de l'émission « Enquête exclusive » présentée par M. Bernard de la Villardière.


Ces deux reportages, intitulés « Corée du Nord, l'enfer au quotidien » et « Kim Jong-il, le dernier empereur » et réalisés, respectivement, par MM. Dominique Hennequin et Michel Lhemort, ont déjà été diffusés au moins deux fois par les chaînes du groupe M6 : le 21 janvier 2007 sur M6 et quelques mois plus tard sur W9 -- on appréciera au passage le caractère « exclusif » de ces « enquêtes » -- Les reportages rediffusés le 4 mai auraient dû continuer à susciter le même mépris de notre part tant ils sont caricaturaux et peu informatifs sur les causes réelles de la situation en Corée. A leur troisième diffusion en moins de deux ans, nous avons néanmoins cru bon de vous faire savoir ce que nous en pensons.


Bien sûr, la presse est libre et nous nous en félicitons. Est-ce une raison pour livrer des informations incomplètes et même inexactes, voire manquer à une certaine déontologie ? A cet égard, nous faisons la distinction entre le reportage de M. Hennequin et celui de M. Lhemort. L' « enquête » que M. Lhemort consacre à Kim Jong-il est seulement insultante pour le dirigeant d'un pays étranger membre à part entière de l'Organisation des Nations Unies, en recyclant les rumeurs, parfois les plus farfelues, circulant à son sujet.


Le cas du reportage de M. Hennequin nous semble plus grave.


En effet, le site internet de M6 nous apprend que « sous prétexte de suivre l'ONG française Première Urgence, le journaliste [Dominique Hennequin] a pu filmer la réalité du pays, la plupart du temps en caméra cachée. » Rappelons que l'ONG Première Urgence, présente depuis 2002 en Corée du Nord, intervient dans le domaine de la réhabilitation hospitalière. Le travail de cette ONG est d'autant plus nécessaire que les inondations de l'été 2007, les plus graves depuis quarante ans en Corée du Nord, ont porté un coup terrible à l'infrastructure sanitaire du pays. On peut supposer que M. Hennequin et M6 se moquent complètement de la situation de la population coréenne car ce sont tous les projets de l'ONG Première Urgence qui ont été délibérément mis en péril par cette opération mystificatrice. Seul compte de rapporter quelques images spectaculaires du « pays le plus fermé du monde », une destination décidément très à la mode chez certains journalistes voulant briller aux yeux de leurs confrères.


Quand l'Association d'amitié franco-coréenne a été créée, en 1969, la Corée du Nord était un des pays les plus développés d'Asie. La crise grave que traverse ce pays depuis plusieurs années aurait mérité un minimum d'explications, surtout dans une émission d'information : la division de la péninsule coréenne, après 40 ans de colonisation japonaise, entre un Nord industriel et un Sud agricole ; le manque de flexibilité d'un appareil de production dévolu à l'industrie lourde ; la recherche de l'autosuffisance alimentaire dans un pays sans réelle tradition agricole ; l'embargo maintenu par les Etats-Unis depuis près de 60 ans ; l'effort de défense que doit consentir la Corée du Nord face à la menace permanente dont elle est l’objet... Mais que tout cela est compliqué pour le téléspectateur moyen de M6, n'est-ce pas ?


Le triste précédent irakien nous apprend que la diabolisation d'un pays et de ses dirigeants dans les médias peut servir à conditionner l'opinion publique avant une guerre. Nous espérons que les chaînes du groupe M6 ne participent pas à une telle entreprise vis-à-vis de la Corée. Nous préférons voir dans les rediffusions du 4 mai dernier la simple rencontre, malheureuse, entre des journalistes en quête de scoop à n’importe quel prix et une chaîne commerciale en mal d'audience durant les ponts du mois de mai.


Veuillez croire, Monsieur le Président, en nos sentiments les meilleurs.



 
André Aubry

Président de l’Association d'amitié franco-coréenne

Ancien sénateur-maire d’Antony

   

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Dimanche 10 février 2008
A l'issue de sa tournée en Chine du 7 au 25 février 2008, l'Orchestre philharmonique de New York fera exceptionnellement étape à Pyongyang, République populaire démocratique de Corée, le 26 février, un événement diffusé en France par ARTE.

undefined A l'occasion de ce concert historique de l'Orchestre philharmonique de New York, sous la direction de Lorin Maazel, la chaîne de télévision ARTE se rend en Corée du Nord pour une programmation spéciale.

Cet événement culturel et diplomatique sera retransmis le mardi 26 février, en différé de 19h à 21h, accompagné par une édition spéciale d'ARTE Info depuis la capitale nord-coréenne.

Entre la première et la seconde parties du concert, William Irigoyen présentera une édition spéciale d'ARTE Info consacrée à la Corée. Au sommaire : des reportages , des interviews et des portraits réalisés sur place, dans les jours précédents, par une équipe d'ARTE Info. (ARTE)

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